Quand un honnête homme nage dans un bain de mensonges, c’est Simenon qui est aux manettes !
Il est innocent ce brave Georges Célerin, qui, pendant 20 ans, se croit le plus heureux des hommes, alors que sa femme le trahit quotidiennement !1 Et ce, qui plus est, avec son associé ! Un associé – Jean-Paul Brassier – qui profite de son talent d’orfèvre et vit à ses crochets !
Alors qu’elle est censée être au chevet d’une personne en détresse (elle est assistante sociale), Annette prend du bon temps avec Jean-Paul. Et Georges ne se doute de rien !
Il va falloir qu’Annette se fasse renverser dans un quartier où elle n’a rien à faire. Il va falloir qu’un policier jette le doute dans l’esprit du veuf pour que toute une vie de bonheur se fissure en un instant !
Mme Veuve Papin, maquillée comme l’as de pique !
Elle est riche ; elle a plein de bijoux qu’elle souhaite moderniser. Elle manque un peu de goût et ce tant en matière de bijoux, que de vêtements ou de cosmétiques. « Son visage était mauve, à cause d’un étrange maquillage […] ». Elle passe son temps chez Georges Célerin, qui réalise des prouesses techniques pour complaire à cette extravagante cliente.
M. Georges Célerin, amoureux comme le roi de cœur !
Cet orfèvre, travailleur et sérieux, vit une vie ordinaire et paisible. Rien de bien extraordinaire chez cet homme soigneux, qui se brosse les dents, le soir et se rase soigneusement. « Il se déshabilla, se lava les dents et se glissa dans le grand lit où il avait maintenant beaucoup trop de place. » Un veuf, qui ne se console pas de la mort de sa moitié (une moitié qui n’a jamais, tout de même, pu s’épanouir à ses côtés) et conserve pieusement « la brosse à dents » de sa femme « dans un verre » de la salle de bains.
Un homme apaisé par les bains, qui aime entendre le « bruit familier et rassurant de l’eau. »
Mme Georges Célerin, amoureuse comme la reine de cœur !
Cette femme d’une grande pudeur se cache de son époux pour se déshabiller. « Il ne l’avait jamais vue dans la baignoire ou sous la douche. » Nettement moins pudique avec son amant, tout de même !
Mme Georges Célerin, maquillée comme un carré d’as !
Lors de leur première sortie au restaurant, Annette s’est « un peu plus maquillée que d’habitude ». Son maquillage, sa robe… tout restera gravé dans la mémoire de Georges.
Melle Marlène Célerin, maquillée comme un carré d’as !
La fille de Georges et d’Annette ne s’intéresse guère à ses études. Bien faite de sa personne, elle ne rêve que de mannequinat ! « Elle s’occupait beaucoup de son physique et avait plus de fards, de crèmes et de fonds de teint que sa mère. »
M. Jean-Jacques Célerin, rasé comme un valet de cœur !
Le fils de Georges et d’Annette est un jeune bachelier très sérieux, désireux de réussir dans la vie. Pour ce faire, il bosse comme un enragé ! Et l’on apprend, au passage, que « depuis quelques mois il se rasait régulièrement » !
Mme Eveline Brassier, ridée comme une reine de pique !
Cette femme très belle, aux allures de mannequin, prend grand soin d’elle. Deux visites par semaine « chez son coiffeur » et toutes sortes de « soin » de « beauté » pour maintenir le cap ! Elle a visiblement été choisie sur catalogue par un homme soucieux de standing !
Nathalie, la bonne des Célerin, la méprise ouvertement : « Ce sont des femmes qui ne pensent qu’à leurs toilettes et à leurs soins de beauté. Je suis sûre qu’avant 10 ans elle se fera effacer les rides par une chirurgie. Et à quoi passe-t-elle toute la journée ? »
M. Jean-Paul Brassier, le bronzage est son atout majeur !
Cet homme est un mondain, qui cultive le réseautage et se plaît à discuter affaires au bord de sa piscine. Ses invités sont tous bronzés ; seul Georges Célerin apparaît « blême » « à côté de tous ces corps bronzés ».
Nathalie, la reine des domestiques !
La bonne de Georges Célerin est aux petits soins pour son maître désemparé. Comme une mère, elle le prend sous son aile comme s’il était son enfant. « Prenez une douche, habillez-vous, et je vous prépare votre petit déjeuner… » Lorsqu’il boit un peu trop un soir de cafard, c’est elle qui le met au lit puis lui prépare du café très fort. Et lui fait également « couler un bain » (« Je vais vous couler un bain. Vous resterez longtemps dans l’eau puis vous vous raserez si vous n’avez pas les mains qui tremblent trop… ») à plusieurs reprises. « Il s’étendit dans l’eau chaude et faillit s’endormir. Puis il se savonna lentement. »
Et une douche après une journée de plage
Lors de vacances à Riva Bella (près de Caen), les Célerin prennent « une douche avant de se mettre au lit », pour éliminer le sable qui s’est collé à leur peau.
Et de l’aspirine contre la gueule de bois
Tout à coup, Georges Célerin tente de noyer son chagrin dans l’alcool… Oui, très bien sur le moment. Mais le lendemain, superbe gueule de bois que « trois tablettes » d’aspirine, pris d’un coup avec un verre d’eau, ne vont pas suffire à traiter. Superbe gueule de bois et un goût épouvantable dans la bouche le lendemain. « Il se lava longuement les dents, espérant supprimer le goût désagréable qu’il avait à la bouche. »
Les innocents, en bref
Quand un père de famille, qui a délaissé ses enfants au profit d’une épouse, qui se révèle adultère, se rend compte de l’erreur de sa vie, il risque fort de se saouler pour échapper à la triste vérité. Ensuite, il ne lui reste plus qu’à prendre un bain, à se savonner avec soin et à avoir une sérieuse explication avec l’amant de sa femme. C’est simple… Chez Simenon, tout problème trouve sa solution cosmétique !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Simenon G., Les Innocents, Le Monde, 2026, 206 pages

