Tout ce qui est nouveau n’est pas forcément beau !
Le terme « nouveau » est un terme qui fait vendre.1 Il attire l’œil et provoque l’ouverture du porte-monnaie. Un mot « magique », qui agit comme un excitant au niveau cérébral et déclenche une cascade de réactions aboutissant à l’achat.2 Si le mot « nouveau » est indiqué sur un emballage cela traduit un changement de formule, une amélioration… bref quelque chose de positif qui ne peut pas nuire, bien au contraire.
Dans le domaine cosmétique, comme dans d’autres domaines, le terme « nouveau » est attractif.
Cette attraction est, toutefois, à modérer pour qui connaît un peu l’histoire des cosmétiques. Le cas des « nouveaux » déodorants présents sur le marché dans les années 1950, renfermant un « nouvel » actif très efficace, permet de relativiser les bénéfices liés à la nouveauté !
Nouvel ingrédient cosmétique peut rimer avec nouveau risque cutané !
C’est du moins ce que nous dit Robert Jackson, dans une publication intitulée « New cosmetic hazards », parue en 1957 et en pointant du doigt le cas de « nouveaux » ingrédients, comme le lactate de sodium et de zirconium. Ingrédient nouveau qui s’invite alors dans des déodorants (le terme d’antitranspirants conviendrait mieux soit dit en passant) et qui provoque la survenue de granulomes au niveau axillaire.3 Des sels de zirconium, qui provoquent ce que l’on appelle « une nouvelle maladie » qualifiée de différents noms : granulomes axillaires, éruption sarcoïdosique des aisselles, réaction granulomateuse aux déodorants solides, granulomes des aisselles causés par les déodorants et granulomes au zirconium. Les signes cliniques correspondent à des « papules indolores persistantes, avec une inflammation aiguë et un prurit minime », localisées au niveau des zones d’application du cosmétique incriminé. Un déodorant sur base savon (stéarate de sodium) qui contient, en outre, de l’alcool, de l’hexachlorophène et un parfum, comme il se doit.4,5
Des dérivés de zirconium qui sont alors examinés de près et qualifiés d’ingrédients à la fois allergisants6,7 et irritants.8
Bon, pas le top du top donc !
Des dérivés de zirconium qui vont, pour la plupart, être interdits par la suite.9
Ingrédient « ancien », connu, reconnu, et rereconnu !
Ces ingrédients peuvent également déclencher l’acte d’achat. Ce n’est pas la nouveauté qui est mise en avant (quoiqu’on trouve des formules à base d’acide hyaluronique qui basent leur communication sur la notion de nouveauté !!), mais la sécurité d’emploi, l’efficacité connues et démontrées depuis des lustres.
Tout ce qui est nouveau n’est pas forcément beau, en bref
« Nouveauté » ne rime pas toujours avec sécurité. Le passé nous l’a montré. Les super-déodorants à base de zirconium des années 1950 sont rapidement passés aux oubliettes du fait du manque d’innocuité du nouvel actif incorporé.
Utiliser des ingrédients dont le profil toxicologique a été validé depuis longtemps, qui ont été incorporés dans des milliers voire des millions de produits depuis des lustres, est une idée brillante dans un domaine dont la réglementation repose sur la sécurité !
Evidemment, on nous retorquera que ce concept castrateur coupe toute innovation. Mais faut-il toujours courir derrière ce mythe de l’ingrédient-miracle méconnu ou inconnu ? Ne faut-il pas plutôt continuer d’explorer le domaine du connu, afin d’en extraire toute la quintessence ?
Bibliographie
1 https://www.stereotexte.fr/2019/11/10-mots-qui-font-vendre/
2 https://blog.clicboutic.com/fr/mots-magiques-augmenter-ventes-internet/
3 Jackson R. New Cosmetic Hazards. Can Med Assoc J. 1957 Nov 15;77(10):968-9
4 Hurley HJ Jr, Shelley WB. The zirconium deodorant granuloma: an allergic disorder. Henry Ford Hosp Med Bull. 1958 Sep;6(3):279-90
5 Prior JT, Rustad H, Cronk GA. Pathological changes associated with deodorant preparations containing sodium zirconium lactate; an experimental study. J Invest Dermatol. 1957 Dec;29(6):449-63
6 Shelley WB, Hurley HJ. The allergic origin of zirconium deodorant granulomas. Br J Dermatol. 1958 Mar;70(3):75-101
7 Epstein WL, Skahen JR, Krasnobrod H. Granulomatous hypersensitivity to zirconium: localization of allergen in tissue and its role in formation of epithelioid cells. J Invest Dermatol. 1962 Apr;38:223-32
8 Epstein WL. Contribution to the pathogenesis of zirconium granulomas in man. J Invest Dermatol. 1960 Mar;34:183-8
9 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/

