Quand la célèbre BB nous propose une recette DIY de parfum !
Le brave Pinaud a décroché la timbale.1 En participant à un concours (il s’agissait de trouver un slogan pour un paquet de nouilles) organisé par un journal (Lutèce-midi), cette nouille de Pinaud se voit offrir une maison dotée de deux macchabées sagement enterrés dans le jardin ! Une découverte réalisée le jour de la pendaison de crémaillère, Bérurier ayant décidé d’offrir à son collègue un superbe et gigantesque sapin nécessitant la réalisation d’un trou grand comme ça !
Les macchabées : un homme, un certain Keller, un espion en cheville « avec les services secrets soviétiques » et une femme… Mme Quillet, la femme du directeur de Lutèce-midi. Pour en arriver à ces déductions, San Antonio va traîner à droite et à gauche et choper l’angine de sa vie !
Frigide Fardeau ou les débuts de l’hygiène mondiale
Le brave San-A tombe, dans la presse, sur un article consacré à la star FF ! Une actrice peu pudique, qui n’hésite pas à exhiber ses fesses dans chacun de ses films. L’occasion pour Frédéric Dard d’évoquer le savon Cadum : Depuis FF, « les femmes ne font plus de giries pour se déloquer chez le radiologue. Et elle les a débarrassées d’un préjugé qui coûtait cher aux marchands de savon ! Car c’est grâce à elle que désormais les petits Cadum entretiennent la beauté. L’histoire de l’hygiène mondiale se divise en deux : avant Frigide Fardeau, et après ! Avant on n’avait pas besoin de se laver les pieds pour faire du cinéma ; maintenant faut même se briquer le fouignozoff ! » Du Dard dare-dare !
Pinaud ou les débuts de l’hygiène personnelle
Habituellement, Pinaud est présenté comme l’individu le plus sale du monde. Exception faite dans cet opus où il apparaît en « gentleman farmer », « rasé, débarbouillé » !
Fait rarissime, car le plus souvent, les hommes de San Antonio ne « se lavent pas les pinceaux toutes les années » !
San Antonio ou une excellente hygiène personnelle
San Antonio, contrairement à ses collègues, est très propre. Chez lui (chez sa Maman), tout commence par une bonne « douche » !
En général… Toutefois, lorsqu’il est très pressé, San Antonio raccourcit le processus et se contente de la portion congrue. « Je me débarbouille façon chat de gouttière et je calte avec un cache-col de soie au cou sans m’être rasé » !
Berthe Bérurier ou les débuts des parfums DIY
La femme de Bérurier, dite la Baleine ou Berthe ou même parfois B.B., est une femme capiteusement parfumée. Lorsqu’elle entre dans la voiture de San Antonio, le pif de celui-ci s’affole, car son « sens olfactif est surdéveloppé ». Les « effluves à la mère Bérurier » constituent une odeur « obsédante », selon le qualificatif choisi avec soin par Frédéric Dard. Avec hypocrisie, San Antonio n’en complimente pas moins la femme de son collègue préféré. « C’est vous qui fleurez bon, chère amie ? » Oui, effectivement, répond la Baleine, qui se met alors à expliquer pourquoi son parfum est unique, à nul autre pareil. Sa technique consiste à récolter des « boîtes d’échantillon », chez « son pote le merlan », c’est-à-dire son amant pour ceux qui ne connaitraient pas à fond la saga San Antonio. « Elle mélange le tout dans une grande bouteille et obtient, ce faisant, un parfum des plus nuancés ». La grosse Berthe vient tout simplement de mettre au point le principe du parfum DIY, sans le savoir !
Un art qu’elle ne maitrise pas complètement, si l’on en croit la réaction de San Antonio, qui s’esclaffe : « C’est un véritable arc-en-ciel odorant » !
Félicie ou la reine des médicaments DIY
La pauvre Berthe a écrasé une chaise pliante, en s’asseyant dessus. La chaise a plié sous le poids et Berthe est tombée. La pôvre, elle aura sûrement plein de bleus d’ici peu. Pour éviter cela, Félicie, la maman de San Antonio, présente à la fête, donne tout de suite une recette anti-bleus maison : de « l’huile d’olive », à badigeonner sur les « meurtrissures » !
Félicie est décidément la reine du médoc-maison, puisque, lorsque San Antonio chope une angine, elle a tout ce qu’il faut pour soigner son grand gars. « Un gargarisme », des « compresses » et plein de cachets de toutes sortes. Et de « l’eucalyptus », comme s’il en pleuvait !
Il est bon de noter, cependant, que San Antonio n’a que peu de foi en ces « produits pharmaceutiques ». Il préfère sa médication spéciale, à base de whisky. Aux grands maux, « les grands remèdes » !
Blagapar dite Aïoli ou les débuts du journalisme féminin
Blagapar est une journaliste. Enfin une… faut le dire vite ! « Pantalon d’homme, blouson de cuir, coiffure à la Marlon, pas de maquillage, toujours rasée de frais […] » Blagapar est une journaliste de presse féminine, très peu féminine et même carrément virile.
Une journaliste, qui possède un « super-sourire Colgate, revu et aurifié par le dentiste du coin. »
Roger Quillet, un assassin plutôt nouille !
Roger Quillet est le directeur du journal Lutèce-midi ! Un mari trompé, qui a trouvé bon de tuer sa femme et de l’enterrer dans le jardin du gros lot de son concours-maison ! Quelle bonne idée !!
Ange Ravioli, un assassin pas forcément nouille !
Ange Ravioli, un des anciens locataires de la maison de Pinaud, est le propriétaire d’une boîte, Le Raminagrobis. « Ses cheveux calamistrés scintillent comme de l’anthracite ». Une bonne dose de « gomina » est indispensable pour obtenir ce résultat !
Ange… quant à lui avait tué Keller (c’est le second macchabée) quelques temps auparavant et l’avait enterré dans le jardin de sa maison avant que Quillet ne s’y mette aussi.
Le Raminagrobis, une « taule » ou le règne de la teinture capillaire
Les filles qui travaillent dans cette boîte possèdent des cheveux de toutes les couleurs. Il y a « une rousse, une brune, une blonde, une bleutée, une platinée, une orangée et même une arc-en-ciel » ! Ces demoiselles se dénudent lors de numéros très spéciaux, qui s’achèvent lorsqu’elles n’ont plus que leur « rouge à lèvres » sur elles. De leurs corps se dégage « un parfum obsédant et lourd », qui tourne sur le cœur du commissaire. De quoi « choper la migraine » fissa ! Et en coulisse, c’est bien pire car, « outre le parfum, ça renifle la sueur, la femme, l’hippodrome aussi… »
Et un lecteur choyé
Les petits lecteurs chéris de Frédéric Dard sont traités ici de « bande-de-ce-que-je-me-pense », de « bande d’iconolâtres » !
Et toujours des gens mis au parfum
Durant son enquête, San Antonio commence par se rendre au siège de Lutèce-midi, afin de rencontrer le directeur du canard en question. Le « grand boss » est ainsi mis au « parfum » ! Cette expression sera utilisée quatre fois ! Sachant que la fameuse « Aïoli » est également parfumée ! « Le moment est venu de parfumer Aïoli » !
Et l’expression maquiller quelque chose
C’est à son collègue Rigolier, un ancien de la mondaine, toujours tiré à quatre épingles, que San Antonio réserve cette expression : « Qu’est ce que tu maquilles, Rigo ? »
Rigolier, précisons-le au passage, a une manière très personnelle de traiter les angines : des « gargarismes avec du vinaigre ». Septique, San Antonio en rajoute une couche : « Bonne idée ! Et j’y ajouterais de l’eau de Javel avec un doigt d’acide prussique par mesure de sécurité. »
Et toujours un San Antonio amoureux des femmes
Alors que l’enquête s’enlise un peu, San Antonio rêve de faire un tour au Bois, afin de « becqueter le rouge Badinguet d’une beauté sous les frondaisons. » Un vrai poète, ce commissaire !
San Antonio met le paquet, en bref
Le paquet de nouilles évidemment…bande de nouilles… Un opus nourrissant, où l’on fait le plein de recettes de cosmétiques et de recettes de médicaments. Du DIY aux petits oignons, aux petits lardons… Tout l’art du maitre est là, concentré !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Dard F., San Antonio met le paquet in San-Antonio Tome 4, Bouquins La collection, 1233 pages, 2022

