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Sur la piste de Toutankhamon

> 07 septembre 2019

Sur la piste de Toutankhamon

Pour pénétrer les premiers dans la tombe de Toutankhamon un seul guide s’impose, il s’agit de Christian Jacq, philosophe, égyptologue et écrivain.1 Dans « L’affaire Toutankhamon », l’auteur nous prend la main en 1891 et ne la lâche plus avant d’avoir enterré son héros en 1939. Pour pimenter son récit, il fait intervenir deux femmes qui se glissent aux côtés du chercheur et le soutiennent dans sa quête insensée. Une odeur de roses et de jasmin nous accompagne tout au long de notre lecture.

Howard Carter est un jeune anglais, né le 9 mai 1874, à Londres, dans le quartier de Kensington, qui se destine à être peintre animalier, comme son père, lorsqu’il est repéré par un archéologue, Percy E. Newberry, qui désire mettre son talent au service des découvertes qu’il ne manquera pas d’effectuer lors de fouilles en Egypte.

A peine débarqué au Caire, Howard est séduit par le parfum des épices et par une belle jeune fille « parfumée au jasmin », Raïfa. Celle-ci possède un visage « très fin », de « longs cheveux noirs » et des « yeux vert d’eau ». Elle applique le khôl traditionnel au ras de ses paupières et n’oublie jamais d’orner ses ongles de mains et de pieds de henné. Celui-ci exerce, à ses yeux, un rôle protecteur, lui permettant de conserver sa pureté, tout en éloignant les « esprits errants ». « Les feuilles ovales du henné, arbrisseau proche du troène, produisaient des fleurs en grappe, analogues à celles du lilas ; elles étaient broyées et réduites en poudre avant de devenir un cosmétique et une protection magique. » Raïfa va caresser le rêve de convertir Howard à la religion musulmane afin de pouvoir l’épouser (« La veille de notre mariage, je serai épilée [...] »). Elle n’arrivera cependant pas à ses fins.

La rencontre décisive dans la vie de Howard est celle réalisée avec Lord Carnarvon, un homme fortuné qui cherche à donner un sens à sa vie et qui se retrouve au Caire pour raison de santé. On lui recommande, en effet, comme on le prescrit alors fréquemment, une cure d’héliothérapie afin de fortifier sa constitution.2 Effectivement, le soleil s’avère efficace pour le jeune homme qui voit sa santé s’améliorer. « Il goûtait l’air et le soleil comme des friandises [...] ». Carnarvon possède une grande fortune et va se laisser convaincre par un Carter passionné que la Vallée des Rois n’a pas livré tous ses mystères. Grâce à l’obtention de la « concession de la Vallée des Rois », Howard va pouvoir s’en donner à cœur joie et déblayer des mètres cubes de sable afin de pouvoir accéder au Saint des Saints.

Dans la Vallée des Rois, Howard doit se battre contre différents ennemis, les touristes d’une part, les autorités de l’autre. « Deux mille personnes par an dans la Vallée, une véritable colonie installée à Louxor de décembre à avril, des bavards, des agités et des malades qui viennent prendre le soleil et dégrader les monuments. »

Carnarvon est lui aussi menacé car il se retrouve pris en tenaille entre les autorités anglaises et les indépendantistes. Il se rappellera longtemps une visite du barbier qui n’avait rien de bien sympathique. « Le barbier avait la main sûre. La lame glissa sur la joue et la mousse fut rejetée dans le plat à barbe de fabrication anglaise, lui aussi. » « [...] ce rasoir est une arme redoutable et vous êtes sans défense. »

Carter et Carnarvon ne sont pas du genre à plier... Ces deux hommes volontaires, bientôt rejoints par lady Evelyn, la fille de Carnarvon, vont lutter, année après année, pour réaliser leur rêve, rêve qui va devenir réalité lorsque la tombe de Toutankhamon va enfin être mise à jour. « Le parfum qui emplit nos narines est celui de l’éternité ». Dans cette tombe fermée depuis des millénaires tout est fragile. Les petits objets qui risquent de tomber en poussière sont alors préservés par une couche de paraffine avant d’être manipulés. Afin de séparer les différents sarcophages qui sont inclus intimement les uns dans les autres, Carter met en œuvre différents traitement visant à liquéfier la colle formée par les onguents résineux qui enduisent les cercueils. Les onguents chauffés répandent autour d’eux un « parfum pénétrant ». L’idylle qui nait entre Evelyn et Howard n’aboutira pas pour raison de respect des convenances, un roturier n’épousant pas une riche héritière.

Comme nous sommes au tout début du XXe siècle, comme les protagonistes sont Anglais, les archéologues sont chics même lorsqu’ils arpentent un chantier poussiéreux. Dans la maison de fouille de Carter, il ne manque rien à son confort. On y trouve « une pendule britannique, un piano, de nombreux coussins, des nattes, des tapis, une lampe à pétrole, un brasero, un four à pain en terre et une baignoire métallique. » On y trouve même de l’eau de Cologne bien utile pour se bassiner les tempes lorsque la fatigue ou la lassitude se fait jour.

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de visiter l’exposition « Toutânkhamon, Le Trésor du Pharaon » à La Villette, à Paris, la lecture ou la relecture de l’affaire Toutankhamon s’impose. Avec elle, nous pouvons nous glisser dans la tombe du grand pharaon et nous retrouver face à face avec « le visage d’or » aux yeux « d’aragonite et d’obsidienne » aux sourcils et aux paupières de « lapis-lazuli ».

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien... avec ton illustration, l'Egypte et les fouilles, c'est comme si on y était !

Un grand merci aussi à Dom qui nous a offert cet ouvrage et ainsi permis de nous mettre sur la piste de Toutankhamon !

Bibliographie

1 Jacq C. L’affaire Toutankhamon, Bernard Grasset, Pocket, 2001, 512 pages

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/sous-le-soleil-exactement-l-heliotherapie-209/

 

 

 

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