Un coup de soleil révélateur !

Albert Bauche est un assassin… un assassin qui revendique son acte et tient à faire comprendre au psychiatre qui étudie son cas qu’il n’y a pas une once de folie dans cet acte parfaitement réfléchi.1 Et Albert de revenir sur ses fantasmes de jeune adolescent… les cuisses de la plantureuse Anaïs, une fille peu farouche, qui se donne au premier venu ! Des cuisses qui occupent une place importante dans un roman qui place le sexe au centre de tout. Albert n’est pas comme les autres… Il est pur parmi les impurs ! Et il va argumenter pendant tout le roman, afin que l’on comprenne que si tout a chaviré ce n’est pas sa faute à lui, mais bien celle des autres !

Les faits

Albert Bauche est, semble-t-il, exploité par son patron Serge Nicolas, qui a vu dans ce jeune homme faible et de bonne famille un prête-nom bien pratique pour réaliser des opérations financières vraisemblablement douteuses, le tout sous couvert d’une société de productions cinématographiques. En découvrant cela, Albert perd pied ! Et passe à l’acte !

L’homme, le meurtrier

Albert est au centre du roman. On l’observe ici comme sous un microscope. Après une nuit au commissariat, il espère obtenir le droit de « se laver », de « se raser », mais ce n’est pas le cas. Il est donc interrogé « non rasé, non peigné »… avec une allure de « sale type » !

L’homme, la victime

Il reçoit ses visiteurs au lit dans un pyjama de « soie noire » du meilleur goût ! Il est « rasé de près » et « soigneusement manucuré ». Il couche avec Fernande, l’épouse d’Albert et avec sa secrétaire… entre autres.

La femme, une inconnue

On la croise dans les bureaux de la police. Elle a les « lèvres peintes » et dégage une forte odeur de « poudre de riz », mêlée à celle de « parfums violents ». Elle fume et propose à Albert une cigarette qu’elle porte à ses lèvres, avant de la lui donner. Une cigarette qui se retrouve donc marquée de « deux demi-cercles pourpres » à « goût sucré ».

La femme, une trop connue

La femme d’Albert se nomme Fernande. Une drôle de luronne, qui couche avec qui veut d’elle. Un peu dépressive ! Et très fantasque, changeant d’allure et de coiffure à chaque période de sa vie, selon le goût de ses amants du moment. Rien à voir avec l’image qu’elle renvoyait lorsqu’Albert l’a rencontrée pour la première fois (« Elle mettait à peine de poudre, pas du tout de rouge, et ses vêtements de confection lui allaient plus ou moins sans qu’elle parût s’en soucier. »). Mais tout à voir avec la jeune mariée qui file à Dieppe avec un inconnu, le temps d’un week-end et revient dans ses foyers, le lundi matin, avec un superbe « coup de soleil » !

Apprenant le meurtre commis par son époux, Fernande coupe les ponts, refusant de s’apitoyer sur le sort de son conjoint.

Lorsqu’elle est confrontée à lui, elle sort « son poudrier de son sac » et se remet « de la poudre, en se regardant dans un petit miroir. » Fernande gagne du temps en se refaisant une beauté à deux pas de son mari. Le temps pour elle de réfléchir à la conduite à tenir… c’est avec une bonne gifle (et même 2 !) que Fernande reprend contact avec celui qui partage sa vie.

Anaïs, un souvenir bien connu

Cette Anaïs a fait rêver Albert quand il était adolescent. Enfin, plutôt cauchemarder, tant son désir d’elle était puissant. Une fille qui vit dehors et dont la peau est « brûlante de soleil » !

Ozil, l’âme de tout

Cet homme « gras et mou » est le cerveau de l’affaire. Le chef de Serge. Un homme « très soigné, au point de paraître maquillé comme une femme. »

Le temps d’Anaïs, en bref

Albert Bauche ne cesse de nous répéter qu’il est un « honnête homme » ! Autour de lui, les gens trichent (son père… oui, même lui, son patron, sa femme !) et tout se passe comme si le monde était fait pour les tricheurs, ceux qui savent travestir la vérité au mieux de leurs intérêts. Vraiment trop injuste, semble nous dire Albert qui, par son crime, a cru réussir à remettre un peu d’ordre dans un monde franchement désordonné !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Simenon G., Le temps d’Anaïs, Le Monde, 2026, 206 pages