Quand la moutarde monte au nez d’un fils de pasteur !
C’est l’histoire d’un pasteur aveugle (il n’a pas l’air de se rendre compte que d’aimer sa protégée mieux que son épouse est répréhensible) et d’une aveugle qui recouvre la vue et se rend compte de l’horreur de sa situation (on lit sur le visage ravagé de l’épouse du pasteur comme dans un livre ouvert) !1
Pas de cosmétiques dans ce roman, mais une bonne toilette tout de même et ce dès le début du récit.
Une jeune fille très sale !
La nièce d’une vieille femme décédée est recueillie par le pasteur qui vient s’occuper de la mourante. Cette jeune fille, dont personne ne s’occupe depuis des années, est dans un état sanitaire déplorable, le corps couvert de « vermine ». Ayant toujours vécu près de l’âtre, la jeune fille ne parle pas.
Une coupe de cheveux et une bonne toilette
« Demain nous lui couperons les cheveux et la laverons comme il faut. » Le pasteur et sa femme se chargent donc de « couper les cheveux de la petite », non sans une certaine répugnance. Le pasteur passe ensuite sur le crâne rasé de la jeune fille de « la pommade » (on ne nous dit pas de quoi il s’agit précisément), avant de la coiffer d’un joli « bonnet blanc ».
En ce qui concerne la toilette du corps celle-ci est laissée, bien entendu, aux bons soins d’Amélie, la femme du pasteur, qui se hâte de « laver » et de « nettoyer » sa nouvelle pensionnaire.
Une aveugle qui voit avec le cœur
La jeune aveugle, qui a été baptisée Gertrude, semble voir parfaitement les fleurs qui l’entourent. Ainsi, elle est capable de nous décrire les lis, comme étant des « cloches de flammes, de grandes cloches d’azur, emplies du parfum de l’amour et que balance le vent du soir. »
Un pasteur qui aimerait bien que sa protégée reste aveugle
Une opération est réalisable… Gertrude va pouvoir recouvrer la vue. Ceci glace d’effroi le pasteur, qui, jusque-là, s’est fait aimer grâce au son de sa voix ! Il regarde alors avec angoisse son visage dans le miroir ! « Si je sens son regard moins indulgent que n’était son cœur, et moins aimant, que deviendrais-je ? »
Une aveugle qui voit avec les yeux
En constatant les ravages provoqués par sa présence dans sa famille d’accueil… Gertrude est bouleversée et tente de se noyer. Comme on « craint une congestion pulmonaire », on lui pose « des sinapismes et des ventouses »… malheureusement sans succès. L’infection emporte la jeune fille en quelques jours !
La symphonie pastorale, en bref
Il y a de gros couacs dans cette symphonie, dont le chef d’orchestre, un pasteur, a oublié, semble-t-il, que charité bien ordonnée commence par soi-même. Quel chaos, quand un père de famille joue les amoureux et évince son fils du cœur d’une jeune aveugle. Pas de place pour des cosmétiques dans une famille austère, en pleine confusion des sentiments. Pas de cosmétique, mais un lavage à grande eau tout de même. Et puis l’arsenal thérapeutique du moment, pour tenter de sauver une jeune fille qui a tenté de se noyer !
En bref, quand la moutarde monte au nez d’un jeune homme éconduit… et que la jeune fille se rend compte de son erreur… pas sûr qu’un cataplasme de moutarde (un sinapisme !) suffise pour sauver la situation !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Gide A., La symphonie pastorale, Collection Folio, Gallimard, 1998, 149 pages

