Sur la piste d’un assassin qui a graissé l’arme du crime avec son huile solaire !

Le Saint autour du monde, un recueil de nouvelles paru en 1956, nous fait découvrir un héros globe-trotter, qui sillonne la planète en quête d’un bon coup. Il vient en aide à ceux qui lui tendent la main et n’oublie pas de se remplir les poches au passage.1

L’histoire cosmétique la plus croustillante est celle qui a pour cadre une charmante petite île située dans le département du Var. Là, Simon Templar (dit le Saint eu égard à ses initiales ST) se dépouille de ses vêtements et s’expose aux chauds rayons du soleil, en conservant, toutefois, la tête froide. Cet homme, au corps athlétique et bronzé, va découvrir l’assassin de l’oncle de l’une de ses connaissances en suivant des traces d’huile solaire… Forcément une histoire passionnante !

Attention l’huile ça glisse…

Aux Bermudes

Le Saint, dont le visage est toujours aussi « bronzé », fait la connaissance de Lona Dayne, une blonde aux yeux bruns. Un blond très très pâle, qui interroge le Saint. Conclusion : « cette blonde devait tout à quelque alchimie d’institut de beauté » !

Oui, Lona est une fausse blonde, mais elle n’en est pas moins tout aussi « jolie » qu’une vraie.

Suffisamment jolie en tout cas pour séduire notre incorrigible séducteur, qui laisse caresser sa joue par les odorants cheveux de la belle (et Simon de se laisser envoûter par le « faible parfum » qui monte « à ses narines » !).

Suffisamment jolie pour pousser Simon dans ses retranchements cosmétiques : « En moins de 10 minutes, il s’était rasé, douché, habillé ». Pendant ce temps-là la jeune femme s’est « habillée, coiffée, maquillée » et arrive, toute pimpante, au petit-déjeuner !

Lona et Simon vont, durant cette aventure, courir après un escroc du nom de Roger Ivalot, alors qu’il se cache, sous leurs yeux, sous l’identité de Bob Inchpenny, un homme « de couleur ». En se rasant le crâne et en passant son visage « au cirage », Roger a réussi à berner Simon, un temps. Un temps seulement !

En Angleterre

Là, c’est une fille « aux jolies jambes », qui fait de l’œil à Simon, notre héros « au visage bronzé ». Une certaine Adrienne Halberd, qui enquête sur un homme, qui élimine physiquement ses femmes, afin d’en hériter. Une femme électrocutée dans son bain (« Elle était dans son bain écoutant sa petite radio portative, lorsque l’appareil est tombé dans l’eau. »), une autre qui manque périr dans un accident de chasse… tout semble indiquer que notre homme ne possède pas vraiment de sens moral ! Simon et Adrienne auront sa peau. Ouf !

En France

Voilà notre héros qui accompagne un ami (George McGeorge) dans un camp de nudistes, situé sur l’île d’Hyères. Un camp fondé « en 1920 » par « deux médecins parisiens, du nom de Durville » (il s’agit en effet des frères Durville),2 qui décidèrent de faire profiter leurs patients des « bienfaits du soleil », en les encourageant à se balader tout nu dans la commune, bien-nommée (!), d’Héliopolis !

Et voilà Simon qui se retrouve à rendre visite à l’oncle nudiste de George… un certain Waldo Oddington, qui nous est présenté comme richissime et qui arbore une peau « couleur noisette ». On apprendra plus tard qu’il est, en réalité, très pauvre, et vit grâce à une pension versée par son neveu chéri.

Parmi les gens croisés sur l’île, on distingue les nudistes « à la peau bronzée » (c’est comme cela que l’on reconnaît un « habitué ») et les touristes à la peau blanche. Le Saint, qui n’est pourtant pas nudiste, se range dans la catégorie des personnes à « peau hâlée ».

Des nudistes qui profitent à 100 % du rayonnement solaire et ne permettent à « aucun obstacle artificiel » « de s’interposer entre eux et les bienfaisants rayons du soleil. » Et qui repartent de l’île « brûlés par le soleil », « habillés plus ou moins conventionnellement. »

Stupeur, lorsque George et Simon débarquent sur l’île, quand ils trouvent le vieil oncle George au bras d’une charmante jeune femme… Une certaine Nadine, « à la peau couleur d’or » ! Une Nadine bien décidée à épouser, voire à tuer ce qu’elle considère comme la poule aux œufs d’or, tout en courtisant en parallèle un jeune homme, aux « cheveux assez longs et gominés » (c’est du moins ce que l’on croit). Un dénommé Pierre Eschards, aux cheveux longs, à la morale courte et au corps « soigneusement cultivé et bronzé ». L’auteur note, à son sujet, d’un air un tantinet désapprobateur, que « Ses cheveux luisaient de cosmétique. »

La situation est si étrange que George et Simon décident de rester quelque temps pour pouvoir appréhender la situation… Pas de souci, George propose le coucher et fournit à ses invités « une brosse à dents » et un « rasoir » !

Et la situation se complique lorsque l’oncle Waldo meurt d’une flèche de fusil-harpon en pleine poitrine, lors d’une paisible baignade !

Et la situation devient claire comme l’eau du lagon lorsque Simon commence à enquêter et découvre, à la surface de la crosse du fusil-harpon, une très belle « empreinte digitale graisseuse », qui témoigne du fait que le meurtrier a employé de « l’huile anti-solaire » qui a graissé ses doigts, avant de commettre le geste fatal. On en déduit qu’il s’agit d’un individu à peau blanche, qui vient d’arriver sur l’île et craint « les coups de soleil »… c’est pour cela qu’il s’est « couvert d’huile », laissant sur l’arme du crime une trace de ses doigts. Reste à savoir qui est cet individu ! Reste à savoir si ce détail cosmétique ne va pas nous conduire sur une fausse piste !

Tout sembler accuser le pauvre George… Sauf qu’il n’a aucun intérêt à tuer son oncle, puisque celui-ci n’a pas un sou vaillant à lui léguer. On apprend, en effet, assez vite, que le meurtrier n’est autre qu’un homme bien bronzé, à savoir Pierre Eschards. En réalité, c’est avec son fusil-harpon qu’il a commis son crime. Celui taché d’huile n’était là que pour induire les enquêteurs en erreur. Son idée : épouser la jolie Nadine qui, pense-t-il, hérite de Waldo !

Tout est bien qui finit bien pour George, qui quitte l’île libre de ses mouvements. Quant à Nadine… elle a bien plu à Simon, qui lui propose, tout de go, de devenir sa secrétaire multilingue !

Au Moyen-Orient

Simon se fait sourcier, à la recherche de puits de pétrole. Il a toujours son beau et lumineux « visage bronzé » et, pour paraître sous son meilleur jour lors de sa rencontre avec le cheikh, il prend un « bain ». Il va devoir jouer ce rôle de sourcier avec talent, afin de permettre à un véritable sourcier, nommé Mortimer Usherdown, de récupérer sa femme, captive d’un émir capricieux. Il faut dire que la jeune femme rousse en question est plutôt jolie et franchement capiteuse. Rassurons-nous, Simon va réussir le pari et quitter le pays les poches bourrées de billets.

En Malaisie

Simon fait la connaissance, à Singapour, d’une sublime jeune femme, Eve Lavis. D’une plastique parfaite, mais d’une froideur terrible. Cette jeune femme, d’environ 30 ans, à l’allure d’un glaçon, supporte merveilleusement le climat chaud et humide. Son « ondulation » reste parfaite ! Une beauté quasi exclusivement naturelle, si ce n’est une touche de rouge à lèvres (« Elle n’usait d’aucun artifice, en dehors du rouge à lèvres […] »).

Simon, quant à lui, résiste mal à cette météo exaspérante. Une « douche » lui est indispensable ! « Simon commença par se laver avec l’eau chaude, puis alla se rincer sous la douche qui donnait une eau plutôt tiède que fraîche. » Un système pas totalement au point, mais nettement mieux que lors de son précédent séjour, durant lequel la douche se faisait manuellement à l’aide d’une « vieille casserole » remplie d’eau « froide », tirée d’une « énorme jarre » !

A Vancouver

On suit à nouveau notre héros au « visage bronzé » et, là encore, Simon est le plus fort !

Le Saint autour du monde, en bref

Comme de coutume, le Saint est aussi habile que son bronzage est beau ; il court aux quatre coins du monde, soucieux du moindre détail cosmétique qui pourra lui permettre de résoudre les énigmes qui s’offrent à lui. On est dans les années 1950, le corps médical considère alors le Soleil comme un ami. Et Simon Templar, qui aime l’amitié, n’hésite pas à se dorer à ses rayons jugés alors bienfaisants !

Bibliographie

1 Charteris L., Le Saint autour du monde, Librairie Arthème Fayard, Paris, 1959, 220 pages

2 https://www.iledefrance.fr/sites/default/files/2023-09/Physiopolis.pdf