Un festival d’expressions cosmétiques, c’est Frédéric Dard qui tient la plume !
Drôle de mission que celle confiée à San-Antonio : coucher avec Monica Mikaël, une vieille dame, veuve d’un biologiste ! Et pis c’est tout ! Sans explication… aucune ! Et comme San-Antonio est un employé modèle, le voilà qui part à Moisson, une paisible petite commune, afin de déclarer sa flamme à l’ancêtre ! C’est sous le nom d’emprunt de François Mauriac que le commissaire prend pension dans l’hôtel du village.
Un peu dégoûté, San-Antonio se garde bien de coucher avec la relique. Cela ne l’empêche pas d’enquêter discrètement sur cette noble personne. Et justement il y a quelque chose d’étrange, car la vieille veuve est l’amie d’une jeune veuve, qui a pris pour amant un espion d’Allemagne de l’Est, Hans Burger !
Tout commence avec l’expression « être au parfum »
Tout le monde est réuni dans le bureau du patron, dit le Vieux, dans le but de lui fêter ses 30 ans de service. On dénombre pour l’occasion tous les policiers du secteur, ce qui fait dire à Frédéric Dard que c’est le moment pour la pègre de réaliser un gros coup… « S’ils sont au parfum » de cette réunion au sommet… on peut craindre le pire.
Puis, l’expression…
« Qu’est-ce que tu maquilles ? » Histoire d’asticoter un peu des collègues un peu lents à se mettre en action !
Et encore l’expression…
« Compte dessus et bois le Pétrole hahn que tu devrais te coller sur le dôme »… à destination d’un chef résolument chauve, qui pousse un peu le bouchon, en prenant son commissaire préféré pour la prostituée du coin !
Et se poursuit avec un inspecteur douché
San-Antonio est assisté ici de l’inspecteur Bérurier ; celui-ci semble prêt à prendre tous les risques dans cette aventure. Afin de le calmer, San-Antonio lui parle de sa veuve potentielle, histoire de « doucher » son ardeur. On notera le chic de sa tenue vestimentaire : un magnifique costard avec une discrète « doublure » d’une couleur passe-partout… à savoir « rose savonnette » !
Comme bien souvent, Bérurier ne fait pas preuve d’une grande sobriété, s’enfilant le contenu d’une « Chartreuse verte », dans le but, nous dit-il, de digérer des « saucisses », qui lui caillent sur le jabot. Elles n’avaient pas « la fraîcheur Colgate », semble-t-il !
Voire un inspecteur médicamenté
San-Antonio ne peut pas compter ici sur son collègue Pinaud. Celui-ci est sous traitement, car il souffre d’inquiétantes pertes de mémoire, qui ont engendré la prescription d’une potion, administrée au compte-gouttes. Ce produit destiné à « calmer les nerfs » est à base « d’extrait de glandes », additionné de « phosphore et de Gardénal ». Il peut être pris dans un verre de « beaujolais », ce qui ne gâte rien ! Le problème, c’est que Pinaud, en discutant avec son chef, compte 100 gouttes et non 30 comme prescrit, ce qui lui fait faire un gros dodo durant tout le roman. Afin de s’assurer que son second ne risque pas de trépasser, San-Antonio, plein de compassion, vérifie la posologie du produit. « Je chope la boîte ayant servi d’emballage au flacon, j’en retire le fameux prospectus qui fait tant de bien à lire. » Pas d’inquiétude : dans certains cas il est, en effet, possible d’aller jusqu’à une dose de 100 gouttes.
Et on rencontre une jeune blonde
Cette jeune femme a tout pour plaire à San-Antonio ! Elle est médecin et se nomme Virginie Baume.. Elle ne quitte pas d’une semelle Monica Mikaël. Elle est dotée, nous dit-on, du « dargeot idéal » ! « Tu chercherais de la cellulite à la loupe que t’en trouverais pas. Le bourrelet est inconnu au bataillon. » Par contre, côté maquillage, il faudrait lui donner quelques conseils… En effet, interrogée de manière un peu musclée par le commissaire, ses cosmétiques se font la malle… « Son rimmel part en brioche. Ça lui donne un regard à la Charlot. Son rouge à lèvres ressemble à de la confiture de groseilles. »
Et puis une vieille rousse
La veille rousse toute « fripée » n’est autre que Monica Mikaël… l’objet de la curieuse mission. Cette vieille dame peu engageante, qui se maquille comme l’as de pique (« son rouge labial ressemble à une glace framboise qui s’est attardée au soleil. »), ne séduit nullement notre amateur de jeunes et jolies femmes. Elle a beau agiter ses faux-cils, ses « ramasse-miettes artificiels », le commissaire reste de glace, ce qui n’est guère dans ses habitudes.
Coup de théâtre en fin d’opus, lorsque l’on apprend que cette vieille rousse n’est ni veuve, ni rousse… ni femme. Il s’agit, en réalité, du frère de la vraie Monica, morte avec son époux dans l’explosion de son laboratoire. On comprend, d’un coup, pourquoi San-Antonio rechignait tant à passer à l’acte !
Et le mari de la vieille rousse
Ce biologiste de renom est mort dans l’explosion de son laboratoire, non sans avoir créé de toutes pièces un individu miniaturisé, sur lequel il s’adonnait à des expériences peu éthiques.
Et une jeune serveuse
Celle-ci s’intéresse de près à son client, San-Antonio. Elle le drague, pendant que « sa patronne prend son bain de pieds de moutarde quotidien ».
Et une assistante médicale
Celle-ci se nomme Mercédès Maupuis et semble très peu farouche, si l’on en croit la façon dont elle accueille la police chez elle. « J’adore les beaux gosses et je m’en fais des cataplasmes. »
Et une loueuse de voitures
Celle-ci vient en aide au commissaire, qui la déclare « précieuse comme l’eau du même nom » !
Et un garagiste
Ce garagiste nous est présenté comme porteur d’un « masque de beauté » de toute beauté !
Et des expressions cosmétiques étranges
Etrange travail que celui de San-Antonio, qui n’y comprend goutte. « Je me mets donc à pédaler avec un point d’interrogation gros comme ça à la place de lotion capillaire. »
Et un curieux collectionneur de « pansements »
Ce collectionneur, qui passe à la télévision, est reçu par Pierre Sabbagh, qui le fait discourir sur l’objet de sa passion. Ce collectionneur peut, ainsi, vous parler pendant des heures du « bandage herniaire de Charlemagne » ou du « suspensoir de Louis XIV », sans oublier le « cataplasme de farine de lin » ayant guéri « Victor Hugo d’un début de bronchite la fois où, à Guernesey, il avait oublié son jersey ».
Et comme d’habitude un San Antonio d’une grande propreté
Comme d’habitude, l’on suit San-Antonio pas à pas. On le voit prendre sa « douche » et se « raser ».
Et une référence à des suppositoires !
Chez Frédéric Dard, lorsqu’un individu est surpris, il fait un bond prodigieux, ce qui inspire à l’auteur une expression à sa façon : « On dirait qu’il vient de confondre un câble à haute tension avec ses suppositoires habituels. »
Et une condamnation de l’inventeur du mariage
Un « cornichon à pédales » qui mériterait, selon l’auteur, un « traitement à l’Equanil » ! A noter que ce tranquillisant dont le principe actif est le méprobamate a été synthétisé en 1950 et mis sur le marché 5 ans plus tard. Un principe actif très populaire dans les années 1950 en matière de prise en charge des états anxieux.2 Interdit depuis !
Et une larme de vaseline
Ou du moins une « larme épaisse comme de la vaseline ».
Et de l’acide chlorhydrique à tous les étages
Quand on l’embête, le commissaire nous intime l’ordre d’aller nous « laver les dents à l’acide chlorhydrique » ! Et lorsqu’il est cerné par des individus louches alors qu’il perquisitionne dans un laboratoire tout aussi louche, il n’hésite pas à envoyer un flacon de cet acide à la tête de ses adversaires. Du moins à deux d’entre eux, car pour ce qui est du troisième, il ne lui « reste plus de lotion démaquillante », comme il dit.
Le gala des emplumés, en bref
San-Antonio a été envoyé au charbon vérifier que Monica était bien une femme (alors qu’il s’agit d’un homme !). Pour une fois, il désobéit aux ordres. Il arrive, toutefois, à démanteler un réseau d’espionnage et à retrouver le cobaye de laboratoire, source de toutes les embrouilles. Malheureusement pour lui, le petit individu est mort noyé ! Fin de l’aventure !
Bibliographie
1 Dard F., Le gala des emplumés in San-Antonio tome 6, Bouquins La collection, 2024, 1261 pages
2 Ban TA. The role of serendipity in drug discovery. Dialogues Clin Neurosci. 2006;8(3):335-44

