Quand Jules Barbey d’Aurevilly tatoue le corps des femmes, ça fait mal !
Il raconte des histoires cruelles ce cher Jules. Il n’y va pas avec le dos de la cuiller lorsqu’il décide de nous raconter une histoire d’orgueil blessé, une histoire de femme blessée, dans une nouvelle intitulée Le cachet d’onyx.1 A l’aide d’un joli cachet en onyx, il incruste, dans la chair de son héroïne, quelques mots d’amour… un amour fané, qui sent la fleur en décomposition.
En s’improvisant tatoueur, Jules commet l’irréparable, désormais sa victime restera handicapée pour toujours.
Une nouvelle qui sent la passion amoureuse, la détresse, la chair roussi.
Hortense, belle et bonne !
Jules, par délicatesse, ne nous dévoile que le prénom de la victime. Une jeune femme splendide (« Sa beauté était éblouissante. »), mariée à un vieux noble. Un teint d’albâtre, des cheveux noirs… et un caractère frivole, qui se dissout au contact d’Auguste Dorsay dont elle tombe éperdument amoureuse.
Auguste, beau et méchant !
Auguste Dorsay (pas de délicatesse de la part de Jules qui dévoile l’identité du vil individu) est beau, mais bête et méchant (il possède, nous dit-on « un caractère de jonc »). Après les premiers transports, Auguste se lasse vite. Mais plutôt que de quitter sa proie, il continue à la tourmenter, afin de rester, aux yeux de ses amis, l’amant de la plus belle femme du moment.
Auguste est un homme à la « main blanche et parfumée » !
Et un bal qui finit mal…
Lors de ce bal, les amis d’Auguste ne se privent pas de se moquer de lui, indiquant au bel orgueilleux que le prochain amant valse déjà dans les bras de la belle Hortense. « Un jeune officier de hussards, au teint rose comme celui d’un enfant, aux moustaches presque transparentes tant elles étaient blondes. »
L’orgueilleux, piqué au vif, se vengera, le soir-même, sur le corps de sa maîtresse, en y imprimant une marque indélébile, à l’aide d’un cachet en onyx, sur lequel est inscrit une devise d’amour, appliqué sur de la cire brûlante. Le pied, ainsi meurtri, laissera la femme handicapée à vie.
Un bal qui finit dans une odeur mêlée…
A la fin du bal, règne dans la salle de réception une curieuse odeur. Le parfum d’héliotrope, qui provient des chevelures parfumées des femmes (une « odeur sensuelle » de fleurs) se mélange avec l’odeur de sueur (« cette vapeur suave et chaude comme l’héliotrope »), qui émane de tous ces corps surchauffés pour produire une senteur infernale, comparée à une « fournaise de parfums » !
Et une référence à Cléopâtre…
Une Cléopâtre qui veut montrer à son amant (Marc Antoine)2 sa puissance, en l’invitant à un festin coûteux et qui, à la fin du repas, jette, « dans la coupe de vinaigre les perles qui pendaient à ses oreilles », afin de briser l’orgueil de celui qu’elle décide de mâter !
Le cachet d’onyx, en bref
Une histoire d’amour qui finit très mal. Une histoire d’amour qui s’achève dans une odeur de peau chauffée à blanc et dans une odeur de cire chauffée au rouge !
Bibliographie
1 Barbey d’Aurevilly J., Le cachet d’onyx in Œuvres romanesques complètes, nrf, Gallimard, bibliothèque de la Pléiade, 2016, 1475 pages
2 https://www.histoire-et-civilisations.com/thematiques/antiquite/la-perle-de-cleopatre-69398.php

