Quand le cœur de San Antonio se brise pour une fille trop bronzée !

Il faut être culotté pour inviter San Antonio à dîner, afin de se créer un alibi.1 Eh bien… on peut dire que le Dr Dubois, l’un de ses vieux amis est culotté, car c’est bien ce qu’il a fait. Il a profité de cette belle amitié pour tenter d’échapper à la justice. Deux meurtres à son actif, afin d’être seul à profiter d’un juteux trafic de monnaie. Voilà le programme d’un soir, pour un vieux médecin véreux. Mais, on ne la fait pas au commissaire. Pour flairer ce genre d’embrouille, il a « le pif » délicat. Et justement, en une soirée, San Antonio se rend compte que son vieil ami ne se ressemble plus vraiment…

Le temps d’être accidenté, d’avoir bu du whisky, d’être mis en bière, San Antonio débroussaille cette affaire complexe, un rasoir à la main…

Les victimes tuées

Les victimes du Dr Dubois sont un couple, les Vignaz ; l’homme a été étranglé avec le fil du téléphone et sa femme s’est – du moins on le croit un instant – tranché les veines dans sa baignoire.

Le détail qui tue

En visitant l’appartement des Vignaz, San Antonio tombe sur « un rasoir électrique dans le placard de la salle de bain. » Ceci l’interpelle, forcément. « Vignaz se rasait électriquement, donc il n’avait pas de rasoir à manche… Or sa femme s’est soit-disant tranché le poignet avec un rasoir à manche… ». Bizarre, bizarre, et ce d’autant plus que, dans un tiroir, oublié, San Antonio découvre un autre rasoir « mécanique » ! Cela fait beaucoup de rasoirs pour peu de rasés !

Cloué au lit, San Antonio envoie sa chère daronne enquêter. Après avoir retrouvé le commerçant qui a vendu le rasoir à Mme Vignaz, Félicie rapporte à son fils des éléments importants pour son enquête. Mme Vignaz a réclamé une marque précise de rasoir, une marque dont elle avait le « nom sur un morceau de papier ». Un « razif de marque », qui intrigue San Antonio, qui se demande bien pourquoi Mme Vignaz a voulu en finir avec la vie avec un rasoir de luxe ! « ça me paraît un peu tiré par les poils de barbe. »

Donc pas un suicide, mais sans doute plutôt un meurtre !

Des freins sectionnés pour un commissaire foutu

En quittant son ami Dubois, San Antonio est victime d’un accident de voiture, car une main malveillante (celle de Dubois) a saboté son véhicule. Mais notre San Antonio a la peau dure. Des côtes cassées et une épaule démise sont les seuls signes visibles de ce désagrément.

Forcément, notre brave Dr Dubois propose à San Antonio de l’héberger dans l’une des chambres de sa clinique d’accouchement. Et alors que Dubois pense surveiller San Antonio, c’est en réalité San Antonio qui surveille Dubois au plus près… Au plus près, certes, mais à ses risques et périls !

Un traitement de choc pour un commissaire courbatu

Les médicaments du Dr Dubois ne sont pas de la plus grande modernité. Une « compresse d’eau de Cologne sur le front »… et c’est tout !

Un traitement de choc goutu

Forcément, la maman de San Antonio arrive fissa au chevet de son grand garçon. Connaissant son dégoût de l’eau et son attrait pour l’alcool, Félicie traite son fils au whisky. « Elle verse une rasade dans le verre à dents du lavabo après l’avoir dûment rincé » !

Mme Dubois, l’hôtesse dentue

La femme du Dr Dubois est énorme. Elle passe son temps à manger, mais coupe l’appétit de ses convives. En la voyant, San Antonio est secoué d’un frisson ; il en arriverait presque à devenir violent, en l’envoyant valdinguer dans ses casseroles. « J’aurais donné 3 poils d’éléphant blanc contre une brosse à dents Gibbs pour la voir plonger dans la gameluze. »

Une femme monstrueuse, qui boit sec en faisant « vluff » et en vidant sa coupe de champagne jusqu’à la dernière goutte. Une coupe « aussi vide qu’un article de fond du Figaro », selon Frédéric Dard.

Une femme traitée de « grosse poubelle » dans cet opus.

Le Dr Dubois, un médecin sans grande vertu

Le Dr Dubois n’a pas l’air d’être un premier prix de vertu. Il semble qu’il entretienne une liaison avec l’infirmière de sa clinique privée. Pour la séduire… il sort le grand jeu olfactif… « Il sent le dehors, le frais, l’eau de Cologne » !

Anne-Marie, l’infirmière de peu de vertu

Anne-Marie est la superbe infirmière « bronzée » du Dr Dubois. Sa complice aussi, à vrai dire ! Une jeune femme d’une trentaine d’années, « chouilla », qui se déplace dans un halo parfumé et ne laisse pas le commissaire de glace. Lorsqu’Anne-Marie circule dans sa chambre, San Antonio jubile : « ça pue bon dans le secteur » ! « La gonzesse qui vient d’entrer ne se fiche pas de la lotion de péquenot sur la hure. » Parfois, un parfum de prix. Parfois, une fraîche senteur de « savonnette », Anne-Marie a plus d’un parfum à son actif. « Elle est fraîche comme une savonnette. Elle sent bon […] ».

Une jeune femme « blond-roux », aux yeux noirs qui, en plus d’être jolie, semble d’un caractère plutôt avenant. « Elle sourit, comme la Jouvence de l’abbé. » Elle sourit et elle finit, très logiquement, entre le drap et le bras (le seul valide) du célèbre commissaire.

Et une histoire de voiture

Frédéric Dard nous offre un feu d’artifices d’expressions cocasses. Au lieu de parler de son « fort intérieur » il préfère évoquer « sa Ford intérieure » !

Et un peu de placement de produit pour Evian

Frédéric Dard aime les marques. Il ne se prive pas de s’en servir pour étoffer son échantillon d’expressions personnelles. C’est ainsi que l’on découvre, ici, un San Antonio « amorphe comme une bouteille d’eau d’Evian » !

Et un peu de placement de produit pour Persil

Frédéric Dard manque de faire périr San Antonio dans cet opus. En effet, le Dr Dubois injecte des drogues à son ami, pour le faire dormir et simuler la mort. Après, il n’y aura plus qu’à l’enterrer vivant, jusqu’à ce que mort (la vraie) s’ensuive. Les Pompes Funèbres dépêchées sur place constatent effectivement que notre San Antonio ne va pas très fort, avec une « blancheur Persil », qui n’augure rien de bon.

Rassurons-nous, San Antonio sera sauvé par son collègue Pinaud, qui réussit à l’extraire de son cercueil, juste à temps.

Et de chouettes vacances à Monte-Carlo

Félicie a payé de sa personne durant cette enquête, puisqu’elle s’est fait renverser par le Dr Dubois. L’enquête close (Anne-Marie a tué le Dr Dubois d’un coup de tournevis), Félicie, Anne-Marie et San Antonio partent se la couler douce sous le soleil monégasque. La saison tire à sa fin, « les rois du pédalo, du ski nautique, et du dargeot-bronzé » sont retournés à Paris où leur « épiderme acajou » ne va pas résister longtemps au soleil parisien (un bronzage qui va « se gommer rapidos »), alors que nos trois vacanciers arrivent tout juste pour profiter des derniers beaux jours. Anne-Marie passe son temps sur la plage à parfaire le bronzage de sa « peau veloutée » (elle est « saine », cette fille, c’est incroyable !), sous l’œil protecteur de Félicie, qui l’imagine fort bien dans le rôle de belle-fille.

Et tout finit avec une valise bourrée de fric

Alors que San Antonio (il a 34 ans !!) commence à se demander si le mariage avec Anne-Marie n’est pas la meilleure solution pour lui et pour Félicie, le voilà qui tombe sur une valise bourrée de fric. Dommage… Pour une fois qu’une fille lui faisait cet effet là… c’est une arnaqueuse !

A tue… et à toi, en bref

Dans cet opus, on apprend enfin l’âge de notre cher commissaire. On le voit presque rangé, avec, au bras, une jolie jeune femme bronzée et parfumée. Et puis boum, tout s’écroule. Elle n’est pas née, celle qui mettra la bague au doigt de San Antonio.

Un bronzage trompeur pour dorer la pilule de San Antonio ! Faut pas croire, ça dure pas longtemps. Il a du pif le héros de cette histoire !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., A tue et à toi in San Antonio – Tome 3, Collections Bouquins Robert Laffont, 2010, 1288 pages