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Que vaut la copie par rapport à l’original ? Eludril et Eludril Care sur la sellette !

> 04 octobre 2017

Que vaut la copie par rapport à l’original ? Eludril et Eludril Care sur la sellette !

Ne jouez jamais au jeu de bonneteau avec deux flacons d’Eludril (de statuts différents)… visuellement, vous ne pourrez plus les reconnaître !

Les deux formules sont colorées grâce au même colorant, le rouge de Cochenille (E 124 ou CI 16255).

Du point de vue de leur efficacité, on peut se poser la question de savoir si le cosmétique est aussi efficace que le médicament ?

Un médicament

D’un côté, un médicament, la solution pour bain de bouche Eludril, une solution de digluconate de chlorhexidine (0,5 mL pour 100 mL) et de chlorobutanol hémihydraté (0,5 g pour 100 mL). Le titre alcoolique est de 42,8%. Les excipients sont le glycérol, le docusate de sodium, l’éthanol à 96%, le lévomenthol, la solution alcoolique d’huile essentielle de menthe, l’eau purifiée, le rouge cochenille A (E 124).

Un cosmétique

De l’autre côté, un cosmétique, le bain de bouche antiplaque Eludril Care hygiène quotidienne renforcée - relais des soins buccodentaires, dont la liste INCI des ingrédients est la suivante : aqua, propylene glycol, xylitol, glycerin, PEG-40 hydrogenated castor oil, benzyl alcohol, cetylpyridinium chloride, chlorhexidine digluconate, CI 16255, aroma, limonene, potassium acesulfame.

D’un côté des publications qui font état d’un effet cicatrisant au niveau de la muqueuse gingivale obtenu à l’aide du bain de bouche Eludril (médicament) (S. Boisnic, L. Ben Slama, M.-C. Branchet-Gumila, M. Watts, G. D’Arros, L’effet cicatrisant d’Eludril® sur un modèle de muqueuse gingivale humaine, Revue de Stomatologie et de Chirurgie Maxillo-faciale, 107, 6, 2006, Pages 431-435). Deux principes actifs sont mis en avant : le digluconate de chlorhexidine et le chlorobutanol hémihydraté. Le digluconate de chlorhexidine est utilisé depuis longtemps pour la formulation des bains de bouche. Son effet anti-plaque est, en effet, parfaitement bien documenté et ce depuis les années 1970. En s’adsorbant sur l’hydroxyapatite de l’émail dentaire, cet antiseptique est capable d’exercer une action prolongée dans le temps (au moins deux heures après rinçage du bain de bouche) (G. Rølla, H. Løe, C.Rindom Schiøtt, Retention of chlorhexidine in the human oral cavity, Archives of Oral Biology, 16, 9, 1971, Pages 1109-1116). Outre cette fixation à l’émail des dents, ce bis-biguanide a la bonne idée de se fixer également à toutes les structures chargées négativement qu’il croise dans la salive, au niveau du biofilm… (Daljit Kapoor, Navjot Kaur, Tarun Nanda, Efficacy of two different concentrations of chlorhexidine mouth-rinse on plaque re-growth, Indian Journal of Dentistry, 2, 2, 2011, Pages 11-15). Attention, toutefois, l’effet disparaît à l’arrêt du traitement, ce qui est on ne peut plus logique (P. Gjermo, H.M. Eriksen, Unchanged plaque inhibiting effect of chlorhexidine in human subjects after two years of continuous use, Archives of Oral Biology, 19, 4, 1974, Pages 317-319). On lui reconnait, tout de même, quelques effets indésirables (coloration brunâtre des dents, desquamation de la cavité buccale et modification de la perception du goût - réduction de la perception des goûts salés et amers), réversibles à l’arrêt du traitement (Jill A. Helms, Mary Anne Della-Fera, April E. Mott, Marion E. Frank, Effects of chlorhexidine on human taste perception, Archives of Oral Biology, 40, 10, 1995, Pages 913-920). Le chlorobutanol, quant à lui, est un antiseptique à spectre large, doué de propriétés sédatives et anesthésiques locales. Ce principe actif est éliminé très lentement par l’organisme. La littérature fait état d’un cas d’intoxication potentiellement mortelle liée à une tentative de suicide chez un jeune homme de 17 ans. L’ingestion d’un flacon de 500 mL d’Alodont (bain de bouche contenant également ce principe actif) s’était soldée, pour cette fois, par un coma calme, sans instabilité hémodynamique et respiratoire (P.-M. Brun, E. Querellou, J. Leyral, C. Barberis, D. Levy, A. Puidupin, Intoxication médicamenteuse volontaire à l’Alodont® : à propos d’un cas, Annales Françaises d'Anesthésie et de Réanimation, 29, 10, 2010, Pages 741-742).

Existe-t-il un effet anti-plaque à 2 vitesses ? Non, nous répondent les chercheurs en 2011. Une étude réalisée sur une trentaine d’étudiants en odontologie a permis d’aboutir à la conclusion qu’il n’existe pas de différence significative du point de vue d’un effet inhibiteur de la formation de la plaque dentaire entre deux bains bouche l’un contenant 0,12% de chlorhexidine et l’autre 0,20% (Daljit Kapoor, Navjot Kaur, Tarun Nanda, Efficacy of two different concentrations of chlorhexidine mouth-rinse on plaque re-growth, Indian Journal of Dentistry, 2, 2, 2011, Pages 11-15).


Chlorhexidine (0,12 %) et chlorure de cétylpyridinium (0,053 %) seuls ou associés présentent un intérêt dans la prévention des candidoses buccales liées à un phénomène d’immunosuppression (A.R. Fathilah, W.H. Himratul-Aznita, A.R.N. Fatheen, K.R. Suriani, The antifungal properties of chlorhexidine digluconate and cetylpyrinidinium chloride on oral Candida, Journal of Dentistry, 40, 7, 2012, Pages 609-615).

Les 2 formules (médicament et cosmétique) sont donc vraisemblablement aussi efficaces l’une que l’autre ! Il est difficile d’être plus péremptoire dans la mesure où l'on ne connait pas les concentrations précises en matière active dans les deux références.






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