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Trois... six... neuf, Colette est la championne des portraits-cosmétiques !

> 04 février 2018

Trois... six... neuf, Colette est la championne des portraits-cosmétiques ! Dans le récit intitulé « Trois...six...neuf » Colette ne fait pas le compte des buts marqués par son équipe de football fétiche, mais le décompte du nombre de ses déménagements.

Avant de terminer sa vie au Palais-Royal, à Paris, Colette n’a cessé de changer de lieu de résidence. Il s’agissait toujours d’appartements de petites superficies, caractérisés par des salles de bain minimalistes. Colette s’improvise architecte d’intérieur pour optimiser chaque mètre carré : « Je sacrifiai à mes exigences d’hygiène une petite chambre où je portai la douche en collier et la verveine en frictions [...] ».

Au Claridge, hôtel où elle s’installera au 6e étage pour une période de quatre ans, Colette dispose d’une chambre étroite qui ne ressemble en rien à une suite royale. « [...] un placard de toilette que deux prises électriques transformaient en « kitchenette » à bouillir pâtes, œufs, fruits, l’eau du café, le lait du chocolat [...] » est le seul luxe que peut s’offrir l’écrivain. Cette rusticité n’est pas sans rappeler les conditions de vie de Julie de Carneilhan, l’une de ses héroïnes (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-charmant-monde-cosmetique-du-petit-monstre-qu-est-julie-de-carneilhan-391/). Colette y croise des princes hindous et leur « parfum épicé ». Les pensionnaires du 6e étage partagent un peu de leur vie par fragrances interposées : « Soleil et vent m’arrivaient en pleine face, poussaient dans mon gîte la fragrance bousculée des géraniums rouges que je cultivais en caisse. [...] A travers les portes minces, marquées de chiffres, filtraient leurs parfums personnels et reconnaissables, l’odeur de vieux feutre que propageaient les whiskies de cinq heures, le puissant et indiscret arôme de l’opium d’après minuit [...] ».

Chaque déménagement est l’occasion d’une nouvelle vie, de nouvelles rencontres. Lorsqu’elle vous voit, c’est l’esthéticienne qui vous dévisage... un peu plus tard, c’est l’écrivain qui prend le relais et qui vous gratifie d’une description sans concession (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/stage-de-relooking-avec-colette-412/).

Polaire, amie et sosie de Colette, est connue pour sa taille d’une finesse exceptionnelle. « Sa taille jouait à l’aise dans un faux col : quarante-deux centimètres. » (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/-a-bas-le-corset-vive-la-creme-amincissante-281/) Polaire fait du cheval en amazone. Tout le monde se retourne sur son passage. « Cette guêpe à cheval » arborait un « catogan qui, resserrant ses cheveux courts sur sa nuque, découvrait - rare spectacle ! - deux petites oreilles parfaites. »

Eve Lavallière, une actrice qui, selon l’angle d’observation, est « triste-gaie, vieille-jeune », semble âgée de 20 ou de 60 ans, selon la qualité de l’éclairage. Eve est un personnage étonnant, d’abord actrice, puis tertiaire de l’Ordre franciscain. Lorsque Colette décrit Eve, on comprend que celle-ci a abdiqué toute recherche esthétique. Si son corps reste indubitablement beau, son visage et ses mains trahissent les outrages du temps. « Sans fard, frisure ni henné, perdue dans une robe de chambre pour vieux monsieur pauvre », Eve ne met plus en valeur ses formes, qu’elle a pourtant conservées intactes. Si « aucune ceinture, aucun soutien-gorge ne déguise son torse de jeune fille », c’est tout simplement qu’Eve prône le naturel. Aucune crème anti-âge, aucun produit de maquillage ne vient à son secours. « Sauf la figure, le cou et les narines, tout son corps mince et agressif restait indiscutablement jeune. » Si Eve reste fière de son corps ; elle cache, en revanche, ses mains dans ses poches, car celles-ci sont « tout en petits osselets fragiles, en tendons, en veines sombres, arborescentes et gonflées sous une peau froissée irrémédiablement. »

Les mannequins fascinent Colette. L’écrivain a toutefois un côté trop bon vivant pour cautionner les régimes auxquels ces jeunes filles se soumettent (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/quand-sidonie-gabrielle-colette-se-fait-chroniqueuse-beaute-405/). « Les candidates au titre de « Miss Univers » s’engouffraient sous la tente rayée, dressée pour elles sur le trottoir des Champs-Elysées, déjeunaient de peu, dînaient d’amertume, essuyaient leur fard et leurs larmes. »

La vieille prostituée du Palais-Royal est l’un des personnages chères à Colette qui aime à observer « une haute et robuste vieille dame, qui se disait comtesse authentique et ne faisait pas mystère de ses soixante et onze ans. [...] Mieux qu’une courtisane, ses manières étaient d’une campeuse ; on la voyait s’ablutionner de bon matin à la prise d’eau du trottoir. »

De Polaire, le double de sa jeunesse qui lui rappelle le temps où Willy exhibait « les twins » dans les cafés parisiens, à la vieille prostituée qui trouve refuge aux jardins du Palais-Royal, une fois sa nuit terminée, Colette ne cesse de scruter les visages féminins et y trouve un terrain de choix pour ses rêves d’esthéticienne.

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour cette équipe de football assez... improbable !






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