Quand un fond de teint DIY permet de confondre un assassin !
Passionnant, ce roman qui place le poète Gérard de Nerval au centre d’une conspiration dirigée contre le roi Louis-Philippe !1 Avec l’aide de Séverine, une employée de maison bien dégourdie, Emile Blanche, un jeune étudiant en médecine, va se lancer sur les traces de Flore, une jeune journaliste, qui, habillée en homme, a infiltré un réseau républicain. Un soir, cette jeune femme se trouve en compagnie du poète… Puis, c’est le trou noir !
Emile Blanche, un médecin-enquêteur !
Ce jeune homme, aux cheveux châtains et aux yeux bleu-gris, est le fils de l’aliéniste fondateur de la Maison-Blanche, une célèbre clinique psychiatrique ;2 il est étudiant en médecine et va révéler, ici, tous ses talents d’enquêteur. Comme tout bon médecin qui se respecte, on le retrouve, dans ce roman, bien souvent occupé à se laver les mains avec soin (« Je me lavai les mains avec soin. »).
On le voit également se raser, après une nuit d’errance… avec un blaireau, un rasoir…
Séverine, une domestique-médecin
Cette domestique au grand cœur apporte des petits bouquets de violettes à Gérard de Nerval, qu’elle semble apprécier tout particulièrement. Elle prend également soin du fils de la maison, en traitant, entre autres, la crevasse de sa main, avec de « la graisse de porc »… un « remède » de lavandières, qui utilisent ce corps gras pour traiter leurs mains agressées par l’eau froide ! Un remède qui s’avère efficace, en tout cas, puisque la crevasse se referme en une nuit chrono !
Gérard de Nerval, un poète-aliéné
Alors qu’il vient d’être transporté à la clinique suite à une crise de folie, il est pris en charge par Emile, avec humanité. Celui-ci décide de le soumettre à un « bain chaud », aux vertus apaisantes, « opaque », du fait de la présence de « savon dilué ». Sur ses mains, des traces d’encre et de sang. Dans sa tête, un véritable chaos !3 Gérard est-il un meurtrier ? C’est la question à laquelle Emile va tenter de répondre !
Au cours de son internement – il semble bien que quelqu’un s’emploie à ranimer ses crises de temps à autre – Gérard va être battu et soumis à la camisole de force. A chaque fois, Emile, outré, se chargera de nettoyer et de panser ses plaies. « Demandez de l’eau chaude et du savon en cuisine. »
Théophile Gautier, un écrivain-dandy
Théophile, l’ami et compagnon de débauche de Gérard, est un grand jeune homme, aux cheveux longs et à la mise soignée. Un dandy en somme ! Un dandy, qui vit dans un appartement fleurant bon l’encens et qui va prêter main forte à Emile durant toute son enquête !
Delphine de Girardin, une jeune mondaine parfumée
Cette charmante mondaine ne se déplace que dans un halo de « parfum capiteux » ! Grâce à elle, Emile va pouvoir retrouver la trace de la mystérieuse Flore !
Flore, une jeune femme mortellement maquillée
La jeune femme, qui hante la mémoire de Gérard, est une jeune femme rencontrée chez Delphine de Girardin. Lorsqu’Emile finit par la retrouver… c’est sur une table de dissection ! Il se charge alors de faire parler le cadavre. Une incision à la base du cou est à l’origine du décès. Une incision faite au scalpel et qui, a été, ensuite, maquillée avec un « fard de couleur chair » ! « Incroyable, cette blessure a été camouflée par une sorte de maquillage ».
Un maquillage qui, une fois analysé par la jeune chimiste Léontine, s’avère être « un fard gras assez ancien », dont la composition très différente de celle de la plupart des références du commerce laisse à penser qu’il s’agit d’un « produit fait maison », réalisé à l’aide de lanoline, de pigment et « d’oxyde de plomb » ! Les analyses sont formelles : ce produit date d’au moins 10 à 15 ans !
Alors forcément, lorsqu’Emile se retrouve dans le logement d’un veuf qui a gardé tous les cosmétiques de sa femme (« fards à joues, à paupières… et un fond de teint épais de couleur chair ») – « Oui, elle les faisait elle-même, je n’ai jamais pu m’en séparer. » – il semble être très près du but !
Et des techniques parfumées pour résister aux effluves de la morgue
Séverine et Emile sont à la recherche de Flore. Des visites à la morgue s’imposent. Afin de pouvoir observer les cadavres sans être gênée par les odeurs, Séverine s’est « frotté la base de la mâchoire avec des brins de lavande écrasés ». Quant à Emile, il a pris la précaution de se munir d’une « petite boîte pleine de pommade au camphre », qu’il n’hésite pas à étaler sous ses narines au moment opportun.
Et du maquillage pour se faire passer pour un autre
Parmi les protagonistes de cette mystérieuse affaire, il y en a un qui se grime, pour se faire passer pour un autre ! Celui-là dispose de « maquillage », de « barbes »… de tout ce qu’il faut pour changer sa physionomie !
Et une séance de mesmérisme
Le jeune Emile en fait les frais… racontant avec force détails, devant un public ravi, ses nuits d’amour avec la belle Séverine. Le « magnétisme » opère très bien sur ce sujet sensible !
Et des cheveux gominés
Séraphin, l’un des amis d’Emile arbore une moustache « cirée » et des cheveux « gominés » !
Et un coup de théâtre
Le bon Dr Blanche, qui passe son temps à faire la morale à son fils, entretient une maîtresse à grands frais, la couvrant de « bijoux, parfums, visons » !!
Le mystère Nerval, en bref
Un formidable roman, qui sème les détails cosmétiques sous les pas du lecteur. Savon, parfum, fond de teint… autant de produits qui laissent des traces. Un régal !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Morel D., Le mystère Nerval, Librairie Arthème Fayard, 2025, 429 pages
2 Gourevitch M. Histoire de la psychiatrie. Annuaires de l’Ecole pratiques des hautes étude, 1995, 9, 115
3 Jeanneret M. La folie est un rêve : Nerval et le docteur Moreau de Tours. Romantisme, 1980, 27, 59-75

