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Triclosan, triclocarban, deux antiseptiques dans la tourmente !

> 04 janvier 2019

Triclosan, triclocarban, deux antiseptiques dans la tourmente !

Le triclosan est un antiseptique qui a été utilisé de manière intensive dans les produits d’hygiène, des années 1970 aux années 1990. Synthétisé par la société Ciba-Geigy (Bâle, Suisse), dans les années 1960, cette molécule va connaître très rapidement un grand succès, et ce d’autant plus qu’elle possède une grande thermostabilité, ce qui facilite la mise sous forme galénique. Après avoir été incorporé dans des déodorants (on le retrouve même dans des savons dits déodorants), il entre dans la composition de dentifrices et de bains de bouche et constitue ainsi une alternative à l’emploi de la chlorhexidine.

Cet antiseptique possède un large spectre d’action. Il est 10 à 100 fois plus efficace que l’hexachlorophène vis-à-vis de bactéries type Escherichia coli, Klebsiella edwardsii, Salmonella sp., mais moins efficace que ce même conservateur vis-à-vis des streptocoques, des microcoques et de Propionibacterium acnes. Son emploi dans les déodorants s’explique par son efficacité vis-à-vis d’un grand nombre de germes de la flore résidente. En revanche, il s’avère inefficace vis-à-vis de l’agent responsable des pellicules à savoir la levure Pityrosporum ovale. Il échappe ainsi au domaine capillaire ! En présence de certains tensioactifs éthoxylés (type polysorbate-80), on note la formation d’un complexe qui retarde l’action bactériostatique de la molécule antiseptique. Son action déodorante est, par contre, parfaitement bien documentée. Son efficacité à l’encontre de bactéries capables de dégrader la sueur des genres Staphylococcus ou Corynebacterium, par exemple, explique l’intérêt de cet ingrédient dans la lutte contre les odeurs corporelles. Son profil toxicologique est alors reconnu comme sûr ce qui explique l’engouement de l’industrie cosmétique pour cet ingrédient qui peut jouer aussi bien le rôle d’actif que d’additif.1

Aux débuts des années 2000, ce ne sont pas les mêmes sons de cloches qui parviennent jusqu’aux oreilles des formulateurs. Cet ingrédient déclaré parfaitement sûr devient, au fil des travaux effectués, un perturbateur en ce qui concerne la fonction thyroïdienne, les hormones mâles et la production de sperme. Des résistances bactériennes sont également évoquées et c’est sans parler de son impact au niveau du milieu environnant. Le triclosan qui était l’antiseptique de choix de nombreux produits d’hygiène se retrouve, tout naturellement, dans les urines de 75 % des Américains.2

Le triclocarban, une molécule qui appartient à la même famille chimique que le triclosan, est une substance qui se retrouve du même coup sur un siège éjectable. Le triclocarban est encore très présent aux Etats-Unis dans le domaine de la désinfection des mains. Il serait présent dans 84 % des savons antiseptiques commercialisés.3 Notons, qu’en Europe, ce type de produits possède un statut de biocide et que le terme de « savon antiseptique » n’est pas un terme adapté au domaine cosmétique. Le triclocarban présente le même profil toxicologique que le triclosan.

A l’heure actuelle, triclosan et triclocarban sont soumis à des restrictions quant à leur usage dans le domaine cosmétique.

Que penser de tout cela ? Tout simplement qu’il faut utiliser les ingrédients cosmétiques à bon escient et non les déverser sans réfléchir à la louche dans tous les cosmétiques qui tombent sous la main. De la même façon qu’il est inutile de se protéger des UV lorsque l’on ne s’expose pas au soleil, il est inutile de se laver intempestivement les mains avec un savon antiseptique lorsque l’on n’est pas chirurgien…

Bibliographie

1 Bhargava HN., Leonard PA. triclosan: Applications and safety. American Journal of infection Control, 1996, 24, 3, 209-218.

2 Han C., Lim YH., Hong YC. Ten-yeat trends in urinary concentrations of triclosan and benzophenone-3 in the general U.S. population from 2003 to 2012. Environmental Pollution, 208, 2016, Part B, 803-810.

3 Kim SA., Rhee MS. Microbicidal effects of plain soap vs triclocarban-based antibacterial soap. Journal of Hospital Infection, 2016, 94, 3, 276-280.






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