Quand James Bond nous livre ses petits secrets…
Etrange cette première aventure de James Bond, dont l’histoire se résume en une ligne.1 Le fameux agent secret a pour mission de… jouer au casino (au Baccara) contre un certain « Le Chiffre », afin de le ruiner ! Ce « Chiffre » est un agent au service de l’U.R.S.S. qui a fait fortune, en France, en mettant en place tout un réseau de maisons closes. La « loi Marthe Richard », qui entraîne la fermeture de ce genre d’établissement, met notre individu en faillite. Il doit donc tenter de se refaire au jeu !
Dans cet opus, James, l’agent britannique, va échapper à un attentat à la bombe et être torturé pendant des heures. Il va gagner au casino un chèque de 40 millions ! Et le cacher avec soin.
Dans cet opus, on découvre un héros qui a longtemps dormi nu, qui se lave les dents tous les soirs et raffole de l’odeur des pins dans son bain. Un épicurien, qui aime la compagnie des femmes et ne se comporte pourtant pas toujours en gentleman avec elles.
Portrait de James Bond
James semble être plutôt un bel homme, avec ses cheveux noirs et ses yeux « gris-bleu » ; une « mince cicatrice », qui barre sa joue droite, lui donne un air pirate, qui n’enlève rien à son charme.
Portrait de l’agent 007
Même portrait, puisque James Bond n’est autre que l’agent 007 ! Un agent au double zéro, qui n’hésite pas à tuer… c’est, nous dit Ian Fleming, la signification de ce double zéro. James Bond n’hésite pas à aller jusqu’au bout ; il a déjà tué un « expert japonais en code », avec un Remington 30/30 et un « agent double norvégien », à l’arme blanche.
Un agent qui aime son confort, mais ne supporte pas qu’on lui offre des fleurs (« il n’aimait pas avoir autour de lui des choses féminines »).
Portrait de la N°2
La personne chargée de seconder James est… une femme « très belle », une jeune femme aux cheveux « noirs », « de coupe carrée » et aux « yeux bleus » ! Une femme de goût, qui a choisi une robe du soir de chez Dior, pour se fondre à la clientèle du casino.
Melle Vesper Lynd a la « peau légèrement hâlée » (c’est une « grande fille bronzée ») ; son visage ne porte aucune « trace de maquillage à l’exception de la bouche large et sensuelle. » Ses ongles sont « coupés courts et sans vernis ».
Un hâle, dont elle a un peu honte lorsqu’elle se rend au chevet de James, après que celui-ci a été torturé. James l’interroge : « Comment avez-vous fait pour vous faire brunir si merveilleusement ? » Vesper avoue… qu’elle se rend à la plage chaque jour.
James n’en revient pas ! Quelle audace ! Alors que lui souffre sur son lit d’hôpital, la belle Vesper s’adonne au bain de mer et au rôtissage ! Peu galant, il explose de colère, tirant des larmes des yeux de sa belle co-équipière, qui est alors obligée de « retoucher son maquillage »… On en déduit que James est un peu novice en matière de produits de beauté, puisqu’il pensait, au début de l’aventure, que Vesper ne se maquillait pas.
Une mise en… nez
L’incipit du roman « L’odeur d’un casino, mélange de fumée et de sueur, devient nauséabonde à trois heures du matin » donne le ton… Tout se joue dans l’antre du jeu ! Le casino de Royal-les-Eaux, où James se fait passer pour un riche homme d’affaires installé en Jamaïque.
Une remise… en nez
Et Ian Fleming de continuer en nous présentant le héros de l’histoire avec « une légère transpiration sous les aisselles » ! Sous les aisselles vraiment ? Non, plutôt au niveau des aisselles !
Un petit truc d’espion
Ian Fleming nous donne quelques trucs, qui permettent de savoir si une chambre a été fouillée en l’absence de son propriétaire. Il suffit de placer « un cheveu » dans le tiroir moitié ouvert du secrétaire ou bien de saupoudrer de « talc » la poignée de la penderie. Si le cheveu est toujours en place, si la couche de talc est toujours aussi uniforme, on sera rassuré.
Et des douches
James est d’une propreté scrupuleuse. Durant cette aventure, il prend une « douche froide » de manière régulière (4 fois). Parfois, cette douche est précédée d’un « bain chaud prolongé » (1 fois). Parfois, James se contente de prendre « un bain », sans préciser la température de l’eau.
Et une toilette impeccable
Le soir, avant de se coucher, James se lave « les dents » et s’endort avec délice entre des draps frais, après avoir glissé un .38 sous son oreiller.
Oui, notre aventurier aime son confort. Et il est ravi de trouver le soir « son pyjama étendu sur le lit », prêt à l’accueillir. Enfin, quand on dit pyjama c’est un bien grand mot, car James a « toujours détesté les pyjamas », au point de dormir nu… et ce jusqu’à ce qu’il découvre, à la fin de la guerre, un « compromis », en utilisant une « veste de pyjama » très longue, lui arrivant presque « aux genoux ».
Il aime aussi retrouver « ses brosses sur la coiffeuse ». Avant de dormir, un peu d’eau « froide » sur le visage et un bon gargarisme (il « se gargarisa avec vigueur »).
Et un massage relaxant
Dans son hôtel de luxe, avant d’aller au casino, James fait appel à un « masseur », un « Suédois », qui a pour mission de réaliser un massage silencieux, depuis les pieds jusqu’à la nuque. Ceci afin de délier toutes les tensions et de permettre à notre héros d’être au top de sa forme. Sans bavardage inutile !
Et une séance de torture éprouvante
Le Chiffre n’aime guère qu’on lui tienne tête. Et remporter 40 millions au baccara devant ses yeux est un outrage qui entraîne une réaction violente de sa part. James est enlevé et torturé… sans succès. Il n’avouera jamais où il a caché le précieux chèque.
Et un week-end en amoureux qui commence bien et finit mal
A la fin de l’aventure, James s’offre un séjour en amoureux avec Vesper. Deux chambres contiguës, avec une salle de bain commune entre les deux. Une salle de bain qui voit réunies les affaires de James et de Vesper. « En rentrant dans la chambre, il fut profondément touché de trouver toutes ses affaires rangées, sa brosse à dents, son rasoir et ses accessoires bien alignés d’un côté de la tablette de verre placée au-dessus du lavabo. De l’autre côté, se trouvaient la brosse à dents de Vesper, un ou deux flacons et un pot de crème pour le visage. »
Outre le rangement de ses affaires de toilette, Vesper a eu l’excellente idée de faire couler le bain du héros, en y versant quelques gouttes du contenu d’un « flacon d’une coûteuse essence de pin pour le bain. »
Le bonheur sera de courte durée, car une ombre passe sur le visage de la belle… qui se suicide un petit matin. James retrouve, dans le « petit fouillis féminin » de sa table de chevet, « un miroir, un rouge à lèvres, un mouchoir »… et un « flacon de somnifère vide » !
Vesper était un agent double pour le compte des Soviétiques. En tombant amoureuse de celui qu’elle devait espionner, elle se condamne à une mort horrible ! Pour éviter cela, elle force sur la dose de somnifère et s’endort pour toujours !
Le Chiffre
Cet individu a été recueilli, en juin 1945, au camp de Dachau. Totalement amnésique, il est transporté en Alsace-Lorraine, car cette région de France semble lui rappeler des souvenirs. Celui qui n’est plus désormais qu’un numéro de « passeport » se fait alors désigner sous le patronyme de « Le Chiffre ». Ses signes particuliers : 45 ans, 1m75, 110 kg, « teint très pâle ». « Rasé de près. Cheveux roux coiffés en brosse. »
Les gardes du corps du Chiffre
L’un d’eux, le « petit, très brun », est un adepte des fixateurs pour cheveux, comme en témoignent ses « cheveux couverts d’une épaisse couche de cosmétique ».
Le membre de la CIA
La mission de James Bond est encadrée par un membre de la CIA, Félix Leiter, un homme de 35 ans, « grand et mince ».
Le SMERSH
Un acronyme formé par la contraction de « deux mots russes « Smyert Shpioniam », « qui veulent dire à peu près mort aux espions. » Une sorte de police des polices, adaptée au monde de l’espionnage. Un service qui élimine tout espion véreux ou en passe de trahir.
L’un des membres du SMERSH va arriver bien à-propos alors que James est aux portes de la mort. Le Chiffre est tué net. James, quant à lui, est tatoué au niveau du dos de la main avec ce que l’on pense d’abord être un « M renversé » et qui s’avère, en réalité, être les lettres « SH de l’alphabet russe » ; SH pour « Smyert Shpioniam » !
Et un doux parfum de lavande
Après la torture de la chaise percée, James Bond se fait tatouer la main d’une drôle de façon, ce qui fait beaucoup pour un seul jour et pour un seul homme. Pris en charge par son chef de section (un dénommé Mathis), James peut enfin se reposer dans une clinique où une jolie infirmière lui rafraichit le visage avec un « linge frais » qui sent « la lavande ».
Casino royale, en bref
Un peu décevante cette rencontre avec un héros qui semble plus subir les évènements que les provoquer. On se glisse, du moins, dans son intimité et on y découvre sa routine-hygiène et ses habitudes en matière de propreté ! Un autre regard sur un héros, que l’on n’a pas forcément l’habitude d’imaginer en veste de pyjama en train de se brosser les dents ou de faire des gargarismes.
Bibliographie
1 Fleming I., Casino Royale in James Bond 007 édition établie par Francis Lacassin, Bouquins La collection, 889 pages,2024

