Un gel douche à la grenade détonant, c’est Frédéric Dard qui fait couler l’eau du bain !
San Antonio est mort… La nouvelle éclate en 1961 ! La nouvelle nous est annoncée,1 sans ménagement, par Frédéric Dard, qui ne prend pas de gants pour diffuser cette information de taille. Le héros est entre 4 planches… C’est du moins ce que San Antonio a machiné, afin de pouvoir échapper à toute une série d’attentats visant sa précieuse petite personne !
Adèle est morte… La nouvelle éclate en 1961 ! Elle est morte Adèle (mortadelle !!!) ! La cousine Adèle, venue rendre visite à sa chère Félicie (la mère de San Antonio), s’est trouvée, le mauvais jour, au mauvais endroit ! Confondue avec Félicie… Adèle joue les gilets pare-balle !
Grâce à sa balistique personnelle (quel as ce San Antonio), Antoine se propulse dans l’appartement d’où est parti le tir et met la main sur un paquet d’allumettes-réclames pour le Makao-bar, ce qui le conduit tout droit à un jeune homme d’une trentaine d’années, un dénommé Carlier et une belle jeune femme rousse, prénommée Marion.
Le visage de Carlier n’est pas inconnu du commissaire, qui se souvient avoir acheté une machine à écrire à ce représentant rencontré par hasard.
A partir de là, tout va s’enchaîner de manière magistrale !
Des attentats en rafale
Une voiture qui explose ! Des rafales de pruneaux avec noyaux… et ce, même lorsque San Antonio est accompagné d’une conquête d’un soir, une « charmante blonde », devenue « brune depuis peu de temps ». La vie devient intenable pour le commissaire qui échappe, miraculeusement, à 4 attentats successifs.
Une grenade dans la salle de bain
Pas un gel douche à la grenade (Punica granatum), mais une grenade qui éclate au beau milieu de la salle de bain, alors que San Antonio est en train de se raser. Du coup, le commissaire prend la décision de jouer le mort et c’est un sac de sable qui est mis en bière !
Cette grenade éclate, alors que San Antonio est en train de se baliser les joues sur lesquelles vont venir se poser « une escadrille de baisers (cette fois je fréquentais une rousse que je savais rousse) ». Heureusement, la grenade atterrit dans une baignoire pas encore vidée ! Et notre San Antonio reste figé, « son Sunbeam vrombissant à la main » !
Et il y passe du temps, dans cet opus, dans la salle de bain ce cher commissaire. « […] et je fonce sous la douche » !
Un général d’opérette
Afin d’assister à son enterrement et de pouvoir mener l’enquête, San Antonio se déguise en vieux « général en retraite » !
Ce subterfuge ne dure guère… Et rapidement San Antonio ressuscite, afin de pouvoir mener l’enquête « sans fard » ! Pour ce faire, il « envoie balader » son « maquillage », ses postiches divers et variés, et prend une bonne « douche » !
Un chef bien réel
Le chef de San Antonio est affublé de plusieurs sobriquets, visant à rappeler sa calvitie. Le « Tondu », le « Déplumé » (terme employé deux fois) présente un « crâne plastifié », une « coupole imitation plexiglas », qui n’est pas sans ressembler à une « calotte glaciaire » (expression employée deux fois) ! Un crâne parcouru de rides, qui lui donnent l’aspect d’un parchemin usagé (« l’homme au crâne en parchemin »).
Une rousse bien réelle
Au Makao-bar, San Antonio tombe en arrêt devant une rousse incendiaire. Une rousse qui se prénomme Marion, qui se moule dans une robe collante « comme de l’Albuplast » et qui se dit entretenue par un vieux (pas beau), répondant au charmant surnom de « Bijou » ! Une jeune femme très habile de ses mains, qui se fait un « maquillage extrêmement réussi » et séduit notre brave commissaire, en moins de deux.
Cette rousse n’est autre que la fille de Germain Pivois, connu dans le milieu du trafic d’opium sous le nom de Pierrot-Gourmand.
Un Bijou bien peu engageant
Le Bijou en question est un vieux monsieur, dont le sommet du crâne est orné d’une « couronne de cheveux », « teinte en noir-encre-de-Chine » ! A ne pas sous-estimer !
Une blonde plus que réelle
Celle qui s’est présentée comme la demi-sœur de Carlier et a poussé San Antonio à faire l’acquisition d’une machine à écrire dernier cri s’appelle Virginie Duchemin (une jeune femme qui travaille au ministère des Affaires étrangères). Une « blonde authentique », rencontrée à San Remo ! La blonde en question sera éliminée, tout comme Carlier. Des intermédiaires jugés gênants par une organisation terroriste !
Et un lecteur toujours vilipendé
Le lecteur de San Antonio est de nouveau pris à partie par Frédéric Dard, qui déplore « l’exiguïté » de son cervelet et qui craint que celui-ci ne soit englué dans du « caramel » ! La solution, prendre « du fortifiant », consommer de « la vitamine B12 », afin de tenter d’augmenter une quantité de « cellules grises », désespérément faible.
« Je vois sur vos vitrines que vous ne pensez pas. C’est congénital chez vous. Ah, vous n’êtes pas des roseaux, mes pauvres mecs. »
Et un cousin Hector gratiné
San Antonio, considéré comme mort, voilà le cousin Hector qui se met à vouloir tout diriger chez Félicie (la maman de San Antonio). De quoi énerver un San Antonio, qui est bien vivant, malgré tout. Le cousin Hector est défini comme « une vraie pommade, ce zig » !
Et un Bérurier agacé
Le « Gros », Bérurier, ne décolère pas, en apprenant la mise en scène qui a eu lieu lors de l’enterrement du sac de sable ! « Tu pouvais pas le dire, hé, pommade, que c’était un enterrement bidon ! »
Bérurier trépigne, vocifère, injurie celui qu’il croyait perdu pour toujours. « ça me donnerait envie de partir dans le cosmétique avec Gargarisme » (à traduire par : partir dans le cosmos avec Gagarine) !
Et une digression au sujet des goûts de l’époque
San Antonio semble déplorer le goût de l’époque, qui consiste à préférer une maîtresse pot-au-feu, à une maîtresse sexy. Certains hommes choisissent des maîtresses uniquement « pour les regarder tricoter » et les préfèrent sans maquillage (elles n’ont « pas plus de rouge sur les joues qu’un pot de yaourt »).
Et des allusions galéniques
Dans cet opus, San Antonio a des pressentiments « à la gomme arabique ». Des pressentiments pour le moins collants !
Et un maquillage au figuré
Et toujours l’expression maquiller quelque chose, lorsqu’il s’agit de s’interroger sur les activités du fameux Pierrot-Gourmand. « Maintenant, ce qu’il maquille… »
Et une femme peintre qui réalise des œuvres consommables
Cette dame est très fière de ne pas utiliser des « ingrédients normaux », pour réaliser ses œuvres. Elle remplace, en effet, les tubes de peinture par des aliments, « afin de rendre ses toiles plus digestes ». La « mayonnaise », le « tomato-ketchup », le « gorgozonla », les « épinards » sont étalés sur sa palette, afin de lui permettre de réaliser des touches de jaune, de rouge, de bleu, de vert !
La solution tient dans un numéro de lot
La machine à écrire achetée par San Antonio en Italie portait le N°2.0883 Z. Celle qui se trouve chez lui le N° 2.0896 Z.
Ceci fait tilt dans le cerveau surentraîné de San Antonio. On s’est servi de lui pour faire passer la frontière à un objet ayant certainement une fonction différente de celle supposée. Une fonction insolite pour le moins… une bombe tout simplement !
De « A » jusqu’à « Z », en bref
San Antonio, mort et revenu à la vie, réussit dans cet opus à faire tomber un « réseau d’espionnage européen ». Un réseau, dirigé par un certain « Bijou », qui a, sous ses ordres, toute une cohorte de subalternes, dont la fameuse Marion.
Alors, forcément, dans toute cette histoire, un commissaire pour passer une frontière, c’est pratique, mais pour le reste… c’est plutôt gênant !
Bibliographie
1 Dard F., De « A » jusqu’à « Z » in San-Antonio tome 5, Bouquins La collection, 2022, 1252 pages

