Nos regards
Quand Jean-Baptiste Poquelin se moque des précieuses qui se livrent au DIY !

> 15 septembre 2018

Quand Jean-Baptiste Poquelin se moque des précieuses qui se livrent au DIY ! Dans une courte pièce intitulée « Les précieuses ridicules », un certain Molière, né Jean-Baptiste Poquelin, se plaît à tourner en ridicule de jeunes filles, Madelon et Cathos, qui aiment à s’exprimer avec une recherche exagérée et se laissent tourner la tête par qui sait trousser une belle phrase ou « saigner la veine poétique », orner son chapeau de plumes « effroyablement belles » pour faire sa cour et agrémenter son costume de force rubans. La farce prend toute sa saveur lorsque l’on se rend compte que les beaux parleurs ne sont que des valets ayant usurpé le titre de leur maîtres.

Ces précieuses ridicules sont des adeptes du DIY (Do It Yourself). Le terme DIY n’existe évidemment pas au moment où Molière a écrit sa pièce ; gageons, toutefois, que, s’il avait la possibilité de le faire à nouveau à notre époque, il n’hésiterait pas à utiliser le jargon en vigueur. Les deux cousines, Madelon et Cathos, font de « la pommade pour les lèvres », des onguents pour se « graisser le museau » et des « laits virginaux » dans leur cabinet. Œufs, lard et pieds de mouton sont réquisitionnés à leur intention, afin de mettre au point des formules originales. Leur père et oncle, Gorgibus, se lamente des frais occasionnés par une telle passion. « Elles ont usé, depuis que nous sommes ici, le lard d’une douzaine de cochons, pour le moins ; et quatre valets vivraient tous les jours des pieds de mouton qu’elles emploient. » Et oui, la fabrication des cosmétiques à la maison n’a jamais été une pratique économique !

Nos deux précieuses raffolent des gants (« Attachez un peu sur ces gants la réflexion de votre odorat. ») et des perruques parfumés... dont « le sublime » (comprendre le cerveau) est délicieusement « touché ».

Molière est décidément un homme de bon sens qui aime à toucher du doigt là où ça fait mal. Il n’aurait pas manqué de se régaler des propos échangés dans notre société moderne. Bien sûr, on ne désigne pas comme ses précieuses les sièges du nom saugrenu de « commodités de la conversation », mais on note une date dans son agenda à l'injonction « Save the date » !

Et puis encore deux expressions pour la route : « [...] hors de Paris, il n’y a point de salut pour les honnêtes gens. » et « Les gens de qualité savent tout, sans avoir jamais rien appris. » A méditer !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui fait entrer veaux, vaches et cochons dans un entonnoir pour produire de précieux cosmétiques !






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