Quand Frédéric Dard chante les mérites du pharmacien… c’est la fin des haricots !

La fin des haricots… Que veut donc bien nous dire Frédéric Dard en utilisant cette expression populaire ? Sans doute que c’est la fin des haricots, quand le tueur en série qui sévit dans le milieu de la prostitution à Paris est identifié comme étant un inspecteur de police. Et même s’il porte le doux nom de Pâquerette, cet inspecteur, tombé fou, nous met les nerfs à fleur de pot (euh… de peau !). Un roman au ras des pâquerettes, un hymne pharmaceutique, un opus placé sous le signe du pharmago !1

Dans ce roman, en effet, Frédéric Dard constate, avec effroi, que les « gens sont friands de pharmacie » et se gavent de médocs, ce qui fait de la profession de pharmacien, une profession d’avenir !

« Croyez-moi, mes frères, l’avenir n’appartient ni aux confiseurs ni aux fleuristes, mais aux pharmaciens. On vendra des produits blancs pour les fiançailles et les mariages, bleus ou roses pour les jeunes filles, cerclés pour les joueurs du racing et noirs pour les personnes en deuil. »

Mêlant deux affaires entre elles, Frédéric Dard nous offre deux enquêtes pour le prix d’une avec, en prime, une belle ordonnance pour éviter rhume et embarras gastrique !

Les médicaments préférés du sieur Pâquerette

Pâquerette est une vraie « pharmacie » ambulante. Il ne quitte jamais son inhalateur, qualifié par Frédéric Dard de « Fly-Tox à microbes », ses cachets de « Céquinyl » (un médicament anti-grippe à base de quinine et de vitamine C, dont la commercialisation a cessé il y a plusieurs dizaines d’années), de « Décontractyl », des comprimés et une pommade à base de méphénisine, désormais retirés du marché en raison d’un manque d’efficacité et d’effets indésirables trop nombreux, d’« aspirine vitaminée », de « Symphoryl ». « Ce mec-là dégageait une odeur insoutenable. Il puait le thermogène, la menthe médicale et un tas d’autres trucs dont l’eucalyptus. » Il « pue l’alcool camphré et l’antiseptique » !

Il enfile les remèdes comme d’autres enfilent les perles, patiemment, efficacement. C’est ainsi qu’il « gobe sans respirer : un comprimé sédatif ; une pilule pour la constipation ; une autre contre (sous-entendu la constipation) ; de l’Antigrippine (de cheval) », mais aussi et encore « deux pastilles de réglisse », pour se faire bonne bouche. « Le nez bourré de Gomenol », Pâquerette ne risque pas de s’enrhumer !

Cet inspecteur, qui a longtemps travaillé à la police des mœurs (et cela a fini par lui monter au cerveau !), ne se balade jamais sans une boîte de suppositoires. Il a d’ailleurs tenté de remporter un prix au concours Lépine avec « une mitraillette à suppositoires pouvant tirer coup par coup, ou par rafale (dans les hôpitaux et les familles nombreuses). »

Les médicaments honnis du sieur Bérurier

Bérurier, le collègue préféré de San Antonio, est, quant à lui, « hostile aux médicaments » ; sa recette pour rester en bonne santé tient dans un verre ! « Je maintiens que c’est avec le vin qu’on s’soigne le mieux. »

Hostile aux médicaments, Béru est également hostile aux cosmétiques. Ses joues « ignorent l’eau, le savon, le rasoir, et, à plus forte raison la lotion Men’s After Shave ».

Ce brave déchet, comme le surnomme parfois San Antonio, est envoyé à Courchevel sur les traces du sieur Bergeron, dont on parlera un peu plus loin. San Antonio lui recommande d’ailleurs d’améliorer son hygiène défaillante : « En arrivant tu prendras un bon bain, ça te reposera. »

Les produits de maquillage préférés d’une prostituée blonde

« Le sadique ne tuait que les blondes. »… Pas de chance pour Marie-Thérèse qui, dans ces conditions, sera une victime de choix. Sauf que l’assassin la rate un premier coup et la réussit au second ! Sauf que Marie-Thérèse n’est pas une vraie blonde ! « J’suis blonde que quand je sors de chez le coiffeur. »

Au premier coup, Marie-Thérèse accuse… le coup. Il faut dire que l’assassin a essayé de lui tordre le cou ! « Sous sa couche de fard on la devinait d’une belle teinte épinard bouilli. »

Lors de la première tentative de meurtre, le bras du meurtrier est arrêté par l’inspecteur Pâquerette, qui fait usage de son arme de service et tue celui qui voulait se faire passer pour un sadique, mais n’aurait pas été au bout de son acte. Lors de la deuxième tentative, personne ne retient le bras de l’inspecteur Pâquerette, qui s’enroule autour du cou de la malheureuse.

Les pastilles pour la digestion adoptées par une prostituée blonde

Avant de mourir, Marie-Thérèse aura le temps de discuter autour d’un couscous, avec le commissaire San Antonio. Un commissaire qui met en confiance la jeune femme, qui lui raconte rapidement toute sa vie. « Elle se confie à moi, le mascara aidant. »

Un commissaire, qui drogue Marie-Thérèse, en lui offrant un somnifère, présenté comme un médicament aidant la digestion. San Antonio a dans l’idée d’endormir Marie-Thérèse, de la placer sur une fausse scène de crime, afin de tenter de faire parler son souteneur !

Sauf que la belle Marie-Thérèse y passe ! Une fois endormie, elle constitue, en effet, une proie facile pour le sadique qui tue les blondes !

Le savon, le cosmétique préféré de notre bonne vieille Félicie

La maman de San Antonio est une femme que les lecteurs de Frédéric Dard connaissent bien. Pleine de bon sens, Félicie est une ménagère accomplie, qui tient sa maison à la perfection et possède une hygiène irréprochable (Félicie nous est présentée comme étant « toute fraîche et sentant le savon. »). Pleine de bon sens, Félicie apporte à son fils la stabilité nécessaire à son activité tumultueuse. Lorsqu’il revient chez lui, San Antonio retrouve instantanément la paix… Le « ton calme » de Félicie lui « fait l’effet d’un bain tiède. »

Un peu de parfum, le cosmétique préféré de San Antonio

Dans cette enquête, San Antonio rencontre une jolie dactylo à qui il donne, bien sûr, un rancart. Avant de s’y rendre, un bon « bain »… « Fringué comme un milord, bichonné, parfumé »… Tonio est fin prêt pour l’opération séduction !

Le Rouge Baiser, le cosmétique préféré de Danièle

Le type, qui a tenté de tuer Marie-Thérèse et s’est fait trucider par l’inspecteur Pâquerette, est un certain Boilevent. Un brave employé, qui travaille dans une société, qui commercialise des paires de ski (une société tenue par le sieur Bergeron).

La secrétaire du dénommé Bergeron utilise un rouge à lèvres de marque « Rouge Baiser ». Un rouge à lèvres que San Antonio n’aura pas le loisir de goûter, car la jolie demoiselle est assassinée avant l’arrivée du commissaire.

Celui-ci s’était fait beau pour l’occasion. Danièle itou ! Sur la scène de crime, San Antonio relève « un petit flacon de parfum renversé », un parfum de prix… « Mademoiselle se filait sur le derme Bagatelle 69-69, ni plus ni moins. »

Pourquoi tuer Danièle ? Sans doute parce qu’elle en savait trop ! Elle savait, sans doute, que Boilevent avait choisi de se faire coffrer, afin de s’extraire, temporairement, d’un trafic qui le tourmentait moralement.

Le fer à friser, l’outil préféré de Bergeron

Bergeron est un personnage-clé de cette affaire. En effet, il est à la tête de la filière française d’un trafic d’or existant entre la Suisse et la France. L’or passe les frontières dans des fixations de ski trafiquées !

Bergeron « frise la cinquantaine, sans la boucler, cheveux argentés, mains manucurées. » Sa femme, quant à elle, âgée d’à peine 25 ans, défrise San Antonio, en lui mentant ouvertement.

Et le crâne du chef de San Antonio

Le chef de San-A est souvent appelé le Vieux (avec une majuscule s’il vous plait !) ou le Vioque. Il est baptisé ici de divers noms, plus réjouissants les uns que les autres, tels que « le Superman de la calvitie », « Crâne d’Oeuf », « Chevelu-à-Rebours », « Laqué »…

Et un mésusage cosmétique

Un mésusage sans danger, qui consiste, ici, à utiliser du vernis à ongles pour stopper un bas filé et non pour embellir les ongles. « Il y a des filles groupées, à l’écart, qui mettent des touches de laque à ongles sur les échelles de leurs bas en parlant du parapluie et du Bottin. »

Et deux expressions Colgatées

« Vu, pigé, compris, bon Colgate, bonne bourre, à mardi ! »

Quant à Alfredo, le mac de Marie-Thérèse, il peut dire « merci Colgate », tant ses dents sont blanches et étincelantes. 

Et un lecteur tout ratatiné

Ratatiné comme une « crêpe » (expression pour qualifier, par deux fois, un lecteur pas très finaud), le lecteur qui, une fois de plus, est traité de noms variés… « Bande d’intromis », « pauvres pingouins », « petits invertébrés » avec des « cervelles trouées comme des harmonicas ». Des « lézardés de la coiffe », des « visqueux de la pensarde », des « spongieux du cigare », bref… en deux mots des « amoindris congénitaux » !

« Il est vrai qu’il n’y a pas plus de matière grise sous votre gazon à brillantine qu’il n’y a de provisions sur le compte bancaire d’un producteur de films. »

Et une utilisation d’un verbe au figuré

Une nouvelle fois, Frédéric Dard utilise le verbe maquiller dans un autre sens que celui qui consiste à user des produits de maquillage. « Qu’est-ce que tu maquilles z-ici ? »

Et un roman pas rasoir du tout

Bien qu’évoquant des explications « plus rasoirs que toute la maison Sunbeam » !

La fin des haricots, en bref

« Vous parlez d’une pommade »… une histoire où le criminel se recrute parmi les forces de l’ordre ! Une histoire où le satyre puant se recrute dans les rangs des salariés de la « maison Purodor » !

Vous parlez d’une potion amère… une histoire où San Antonio participe à un meurtre, sans le savoir, ni le vouloir.

Vous parlez d’un pâté… une histoire où un honnête commerçant se transforme en trafiquant, pour les beaux yeux de sa jeune femme de 25 ans sa cadette (une femme splendide, au visage « bronzé » et aux mensurations idéales).

Occasion pour Frédéric Dard d’assassiner les pharmaciens, qui vendent toutes sortes de cochonneries et font fortune sur le dos de leurs concitoyens !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Dard F., La fin des haricots in San-Antonio tome 5, Bouquins La collection, 2022, 1252 pages