Steroid-free…d’où cela vient-il ?
On trouve, en pharmacie, des produits cosmétiques émollients, destinés aux sujets atopiques. Certains sont d’une sobriété louable en matière de mentions apposées sur les emballages. D’autres affichent, en revanche, des mentions beaucoup moins sobres et totalement discutables comme la mention « sans stéroïdes »1
Une mention discutable ? Oui, car le terme n’est pas très bien choisi. Inutile de discuter… puisqu’il n’est pas possible en matière de communication de revendiquer l’absence d’une substance interdite par la Réglementation.2
Alors la question que l’on se pose est la suivante : comment en est-on arrivé là ? La réponse se trouve dans la littérature médicale.
Des stéroïdes dans des médicaments à destination du sujet atopique !
Dans les années 1950, on ne compte plus les publications ayant pour objet de montrer l’effet bénéfique sur les lésions d’eczéma de la cortisone, par voie topique en particulier, 3-7 associée au non à d’autres principes actifs.8 Certains auteurs soulignent l’amélioration « spectaculaire » de l’état des patients soumis à ces traitements, spectaculaire, mais malheureusement, « temporaire » et ces mêmes auteurs mentionnent le fait que cette cortisone doit être utilisée à bon escient et réservée aux cas graves du fait de la difficulté à établir, pour l’heure, une dose thérapeutique dénuée d’effets indésirables.9 Voilà… le mot est lâché… Il y aurait des risques associés à l’utilisation de ce principe actif, qui revêt un caractère extraordinairement efficace, mais qui commence à faire peur.
La peur va augmenter au fil du temps si bien que certains parents vont renoncer à suivre le traitement préconisé. Cette peur va être baptisée « corticophobie » par le Pr Stalder du CHU de Nantes, qui va étudier le phénomène de près et mettre au point une grille d’évaluation de cette phobie en 2013,10 une grille toujours utilisée de nos jours.11-13
Des émollients « steroid-free » !
Dès les années 1980, on trouve dans la littérature des publications qui mettent en avant l’intérêt d’utiliser des émollients (sans stéroïdes), lorsque l’on souhaite prendre en charge ou prévenir des dermatites de contact. C’est ainsi que l’on trouve une publication concernant un public sensible : des apprentis coiffeurs souffrant d’eczéma de contact. 70 % d’entre eux ont obtenu des résultats intéressants (amélioration de l’état de la peau) avec un émollient de composition simple.14
Dans les années 1990, certains auteurs continuent à creuser le sillon de l’émollient « sans stéroïdes », en nous expliquant que le traitement par interféron gamma peut être une voie de recherche en matière de traitement de la dermatite atopique. Pour ce faire, les équipes en question publient les résultats d’une étude clinique menée sur un échantillon de 14 patients ; l’on nous précise qu’aucun autre traitement médicamenteux n’était autorisé pendant la période concernée ; seules des pommades hydrophiles et des crèmes émollientes sans stéroïdes étaient autorisées.15
Dans les années 2000, la charrue du « sans stéroïdes », poussée par les dermatologues allemands, a préparé le terrain de manière magistrale. Et c’est donc sans effort qu’un certain nombre d’équipes mentionnent l’intérêt d’un « traitement quotidien des peaux atopiques » par des produits de soin cutané « sans stéroïdes et sans ordonnance ». Une routine de soin jugée indispensable en matière de réduction de survenue de « poussées », nous indique Teresa Weber du groupe Beiersdorf.16-18 Avec des échos qui nous viennent d’Israël, d’Espagne et d’Italie et qui vont dans le même sens.19-21
Steroid-free, en bref
Avant d’apparaître de manière totalement inadaptée sur des emballages cosmétiques ou mêmes des emballages de dispositifs médicaux (à quoi bon renforcer une phobie quand on sait que les corticoïdes topiques restent le traitement de base de l’eczéma),22 la mention « steroid-free » a pris naissance dans la littérature médicale et ce dès les années 1980, poussée parfois par un vent industriel.
Donc on l’aura compris, cette mention qui ne gêne pas lorsqu’elle est utilisée dans la littérature nous tracasse un peu plus dans la vie courante, puisqu’elle entretient la corticophobie et relève d’une technique de concurrence déloyale. Aucun émollient cosmétique ne renfermant de stéroïdes, il est inutile de clamer sur tous les toits une évidence partagée par tous les acteurs du domaine.
Bibliographie
3 Sterberg TH, Newcomer VD, Linden IH. Treatment of atopic dermatitis with cortisone. J Am Med Assoc. 1952 Mar 15;148(11):904-7
4 Glaser J. Treatment with ACTH and cortisone of atopic dermatitis (eczema) in infants and children. J Allergy. 1952 May;23(3):222-8
5 Podolsky WG. Cortisone treatment in atopic dermatitis. N Y State J Med. 1952 May 1;52(9):1180
6 Rattner H. The status of corticosteroid therapy in dermatology. Calif Med. 1955 Nov;83(5):331-5
7 Heilesen B, Kristenjanson A, Reymann F. Hydrocortisone ointment in the treatment of children with atopic dermatitis. Acta Allergol. 1955;8(4):314-22
8 Clyman SG. Comparative effects of hydrocortisone and hydrocortisone-coal tar extract creams in cases of atopic dermatitis. Postgrad Med. 1957 Mar;21(3):309-13
9 Solomons B. Infantile eczema treated with oral cortisone; a clinical report. Br Med J. 1954 May 22;1(4872):1190-1
10 Moret L, Anthoine E, Aubert-Wastiaux H, Le Rhun A, Leux C, Mazereeuw-Hautier J, Stalder JF, Barbarot S. TOPICOP©: a new scale evaluating topical corticosteroid phobia among atopic dermatitis outpatients and their parents. PLoS One. 2013 Oct 16;8(10):e76493
11 Kotarski O, Pečnjak M, Blekić M, Bukvić I, Kljaić Bukvić B. The Impact of Atopic Dermatitis and Corticophobia on the Quality of Family Life. Acta Dermatovenerol Croat. 2023 Aug;31(1):3-10
12 Dufresne H, Bataille P, Bellon N, Compain S, Deladrière E, Bekel L, Sbidian E, Bodemer C, Hadj-Rabia S. Risk factors for corticophobia in atopic dermatitis. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2020 Dec;34(12):e846-e849
13 Alkaya H, Altaş U, Çevik S, Söğütlü Y, Özkars MY. A Study on Parental Corticophobia in Pediatric Allergic Diseases. Medicina (Kaunas). 2025 Oct 31;61(11):1959
14 Jarisch R, Dechant E, Zajc J, Grabner G. Toxische Kontaktdermatitis bei Friseurlehrlingen: Therapiestudie mit steroidfreien, pH-stabilisierten Salbengrundlagen. Wien Klin Wochenschr. 1986 Jun 27;98(13):428-32
15 Reinhold U, Kukel S, Brzoska J, Kreysel HW. Systemic interferon gamma treatment in severe atopic dermatitis. J Am Acad Dermatol. 1993 Jul;29(1):58-63
16 https://www.researchgate.net/profile/Teresa-Weber-3
17 Weber TM, Samarin F, Babcock MJ, Filbry A, Rippke F. Steroid-Free Over-the-Counter Eczema Skin Care Formulations Reduce Risk of Flare, Prolong Time to Flare, and Reduce Eczema Symptoms in Pediatric Subjects With Atopic Dermatitis. J Drugs Dermatol. 2015 May;14(5):478-85
18 Weber TM, Samarin F, Babcock MJ, Filbry A, Rippke F. Steroid-Free Over-the-Counter Eczema Skin Care Formulations Reduce Risk of Flare, Prolong Time to Flare, and Reduce Eczema Symptoms in Pediatric Subjects With Atopic Dermatitis. J Drugs Dermatol. 2015 May;14(5):478-85
19 Bomstein Y, Rozenblat S. Treatment of atopic dermatitis with KAM-3008, a barrier-based, non-steroidal topical cream. J Dermatolog Treat. 2015 Oct;26(5):426-30
20 de Lucas R, García-Millán C, Pérez-Davó A, Moreno E, Redondo P. New Cosmetic Formulation for the Treatment of Mild to Moderate Infantile Atopic Dermatitis. Children (Basel). 2019 Jan 29;6(2):17
21 Puviani M, Agostinis F, Milani M. Barrier repair therapy for facial atopic eczema with a non-steroidal emollient cream containing rhamnosoft, ceramides and iso-leucine. A six-case report series. Minerva Pediatr. 2014 Aug;66(4):307-11
22 Marshall HF, Leung DYM, Lack G, Sindher S, Ciaccio CE, Chan S, Nadeau KC, Brough HA. Topical steroid withdrawal and atopic dermatitis. Ann Allergy Asthma Immunol. 2024 Apr;132(4):423-425

