Quand San Antonio se fait représentant de compléments alimentaires très spéciaux !
Suivez bien le fil des choses… Tout débute par la fête des 25 ans de mariage de Bérurier, dit le Gros (l’un des collègues préférés de San Antonio) avec la Baleine (sa volumineuse moitié !).1 Sont de la partie tous les amis et collègues, sans oublier le coiffeur du coin connu comme étant « l’amant en titre » de Mme Bérurier. On y apprend que Bérurier fume la pipe. Et ceci va être à l’origine de toute une enquête qu’il va mener avec San Antonio à Amsterdam (et entre autres dans le quartier des petites vitrines où s’exposent un certain nombre de professionnelles). Là, les deux lascars vont se couler dans le décor et arriver à empêcher le vol d’un Van Gogh. En quelques jours, mine de rien, ces deux-là vont abattre un travail titanesque, en alliant devoir et plaisir. Poudre de riz, parfum et petites pépées… le programme est chargé !
Un Bérurier bien beurré
Bérurier n’est pas de la plus grande propreté. Le lecteur, habitué des romans de Frédéric Dard, le sait bien. Ses costumes sont graisseux à souhait… Ses « costars remplacent le beurre, Astra et le bouillon Kub », selon son meilleur ami, San Antonio. C’est dire !
Un coiffeur bien coiffé
L’amant de Mme Bérurier est un coiffeur impeccablement coiffé. « Bravo Cadoricin » !
Une invitée très maladroite
Durant le repas de fête pour célébrer les 25 ans de mariage, Mme Pinaud a laissé tomber le mégot « qu’elle avait déposé avec beaucoup de savoir-vivre sur le bord de son assiette » dans « la crème renversée » !
Un Hollandais très chic
Chez le commissaire Salmons, Bérurier et San Antonio, venus faire une petite visite de courtoisie, font la connaissance d’un jeune Hollandais « bien fringué à la milord », un certain Van Knossen. Bérurier, qui fume la pipe mais n’a plus de tabac, n’hésite pas à subtiliser une cigarette dans le paquet du jeune homme, qui est interrogé suite au décès subit et étrange de son épouse (peut-être un « épousicide » ?). En déchirant le papier pour récupérer le tabac, Bérurier se rend compte que la cigarette (comme toutes celles du paquet d’ailleurs) est dotée d’un message codé : « Spring Beauty Otterlo 21/6 ».
Refusant d’en dire plus au sujet de ce message énigmatique, le jeune homme « se tire une praline dans le bol », à la consternation des policiers qui l’entourent et n’ont rien vu venir.
Une Hollandaise très rigide
Mme Van Knossen possède la rigidité cadavérique, lorsque San Antonio s’occupe d’elle. En lui faisant les poches, le commissaire ne trouve pas grand-chose, si ce n’est « un billet de 1000 francs, un ticket de métro et un tube de rouge à lèvres. » Dans son sac, un joyeux fourbi, avec un « poudrier » ! Rien de bien compromettant !
Bien que rigide pour l’instant, cette dame ne manquait pas de souplesse, il y a peu encore. Souplesse morale, cela va sans dire, puisqu’elle travaillait dans le quartier chaud d’Amsterdam, l’Oudezids Achterburgwal ! Vitrine située au 72 s’il vous plait ! On n’en dira pas plus !
La patronne du Grand Condé très dentifricée
A l’hôtel du Grand Condé, à Paris, la patronne, une Martiniquaise, envoie à San Antonio un « sourire Colgate renforcé Pleyel », accompagné d’un « regard de braise » ! C’est au Grand Condé que San Antonio rencontre Mme Van Knossen pour la première… et la dernière fois.
Une Mme Van der Plume abondamment poudrerizée
La brave dame, qui habite la villa « Spring Beauty » à Otterlo, semble bien être la bonne personne à contacter pour un commissaire qui cherche à savoir quel trafic est ici sous-jacent. Une femme énorme, qui n’est pas sans ressembler à Mme Bérurier, en matière de volume occupé. Une femme désignée sous le nom de « jument à corsage violet » par Frédéric Dard !
En apprenant la mort du couple Van Knossen, la jument perd « son self-control » et s’effondre en larmes. Elle se reprend toutefois bien vite, en allant « baigner son tendre visage de marchande de moules dans le lavabo du coin pour le décongestionner ». Et pour offrir le meilleur visage qui soit à Bérurier (qui lui a tapé dans l’œil), la bonne dame se met de « la poudre de riz sur le pif », avec tant de délicatesse que l’on pourrait penser « qu’elle vient de nettoyer un moule à gâteaux avec son nez ».
La nièce de Mme Van der Plume, trop parfumée
Hildegarde est une jeune fille charmante, qui « sent bon la savonnette de luxe » ! Une jeune fille qui joue un rôle actif dans une bande de voleurs d’œuvres d’art.
San Antonio entraîne la jeune fille à Paris, afin de pouvoir prendre contact avec le commanditaire du vol, un « riche Argentin », Manuelo Compico.
A Paris, Hildegarde ne résiste pas… à la fièvre acheteuse. « Il faut que je m’achète du parfum, fait-elle », ce qui ne manque pas de faire ironiser Frédéric Dard : « Il faut ! C’est inouï ce que les femmes ont la science du futile. Il faut qu’elles achètent du parfum, comme si c’était là une nécessité urgente ! Et comme si leur parfum naturel ne suffisait pas à nous chavirer. »
Toujours est-il qu’Hildegarde réalise son achat et ressort de la boutique un énorme « flacon biseauté » de « Ferveur de mes nuits » à la main.
Alors évidemment, on se doute bien que San Antonio ne va pas rester de marbre aux côtés de cette jolie « môme », « toute fraîche et parfumée », qui « s’ablutionne » avant de se coucher aux côtés du commissaire. « L’Académie d’Hildegarde » est parfaite ; une académie qui donne envie de reprendre des études et de s’inscrire à « sciences-peau » !
Hilary, un comparse non cosmétiqué
L’un des comparses de la bande de voleurs (ceux-ci ont programmé le vol de toiles de Van Gogh au musée du coin) se nomme Hilary. Un homme au visage « ridé comme les fesses d’un centenaire » à « la bouche sans lèvres, aux paupières sans cils ». Visiblement, cet homme ne connaît pas l’existence des crèmes anti-âge !
Un San Antonio bien lavé
A peine arrivé à Spring Beauty, San Antonio se « lave » et prend « une douche ». Il en reprendra d’autres par la suite et sera ainsi « douché, rasé, délassé, fringué, parfumé »… avec le plus grand soin. Honneur aux dames !
Il doit ensuite avancer prudemment, afin de ne pas se couper. Il ne sait absolument pas quelle magouille se prépare dans la pension de famille tenue par la Jument. Il apprend, toutefois, assez vite, que le message codé visait à réunir une bande de gars triés sur le volet devant participer à un vol d’œuvres d’art. Œuvres qui vont être volées… puis remises en place discrétos par un San Antonio au top de sa forme.
Pour endormir la belle Hildegarde et avoir les mains libres, San Antonio n’hésite pas à la droguer, à l’aide de dragées un peu spéciales. Des dragées présentées comme des compléments alimentaires à base de « vitamine ABCD 33 », de fabrication « française » et destinées à lutter « contre la fatigue, la cellulite, la chute des cheveux, l’engorgement du pancréas et la liquéfaction de la matière grise… » En réalité de puissants soporifiques, qui emmènent Hildegarde tout droit au pays des rêves bleus.
Un matelot argentin largement colgaté
Sur le yacht de Manuelo Compico, San Antonio se fait guider par un marin « dont les bras sont couleur d’ambre et le sourire patronné par Colgate » !
Et le petit lecteur chéri, comme d’hab !
Ce roman commence par quelques mots de flatterie en direction d’un lectorat bien souvent critiqué, malmené, apostrophé, vilipendé… « Mes petits lecteurs chéris »… Que cela est doux aux oreilles d’un lecteur qui doit se concentrer (comme la tomate !) à chaque nouvelle lecture, afin de comprendre l’intrigue d’enquêtes le plus souvent alambiquées.
Ce roman se poursuit par quelques mots un peu moins flatteurs. Dès la deuxième page, le lecteur chéri écope d’un nouveau sobriquet : « mes petites têtes de lecteurs déprimés » !
Puis viennent ensuite : « mes petits lecteurs ramollis », « mes petits lecteurs ahuris », « mes petites têtes de lecteurs évidées », « bande de citrons vides » !
Et pour finir, on retrouve une invective classique du genre : « A vous qui êtes complètement dans le cirage et qui avez de l’eau savonneuse dans les veines » !
Et une façon de maquiller au figuré
Bérurier, qui a du mal à suivre son chef, lui demande ce qu’ils vont pouvoir « maquiller » dans le quartier chaud d’Amsterdam !
Prenez-en de la graine, en bref
Pour ses 25 ans de mariage avec la Baleine (Mme Bérurier), Bérurier s’offre, aux frais de la princesse, une aventure hollandaise avec une Jument. Zoophile, le gars ! Pendant ce temps-là, consciencieux, San Antonio démantèle un réseau de trafic d’œuvres d’art… en employant de drôles de méthodes. Ce représentant en compléments alimentaires très spéciaux n’arrête pas de nous surprendre ! Il aime les cosmétiques, les dragées, les jolies filles et avec tout cela il compose des patchworks qui tiennent chaud l’hiver.
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour… Allier Dard et Van Gogh, fallait le faire !
Bibliographie
1 Dard F., Prenez-en de la graine in San-Antonio Tome 4, Bouquins La collection, 1233 pages, 2022

