Un festival pharmaceutique… le temps d’un roman !
Pas de vacances pour San-Antonio… qui, même les doigts de pied en éventail, se retrouve confronté à ce qu’il pense être une série de meurtres !1 En réalité « un suicide, un meurtre, un accident » !
Un suicide « maquillé » en « crime » par un valet de chambre vieille France, souhaitant éviter à son maître l’horreur d’un scandale.
Un crime passionnel et un accident !
Le tout raconté avec la gouaille habituelle de Frédéric Dard et avec un véritable festival de mentions pharmaceutiques !
Un été pourri
Pas de grand Soleil pour San-Antonio et Félicie, sa mère, lors de leur villégiature à Bellecombe-sur-Moulx. Les journées s’écoulent à l’intérieur, faute de beau temps. « Avec cet été pourri, nous sommes bronzés comme des comprimés d’aspirine ». Bravo cher Frédéric Dard pour cette précision très juste. Le « cachet » d’aspirine n’est plus un cachet depuis belle lurette ! C’est plutôt un comprimé… Quelle précision galénique !
Trois meurtres pourris
Trois hommes politiques vont trépasser successivement. Le premier est retrouvé dans sa « baignoire, saigné à blanc », « la cariatide » (sic ; Frédéric Dard adorant substituer un mot pour l’autre) tranché « avec un rasoir à manche ». Ce qui fait dire très justement au commissaire que « s’il s’était rasé à l’électricité, ça ne lui serait pas arrivé » ! Le rasoir se trouvait sur le lavabo et le meurtrier, maniaque de l’hygiène, « s’est lavé les mains avant de fuir ».
Le deuxième tombe raide mort, suite à un coup de fil. Une balle en pleine tête !
Le troisième est retrouvé asphyxié par les gaz d’échappement de sa voiture dans son garage !
Le commissaire Conrouge… baiser !
Le commissaire du coin est une sorte de dandy, habillé avec raffinement. « C’est tout juste s’il ne s’est pas un tantinet renforcé les lèvres avec du rouge baiser. »
L’inspecteur Morbleut… et son rouge baiser !
L’inspecteur Morbleut de la police locale va venir seconder le commissaire. Un loustic celui-là… qui, pour faire rire l’assemblée, se travestit « en dame », en se mettant « du rouge à lèvres par-dessous ses bacchantes ».
La veuve Monféal
Cette veuve semble se réjouir de l’évènement funeste qui vient de se produire. San-Antonio la trouve d’ailleurs plutôt à son goût : « encore jeune, encore blonde, encore bien roulée » ! On apprend rapidement qu’elle est la maîtresse de Jean-Louis Bécollomb, un droguiste qui porte une double casquette, puisqu’il était également secrétaire du défunt. Un amant à la triste figure, puisqu’il nous est décrit comme ayant une « bouille mal achalandée », susceptible d’être utilisée pour promouvoir par voie de « publicité » des « pilules hépatiques ». Un gars qui, en outre, ne se met pas en frais pour sa maîtresse, se contentant d’utiliser lors de leurs rencontres un « parfum à bon marché ».
Le cafetier qui n’aime pas les flics
Dans cet opus, San-Antonio va rencontrer un cafetier qui n’aime pas vraiment les poulets ! Sur son bras, il a fait tatouer, sous un dessin représentant « les ruines de Rome », l’expression bien connue de « Mort aux vaches » ! Et, comme par hasard, le cafetier, en confiance, explique son aversion au commissaire qui savoure l’originalité de la situation.
Et forcément une bonne douche
Dans la torpeur de l’été, le commissaire retourne au charbon, car un député vient de se faire occire à deux pas de son hôtel. Dans ces conditions, il retrouve ses habitudes de travail : lever à 6 heures et « douche » dans la foulée (il en est question à 2 reprises). Après cela, il se « rase », se « lotionne », puis se « vêt » ! Le tout avant de se rendre, d’un pas décidé et conquérant, vers la salle à manger pour le petit-déjeuner.
Et l’expression « mettre au parfum »
L’inspecteur Bérurier est expédié sur place, afin de seconder son chef adoré ! Il est mis tout de suite « au parfum des évènements » ! Et il va avoir une idée géniale : puisque l’assassin s’en prend aux politiques… il va se présenter aux élections ! Tout simplement ! Et pour ce faire, il va se raser de frais, ce qui mérite d’être souligné !
Et une histoire d’allergie
Lors de son enquête, San-Antonio est amené à interroger un droguiste… Manque de bol, il s’avère « allergique à l’un des produits de la Droguerie générale »… Conséquence : il se met à éternuer « à douze reprises ».
Et une histoire un peu opaque de gargarisme
Bérurier est coincé dans une voiture. Il sort alors cette tirade fameuse : « Ah ! Je plains les cosmétiques comme Gargarisme qui se laissent arrimer dans des fusées. » Ne voudrait-il pas plutôt parler des cosmonautes comme Youri Gagarine, premier homme à avoir effectué un vol dans l’espace, en avril 1961, et ce dans le cadre du programme spatial soviétique ?2 C’est fort possible !
Et une histoire de dépuratif
San-Antonio croise, ici, les pas d’une certaine Natacha… une jeune femme, pleine de charme (« Cette gosse, elle est belle et elle sent bon. »), qui le rend poète, ce qui est contre-nature le concernant. De quoi inquiéter un commissaire soucieux de sa santé. « Faudra que je prenne un dépuratif » !
Et une histoire de laxatif
L’inspecteur Martinet affiche sur sa face « un beau sourire pour réclame laxative ».
Et une histoire de cataplasme avec un « C » majuscule
Le « père Cataplasme » est l’employé du « sommiers », chargé de trier les fiches des individus ayant eu maille à partir avec la police.
Et une histoire de bise sédative
Dans cette enquête, Félicie, la maman adorée de San-Antonio, est embauchée pour surveiller les allées et venues des différents protagonistes. Ceci ne va pas s’avérer infructueux et lui vaut une « bise sédative » de la part de son grand garçon.
Et une histoire de cellulite
Avec une musique endiablée qui fait bouger les fesses et permet ainsi de faire « disparaître la cellulite » à vitesse grand V !
Et une histoire de pommade
San-Antonio a résolu cette triple affaire, en quelques jours seulement. Non, il n’y a pas de fou dans la région, mais un simple concours de circonstances ! Et tout de même un binôme de meurtriers ayant choisi le moment idéal pour éliminer un mari gênant ! La perspicacité de San-Antonio lui vaut les compliments de son chef qui lui passe « une pommade à côté de laquelle l’onguent gris n’est que fumée. » Au XVIIe siècle, l’onguent gris appelé aussi onguent napolitain était un topique formulé à base de mercure et utilisé comme antiparasitaire.3
Et une histoire de pilules Miraton
Bérurier a été élu « député de Seine-et-Eure » avec 99 % des voix ! Il doit pourtant choisir entre son métier de policier et celui de député. Et comme il ne se voit pas finir sa carrière loin de son cher San-Antonio (celui-ci lui fait « l’effet des pilules Miraton », des pilules laxatives inventées par le pharmacien Gilbert Miraton),4 la seule solution pour lui est de démissionner en faveur de son suppléant, Paul Morbleut !
Votez Bérurier, en bref
Un excellent opus que celui-ci ; les médicaments y trônent en majesté. La galénique n’est pas bousculée, mais, bien au contraire, scrupuleusement respectée. L’ordre public est sauvé ! Que demander de plus ?
Bibliographie
1 Dard F., Votez Bérurier in San-Antonio tome 6, Bouquins La collection, 2024, 1261 pages
2 https://www.youtube.com/watch?v=KQBdzfL_Qok
3 Moreau C. Les mots de l’officine : de mortier à pharmacie. Act Pharm. 2023, Volume 62, Issue 624, Pages 57-58
4 https://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_2013_num_100_377_22599

