Quand San Antonio nous parle bronzage et sécurité au Soleil !

San Antonio devient dans cette aventure garde du corps d’une jeune héritière milliardaire !1 Il va donc l’accompagner partout où elle se rend, ceci afin d’assurer sa sécurité. Partout, y compris sur l’île du Konkipok dans les Galapagos, où se déroule une réunion de têtes couronnées dans la merveilleuse propriété du sieur Okapis !

San Antonio retrouve, parmi cette assemblée de notables, le brave Bérurier, déguisé en homme du monde (quel boulot pour arriver à ce résultat !) et le professeur É. Prouvette. Ce dernier n’est pas, comme on le pense initialement, simplement un génial inventeur, c’est également le chef d’une organisation terroriste.

En quelques jours, San Antonio va réussir à mater une belle-mère prête à tuer tout son entourage pour hériter et un malfrat prêt à tuer tous les habitants d’une île pour toucher le jackpot !

San Antonio, beau et bronzé !

Il est bronzé le bel Antonio ! Son « épaule » nous est décrite comme « bronzée » ! Le détail nous étant fourni, nous dit-on, « pour exciter les dames » ! Il est engagé comme garde du corps de la jeune Gloria et doit, de ce fait, ne pas lâcher une seule seconde. Payé pour vivre la belle vie aux côtés d’une jolie fille… 5000 dollars pour se « faire bronzer dans le Pacifique »… de quoi tenter un commissaire à la paye plutôt chiche ! Il se rendra compte, bien vite, que tout ceci n’est que du pipeau !

Bérurier, laid mais racé !

Le collègue de San Antonio est méconnaissable. Il est ici « cultivé, manucuré, rasé, talqué, épilé, maniéré, bichonné »… Cela a dû demander un peu d’entraînement… Côté physique, sa calvitie est masquée par une « moumoute » et son ventre XXL comprimé par une ceinture de compétition. Une ceinture miraculeuse, qui efface le ventre et que Bérurier nomme « l’engin à gommer les durillons de comptoir ».

On précisera que le directeur avait demandé à Bérurier de faire équipe avec San Antonio et que l’inspecteur a pris la liberté de se lancer dans l’aventure seul. Ce qui ne l’empêche pas de retrouver le commissaire sur les lieux, alors-même qu’il n’a pas reçu de lettre de mission. San Antonio, étonné de l’attitude de son subordonné, lui prédit un bon shampooing au retour au bercail. « M’est avis, Béru, que tu vas faire des éconocroques de savon Cadum en rentrant car le boss se chargera de te laver la tête. »

Notons que même si l’inspecteur a pris quelques libertés avec sa hiérarchie, il reste un pro de l’arme à feu et fait mouche à tout coup. « Il te vous balance le potage comme un pommadin de village vous vaporise de l’eau de lavande moisie après la barbouze ». Bref, dans son genre, c’est le meilleur !

Gloria Victis, belle et bronzée !

Elle est « grande, mince, joyeuse », blonde, à la « peau ocrée ». Elle se présente comme la fille d’un milliardaire, Vic Victis, le « roi de la perle de culture sous Cellophane » ! Une jeune fille menacée par d’horribles individus qui cherchent à la kidnapper… Bref, une jeune Américaine qui vient se mettre sous la protection de San Antonio et qui, pour arriver à ses fins, frotte son « fond de teint » contre la solide « épaule » du commissaire.

La peau de Gloria est jeune et élastique… tout ce qui plaît à son garde du corps… Elle a, toutefois, parfois les traits « tirés », ce qui fait ironiser Frédéric Dard sur le principe de la chirurgie esthétique. « […] notez que ça lui évitera de se les faire tirer plus tard, lorsque sa frime ressemblera à une morille » !

Précisons que tout n’est pas naturel chez Gloria, puisque ses sourcils épilés sont « dessinés main » !

Précisons aussi que Gloria n’est absolument pas la jeune héritière que l’on suppose, mais bien plutôt un agent secret (l’agent O.S.S. 116), qui a voulu faire binôme avec le commissaire afin d’optimiser ses chances de réussite. Elle est sur la piste de l’organisation « Z » !

Le Professeur É. Prouvette, laid et immoral

Ce professeur génial est l’inventeur de toutes sortes de produits d’intérêt général. Entre autres le « swing-gum à la nicotine permettant aux non-fumeurs de pouvoir s’intoxiquer » ! C’est également le chef de l’organisation Z venu aux Galapagos faire le plein de bijoux auprès des rois et des reines accourus des quatre coins du monde pour un évènement unique en son genre.

Le peinture Équateur Sali, original et bronzé sous les yeux !

Il est « grand, maigre », avec des cernes d’une grande profondeur sous les yeux. Il fait l’objet d’un attentat à la balle de tennis piégé, alors qu’il en train de jouer avec la belle Antigone. Un attentat qui a raté sa cible (c’est Antigone qui était visée) et qui a été perpétré par Mme Okapis.

Antigone Okapis, belle et bronzée !

Elle est à tomber par terre cette petite Antigone, âgée d’une « vingtaine d’années » ; une peau « bronzée » à souhait ; une peau exempte de toute trace de « maquillage ». Et des « dents éclatantes de blancheur persilienne » !

Mme Eczéma Okapis, belle et maquillée !

Son « parfum » (celui-ci « chavire » « un brin » San Antonio) flotte dans les taillis qui jouxtent le terrain de tennis. Eczéma a visiblement joué un rôle dans l’attentat à la balle piégée ! C’est le nez de San Antonio qui nous le dit ; il possède, en effet, un « sens olfactif aussi développé que l’intelligence » ! Qui aurait pu penser que cette jolie blonde pouvait cacher une âme aussi perfide ? Sûrement pas San Antonio qui a testé ses performances au lit et s’avère plutôt satisfait (de lui et d’elle !). Après cette séance mouvementée, « son maquillage » (celui d’Eczéma) « s’est un peu effiloché et sa coiffure filerait le cafard à Antonio (l’autre : le coiffeur) ». Cette débandade esthétique va nécessiter une reprise en main, afin de pouvoir rejoindre les invités en toute discrétion. « Elle va pouvoir prendre son bain de lait d’ânesse et se faire masser les glandes Scandale pour leur redonner du maintien. »

Il n’en reste pas moins qu’Eczéma est une horrible marâtre, qui tente de tuer ses beaux-enfants afin d’hériter du pactole… Ceci ne plaît guère au commissaire qui lui applique une claque monumentale (« Mes cinq doigts marquent dans son fond de teint »), sans pour autant la calmer du point de vue de sa fièvre meurtrière.

Mélanie de Brabance, laide et mal maquillée !

Cette noble dame effraie San Antonio qui ne semble pas vraiment apprécier les douairières ridées (« C’est une grande dame toute ridée (tellement ridée que si on repassait sa figure elle triplerait de surface ») et mal maquillées (elle nous apparaît « poudrée avec une sulfateuse mal nettoyée »), du fait des « reflets verts » émanant de son épiderme.

Foscao Ier, un peu rasoir !

Ce roi se rase en hurlant, pour la bonne raison qu’il se fait raser « avec un tesson de bouteille », afin de respecter les traditions de son pays.

Salim Tanksapeuh, très rasoir !

Ce prince se rase, lui aussi, en hurlant, car il opère avec un « sabre sacré » ! Sans doute mal aiguisé !

Quelques batailles, quelques ecchymoses en plus !

Et des maux de tête en préparation… « Après ces incidents, on se ruine en aspirine » ! Et des écorchures, voire des plaies, traitées à la va-vite avec du « Mercurochrome » (autrement dit du « mercure chromé ») !

En tout cas, dès que quelqu’un se trouve mal sur l’île de Konkipok, Okapis fait appeler son médecin attitré (il est payé des mille et des cents pour « administrer de l’aspirine vitaminée aux migraineux de la maison et pour coller des bandes adhésives sur les brûlures. ») qui réalise, immédiatement, le soin le plus adapté. Frédéric Dard nous dit, avec le sourire, qu’il « désinfecte, cautérise, panse, sparadrise » avec talent !

Pour San Antonio, pas forcément besoin d’une trousse complète de médocs… « une bonne douche bien chaude » suffit, en effet, pour le « remettre d’aplomb » ! Avec, s’il le faut vraiment, quelques gouttes de « l’élixir du docteur Gilbey’s » pour doper son organisme temporairement déficient.

Et un lecteur malmené, comme d’hab

Une fois de plus le lecteur de Frédéric Dard passe un mauvais quart d’heure. Cette fois-ci c’est sur son physique qu’il est attaqué : « D’autant plus que bronzés et avec un masque à gaz, vous seriez presque présentables. »

Et au sujet du bronzage

Frédéric Dard ne manque pas de s’étonner de l’appétit de bronzage qui règne dans le petit monde huppé qu’il fréquente durant cette aventure. Pour arriver à ce teint hâlé, diverses solutions s’offrent à ses adeptes : l’usage de « trucs électriques pour se basaner un peu la couenne » lorsque le Soleil est un peu trop morose ; l’usage de crème solaire « Ambre solaire » et « d’un tas de vacheries colorantes » le reste du temps. Le but étant dans tous les cas de « tenter de ne plus ressembler à des cadavres ».

Pour l’écrivain, bronzage rime avec détente, vacances… Et ce n’est pas le cas de notre brave San Antonio qui a pour charge de démêler l’écheveau d’une affaire extrêmement compliquée. Rappelons-le… il n’est pas en vacances ! « Seulement n’en déduisez pas hâtivement que mon sort est aussi enviable que celui du monsieur qui se fait bronzer sur la plage de Juan-les-Pins entre deux pin-up dorées. » Certes, l’endroit est paradisiaque, les femmes somptueuses, les repas raffinés… il n’en reste pas moins qu’un tueur rôde dans les parages !

Et de la poudre de riz

Celle-ci a été empruntée à une dame de la bonne société, afin de tenter de relever des empreintes digitales sur l’arme du crime, un couteau qui a été planté dans le buste d’Homère Okapis, le frère d’Antigone.

Et l’expression « maquiller »

Comme de coutume, Frédéric Dard nous gratifie de l’une de ses expressions favorites : « Qu’est-ce qu’on maquille ? » ; « Quoi t’est-ce que je maquille ? »

Et une infirmière D.M.B.V

Cette infirmière est « Diplômée de Mercurochrome et de bande Velpeau » !

Et un piano dont on lave les touches au dentifrice

Tout est réglé comme du papier à musique chez Okapis. Des serviteurs vont même jusqu’à laver les dents du piano du salon avec du dentifrice « Colgate » !

Et une histoire de suppositoire

Il est question dans cet opus d’une chanteuse qui a perdu sa voix ; ceci donne l’occasion à Frédéric Dard de nous parler de suppositoire. « Son contre-ut célèbre, elle peut le confier à son pharmacien habituel pour qu’il le déguise en suppositoire. Il passe plus ! » Autrement dit, son contre-ut elle peut se le mettre où Frédéric Dard pense !

Et une histoire de vaseline

Une aventure pleine de rebondissements, qui nécessite beaucoup de sang-froid… Pas le temps de se congratuler, nous dit Bérurier. « Vous vous passerez de la vaseline plus tard. »

La rate au court-bouillon, en bref

Avec Gloria et Bérurier, notre cher San Antonio réussit, en quelques jours seulement, à mettre sous les verrous toute une bande de malfaiteurs prêts à faire exploser une île pour pouvoir récupérer un max de bijoux ! San Antonio se voit remettre, à titre de remerciement pour ses bons et loyaux services, tout un lot de médailles émanant de pays divers et variés. Des médailles que le commissaire est tenté d’afficher dans ses « ouatères, histoire d’intéresser les constipés de passage », mais que sa mère, Félicie, se hâte de ranger soigneusement dans un endroit plus noble, par déférence !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., La rate au court-bouillon in San-Antonio tome 6, Bouquins La collection, 2024, 1261 pages