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Thérèse Raquin, histoire d’un meurtre qui ne s’efface pas à coup de savon !

> 16 mars 2019

Thérèse Raquin, histoire d’un meurtre qui ne s’efface pas à coup de savon !

Lorsqu’une jeune fille (Thérèse), en bonne santé, élevée avec un jeune garçon au corps débile (Camille) est soumise au même régime médicamenteux, elle s’étiole forcément de jour en jour.1 Dès qu’un rayon de soleil parvient jusqu’à elle dans son univers morose, elle s’épanouit (« Et elle restait là, pendant des heures, ne pensant à rien, mordue par le soleil [...] »). Le mariage prévu par la tante Raquin est au bout du chemin. Il y a, toutefois, un obstacle sur la route, Laurent, un garçon plein de vie (« La nature sanguine de ce garçon, sa voix pleine, ses rires gras, les senteurs âcres et puissantes qui s’échappaient de sa personne, troublaient la jeune femme [...]). Celui-ci devient l’amant de la jeune épouse ; le couple diabolique fomente alors le meurtre de Laurent. Ce crime, qui semble parfait, ne l’est pourtant pas vraiment, les deux amants, constituant, l’un pour l’autre, le témoin à abattre !

Thérèse, dans les bras de Laurent, a une « odeur tiède, une odeur de linge blanc et de chair fraîchement lavée. » Ces senteurs paisibles (« il buvait les parfums légers de ce linge » où le chignon de Thérèse s’était posé) se transforment en « senteurs âcres », lorsque l’idée du crime commence à germer dans le cerveau des deux amants.

Thérèse, au bras de Camille, joue à la dame, une ombrelle à la main. Laurent, quant à lui, en rude gaillard, se laisse brûler par le soleil (« Derrière eux venait Laurent, dont les rayons du soleil mordait le cou, sans qu’il parût rien sentir [...] »).

La toilette que fait Laurent est, le plus souvent, sommaire. « Il se jeta de l’eau à la face, puis se donna un coup de peigne. » Pour son mariage avec Thérèse, une fois Camille définitivement écarté, Laurent consent à quelques efforts. « Laurent se savonna, se parfuma le corps avec un flacon d’eau de Cologne, puis il procéda minutieusement à sa toilette. »

Mme Raquin, en mère attentive au bonheur de sa fille adoptive, n’hésite pas une seconde à donner Thérèse à Laurent. Elle prépare la chambre nuptiale avec tendresse, y dépose des bouquets de rose, créant une ambiance « douce », remplie de « senteurs tièdes ». Mais le bonheur attendu n’est pas au rendez-vous.

Mais le spectre de Camille est toujours là, il s’est installé entre les époux et ne cède pas sa place. La morsure faite par Camille au cou de Laurent est là, bien visible ; elle lui rappelle son crime à toute heure et la « mousse blanche du savon » à raser n’arrive pas à cacher cette trace indélébile.

Ce roman d’Emile Zola nous entraîne en enfer, un enfer où l’on se parfume à l’eau de Cologne et où l’on se sert d'une mousse à raser... un enfer quotidien où l’amour n’a pas sa place !

Merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui nous rappelle que les remords ne s'éliminent pas au savon !

Bibliographie

1 Zola E., Thérèse Raquin, Ed Fasquelle, 1973, 318 pages






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