Tintin, un journaliste qui connaît ses classiques médicaux !

Embarquons avec le jeune reporter Tintin sur le paquebot qui va lui permettre d’aborder le continent africain.1 A ses côtés, un certain Milou… un petit chien auquel il est extrêmement attaché.

Point de cosmétiques dans cet opus mais quelques allusions médicales/médicamenteuses qui montrent que notre journaliste est bien aux aguets en matière de scoop et d’informations variées.

D’abord se méfier de la psittacose

A peine à bord, voilà notre pauvre Milou, qui se retrouve agressé par un perroquet, qui ne manque pas de hargne. Alors que Milou lui tourne le dos le méchant animal n’hésite pas à mordre sauvagement le petit chien au niveau de la queue.

Consternation de la part de Tintin alerté par le vacarme qui s’ensuit. « Milou, malheureux ! as-tu songé à la psittacose » ! Non, bien sûr, pas plus que les enfants qui découvrent les aventures de Tintin dans cet opus paru en 1931.

Une rapide recherche bibliographique nous prouve que cette psittacose fait alors parler d’elle dans la littérature médicale en ce tout début du XXe siècle. Elle nous y est présentée comme une curiosité médicale ; une maladie que l’on rencontre alors de manière généralisée en différents points du globe et qui a pour vecteur… le perroquet, ce volatile bavard, de moralité douteuse. La maladie, qui se traduit par un état grippal avec des symptômes pulmonaires et de la fièvre, a été définie pour la première fois en Suisse, en 1879 ; on établit alors un lien entre cette maladie et son vecteur, le perroquet qui partage la vie/la maison de ses hôtes. Certains auteurs nous signalent une épidémie de psitaccose qui s’est déclarée à Paris, suite à l’importation de perroquets de compagnie. Sur un lot de 500 perroquets expédiés d’Amérique du Sud seuls 200 parvinrent à destination. Une fois arrivés à bon port, les perroquets survivants engendrèrent une épidémie de 49 cas aboutissant à 16 décès.2 En 1892, est isolée une bactérie, Bacillus psittacosus, à partir d’un perroquet décédé de cette maladie.3 On sait désormais qui est responsable de cette « maladie du perroquet », qui rend l’oiseau somnolent, apathique, tourmenté par la soif,4 souffrant d’entérite5 et qui se transmet facilement au contact de celui-ci. Cette pathologie peut conduire à la mort le personnel d’animalerie qui nettoie les cages ou les personnes s’étant vu offrir en cadeau empoisonné un perroquet (ou une perruche) contaminé.6 En 1929, les Etats-Unis ferment leurs portes aux perroquets d’importation… Ceux-ci engendrent trop de malades et de décès.7

Le perroquet en question dans cette aventure du célèbre reporter est très agressif et semble donc plutôt en forme… mais peut-être n’est-il qu’en période d’incubation ?

En tout cas, Tintin, en bon journaliste qu’il est, a suivi de près de toutes ces affaires d’épidémie et, devant cet animal susceptible de semer la mort sur son passage, il ne peut être que prudent. On l’en félicite.

Ensuite, se méfier des moustiques

Si Tintin, une fois arrivé sur le sol congolais, se hâte d’aller dormir sous une moustiquaire, le brave Milou, quant à lui, n’a pas pris cette précaution. Au matin, il est truffé de piqûres de moustiques. Tintin s’empresse de le « soigner », mais Hergé ne nous précise pas ce qui est utilisé pour le calmer.

Encore après, jamais sans ma quinine

Tintin, qui est hébergé dans une tribu, joue les médecins en donnant de la quinine à un homme fiévreux. C’est une bonne idée, puisque ce principe actif est utilisé depuis le XVIIe siècle pour traiter les crises de malaria (paludisme).8

Enfin, un peu de bicarbonate de soude

Dans cette aventure, Tintin se retrouve plus d’une fois en mauvaise posture. Face à des individus armés (ce sont les envoyés d’Al Capone qui sont payés pour lui faire la peau) ou bien face à des animaux féroces, Tintin trouve toujours la solution qui lui permet de s’en sortir. Toutefois, lorsque Milou est avalé par un boa ne lui reste-t-il plus qu’à découper sa peau avec un couteau pour extraire son brave compagnon.

Notons que le boa, doué de la parole, a du mal à digérer un petit chien entier… une bonne dose de bicarbonate de soude lui serait utile. Et pourquoi pas tenter de sucer une célèbre pastille de Vichy (une pastille à base de bicarbonate de soude recommandée en cas de digestion difficile),9 très populaire en ce début de XXe siècle.

Tintin au Congo, en bref

Lu avec un œil pharmaceutique, ce premier opus est extrêmement intéressant, car il nous montre un jeune reporter intègre, qui fait frémir la pègre et ne manque jamais de courage. Son inventeur, Hergé, est comme lui toujours à l’écoute d’une information utile pour amuser, distraire, instruire ses jeunes lecteurs… de 7 à 77 ans ! Psittacose, quinine et bicarbonate de sodium… une pathologie et deux principes actifs médicamenteux proposés aux lecteurs pour parfaire leurs connaissances médicales !

Bibliographie

1 Hergé, Tintin au Congo, Casterman, 1979, 61 pages

2 Psittacosis. Ind Med Gaz. 1930 May;65(5):277-280

3 Luckie JB. Psittacosis. Cal West Med. 1934 Aug;41(2):98-103

4 Porter GS. Psittacosis. Cal West Med. 1932 Mar;36(3):169-70

5 A G N. PSITTACOSIS. Can Med Assoc J. 1930 Mar;22(3):390-1

6 Psittacosis. Cal West Med. 1934 May;40(5):380-1. PMID: 18742872

7 Psittacosis. Cal West Med. 1932 Nov;37(5):355-6

8 Achan J, Talisuna AO, Erhart A, Yeka A, Tibenderana JK, Baliraine FN, Rosenthal PJ, D’Alessandro U. Quinine, an old anti-malarial drug in a modern world: role in the treatment of malaria. Malar J. 2011 May 24;10:144. doi: 10.1186/1475-2875-10-144

9 https://www.ville-vichy.fr/wp-content/uploads/2025/08/2025-iv-12-cp-200-ans-pastille.pdf