Quand Ian Fleming fait la peau d’un de ses personnages !
Il a véritablement des doigts en or, ce Goldfinger.1 Ou plutôt des doigts qui transforment ce qu’ils touchent en or. Il triche aux cartes, mais aussi au golf. Il coule des lingots pour son propre compte. Il vole l’état anglais… et s’est mis au service des Soviétiques ! Il va être filé par James Bond, qui place un mouchard dans sa Rolls, afin de suivre tous ses déplacements. Et il va être mis hors d’état de nuire au final. Ouf ! Entre temps, on va s’offrir, une jolie balade en voiture totalement aurifiée… un peu comme dans le Corniaud… mais 6 ans avant !
Une aventure en chasse une autre !
Dans cet opus, nous retrouvons un James Bond tout juste revenu du Mexique où il a eu pour mission de tuer un « capungo », c’est-à-dire un tueur, homme de main du trafiquant d’héroïne mexicain M. Ramirez ! Dans ce pays « chaud et ensoleillé », James a bénéficié du climat… et pas que ! Il a profité de ce charmant séjour pour liquider les membres d’un réseau de drogue, « le gang de l’opium » !
Une fois sa mission accomplie, il s’apprête à retourner rendre compte de celle-ci à son chef, le dénommé « M », en passant par New-York. Sauf que le départ est retardé ! Sauf que James retrouve une vieille connaissance… tout est en place pour une nouvelle aventure !
Junius Du Pont, il ne sent pas vraiment la chance !
Ce passager pour New-York regarde avec insistance James Bond. Il l’a déjà rencontré, en 1951, au casino de Royale-les-Eaux. Et il semble bien avoir un service à lui demander.
Du point de vue physique, ce millionnaire est « rose et frais », malgré la cinquantaine d’années affichée sur sa carte d’identité. Rose et frais… mais doué d’une transpiration très odorante, qu’il tente de masquer à l’aide d’un parfum qui rappelle celui du « savon frais » ou de la « lotion after-shave ».
Junius a un problème… Il a perdu gros en jouant aux cartes (la canasta à deux) avec un certain Auric Goldfinger, un milliardaire de 42 ans. Il est sûr que celui-ci triche d’une manière ou d’une autre, mais n’a pas réussi à trouver par quel moyen. La mission confiée à James est d’élucider cette histoire de victoire systématique. Du coup… voilà notre héros qui s’installe dans un hôtel de luxe, afin de tenter de comprendre comment s’y prend ce fameux Goldfinger. Et forcément l’agent 007 parvient à ses fins.
Après le Mexique, Caracas, l’hôtel Floridania
C’est un hôtel composé « de vacanciers bronzés », vêtus de manière « excentrique ». La norme ici c’est le bronzage (« Un instant, il contempla tous les corps bronzés étendus au soleil. ») ! Chaque jour, dès les premiers rayons de soleil, les vacanciers courent s’installer sur le bord de la piscine (« Dans la courbe formée par le Cabana Club se trouvait la piscine olympique, autour de laquelle les estivants n’allaient pas tarder à s’agglutiner pour s’offrir les 50 dollars de soleil auxquels ils avaient droit. »). C’est, d’ailleurs, ce que fait Goldfinger, qui, revêtu d’un simple « petit slip », fait de la chaise-longue afin de pouvoir arborer un bronzage maximum. Il utilise un réflecteur de lumière (« C’est un gadget, qui vous permet de mieux bronzer, en réfléchissant les rayons du soleil sous le menton, derrière les oreilles et à tous les endroits qui ne bronzent pratiquement jamais. »), qui ressemble à des ailes (Ian Fleming nous parle « d’ailes de bronzage ») !
Un détail important à noter : Goldfinger ne veut jouer que sur la terrasse face au soleil, afin de pouvoir continuer à « bronzer ». « Il était d’ailleurs rouge comme un homard. » précise Ian Fleming. Un détail assez logique, lorsque l’on sait que l’individu en question est d’un « roux flamboyant ».
Du point de vue physique, Goldfinger est un petit homme (il mesure 1m52), totalement hideux, possédant une « voix aussi tranchante qu’une lame de rasoir ». En le voyant et en constatant son acharnement à vouloir bronzer, James en conclut que le bronzage constitue, pour lui, un moyen de masquer sa laideur. Et d’ajouter : « Ce corps disgracieux et blanc devait être grotesque sans son camouflage brun-rouge. »
Du point de vue santé, Goldfinger semble plutôt en bonne forme. Si ce n’est une tendance à l’engorgement du foie et à la « constipation », comme en témoignent les « dépuratifs » retrouvés dans la « pharmacie » de sa salle de bains.
Jill Masterton, elle n’est pas vraiment vernie !
La jeune fille est postée dans la chambre de Goldfinger. A l’aide de jumelles, elle observe le jeu de l’adversaire de son patron et indique à celui-ci les cartes du jeu adverse, par le biais d’un écouteur. Goldfinger qui se fait passer pour malentendant porte, en effet, un dispositif auditif.
Tout en faisant ce travail d’observation, Jill se vernit les ongles, avec un produit Revlon, en commençant par ceux de la main gauche. « Elle étendit le bras pour mieux juger de son travail, puis approcha sa main de sa bouche et souffla pour faire sécher le vernis. »
Jill est une blonde très jolie, à la « peau bronzée ». Elle va être tuée par Goldfinger, qui ne voit plus en elle qu’une mauvaise salariée… C’est elle qui a été surprise par James Bond en train de tricher !
Jill va être tuée d’une manière très originale. On sait que Goldfinger a l’habitude de peindre ses conquêtes « couleur or ». « Il charge un domestique coréen de peindre la femme, en prenant soin de laisser à nu le milieu du dos. » pour la bonne raison que cette « peinture or bouche tous les pores », entraînant une asphyxie sûre et certaine, si on ne laisse pas un certain espace de peau vierge (il faut laisser « une surface libre pour permettre à la peau de respirer »). L’or est ensuite éliminé avec de la « résine », afin de ne pas gaspiller le précieux métal. La pauvre Jill a été enduite totalement d’or, ce qui l’a fait mourir en une journée. C’est le célèbre « dermatologue Train » qui a expliqué à Tilly, la sœur de Jill, le procédé utilisé par le criminel… « Il m’a parlé du cas d’une danseuse de cabaret, qui est morte dans des circonstances analogues. Elle devait représenter chaque soir une statue d’argent dans un tableau vivant, et se peignait chaque soir tout le corps avec une peinture argentée. C’est là que j’ai su de quoi Jill était morte » !
Tilly Soames, elle n’est pas vraiment discrète !
Cette jeune femme, aux lèvres rouges et aux cheveux noirs, se déplace en Triumph. Elle suit la Rolls de Goldfinger et s’est donné pour mission de tuer l’assassin de sa sœur Jill ! Cette ex-secrétaire chez Unilever n’a plus qu’une idée en tête : faire la peau de celui qui a tué sa sœur en obstruant sa peau ! Elle se fera prendre par Golfinger !
Et toujours des gestes d’hygiène
On découvre, ainsi, James Bond en train de « se raser » (tranquillement ou plus fébrilement lorsqu’il est tombé entre les mains de Goldfinger) ou bien en train de prendre une « douche glacée » ou bien encore en train de se prélasser « dans son bain », un « bain chaud » (à 3 reprises dans cet opus) ! Un bain, pendant lequel James Bond réfléchit aux affaires en cours !
Et Ian Fleming de nous préciser, qu’à un moment, Tilly et James sont « dans le même bain »… mais il s’agit là simplement d’une expression pour nous faire comprendre que les deux personnages sont dans la même panade ! Ils sont, en effet, tombés entre les pattes de Goldfinger !
Et un vestiaire qui sent le vestiaire
Dans son luxueux club de golf, James s’interroge sur le côté immuable des odeurs de vestiaire. « Il y retrouva la même odeur de vieille transpiration qui y avait toujours régné. Comment se faisait-il que, par une sorte de transpiration, les clubs de golf du Royaume-Uni n’eussent pas de vestiaires plus hygiéniques que ceux des vieilles écoles de l’autre siècle ? »
Et une drôle de Bible
Celle-ci est creuse ; elle accompagne James en voyage et contient un « revolver Walther PPK » !
Et de l’or sous toutes ses formes
De l’or, réduit en poudre, qui passe les frontières, estampillé du nom d’engrais ! De l’or qui se cache dans la structure d’une voiture de luxe, une Rolls. Une voiture qui pèse « deux tonnes d’or blanc de 18 carats » !
Goldfinger, en bref
Cet espion à la solde des Russes a décidé de dévaliser Fort Knox de tout son or, avec l’aide de James Bond (un James Bond sous la menace, bien sûr !) et de quelques mafieux de renom (dont une certaine Pussy, qui tombe très vite sous le charme de James). Ce sera, bien sûr, un échec pour l’espion ! Pour Pussy et James, ce sera, en revanche, un succès et l’occasion rêvée pour faire plus ample connaissance !
Bibliographie
1 Fleming I., James Bond 007, Bouquins la collection tome 2, 2025, 864 pages

