Quand Coco Chanel séduit le maître de Coco !

Elle n’est pas très gaie la vie d’Alban, cet animateur radio, devenu orphelin à l’âge de 17 ans.1 Tous ses actes semblent être guidés par les autres.

C’est ainsi que son emploi à la radio lui est dû à la vigilance d’une amie qui lui fait part d’une annonce concernant la recherche d’un animateur pour une émission ayant pour thème : « Ces gens qui ne jettent rien » ! Alban a le pied dans la place… il continuera avec une chronique ayant pour sujet les choses banales du quotidien. Une chronique neutre, sans aspérités… une chronique grise, aussi grise, aussi terne que la vie de son créateur.

C’est ainsi que l’adoption de son gris du Gabon, nommé Jo, se fait par l’intermédiaire d’un voisin qui cherche à se débarrasser d’un petit animal au tempérament tranchant !

Désormais, la vie grise d’Alban va s’orner des couleurs fulgurantes de la passion, celle qu’il porte à un animal qui va lui en faire voir de toutes les couleurs !

Un goût peu prononcé pour l’art contemporain !

Mené au centre Pompidou par une mère adoratrice de l’art en général et de l’art contemporain en particulier, Alban, enfant, ne trouve, dans les œuvres exposées, qu’occasions de moqueries. De quoi écœurer une mère qui décide de ne plus emmener son fils au musée et qui, de ce fait, perd une belle occasion de partager avec celui-ci un peu de sa passion. « Elle ne m’emmena plus jamais dans aucun musée. Etrange conclusion : elle jetait le bébé avec l’eau du bain. »

Un goût prononcé pour l’art d’accumuler les choses du passé !

Syllogomane ? Oui, Alban l’est en quelque sorte, lorsqu’il refuse de jeter tout ce qui a appartenu à ses parents (vêtements, chaussures, accessoires…). Une façon évidente de rester connecté avec des parents trop tôt décédés.

Un goût prononcé pour la délicatesse !

Alban n’aime pas les « caractères sexuels outranciers » ; pas besoin d’en faire des tonnes à son goût pour faire comprendre à ses contemporains de quel genre on se chauffe. Son anecdote favorite celle du gentleman qui découvre une femme nue dans une salle de bains et s’exclame : « Monsieur, je vous prie de m’excuser ».

Un certain talent de linguiste !

Alban se plaît à étudier les sons qui sortent du bec de Jo et à les décrypter. Il comprend ainsi rapidement qu’un bruit de chasse d’eau traduit un certain agacement… Le « bruit du coupe-ongles à l’œuvre sur les ongles épais » des orteils (un certain « clic-clic ») laisse, en revanche, Alban dubitatif, qui ne sait pas trop quel sentiment associer à cette sonorité. Peut-être tout simplement une façon de dire « tu me casses les pieds » de manière élégante ? Oui, ce bruit de coupe-ongles traduit certainement l’adverbe de négation « non » !

Un certain talent d’éducateur !

Jo est capricieux ; Jo refuse de se laisser laver sous le jet du robinet. Comme il est quand même indispensable de respecter un minimum de règles d’hygiène, Alban décide de lui faire prendre des douches… « Par la suite, pour le laver, je l’arrosais avec la douche. Il n’appréciait pas mais il admettait. »

Une vraie âme de parfumeur !

Accaparé par les soins à apporter à son perroquet, Alban néglige ses amis, ses relations. Il s’autorise, toutefois, une soirée musicale et ce alors-même que l’on sort tout juste de l’épidémie de Covid, qui a cloitré des millions d’individus entre quatre murs. Le parfum « Coco de Chanel » qui se dégage de la femme placée devant lui inonde Alban de bonheur. Ce parfum, qu’il apprécie pourtant peu habituellement, revêt, dans ces circonstances particulières, grâce à la peau de cette inconnue, un caractère purement génial. Retrouver ces particules volatiles, caché derrière un masque (oui, celui-ci est encore obligatoire), produit chez Alban le même effet qu’une drogue dure.

Un parfum concocté par un industriel procure donc chez le narrateur un bouleversement intense… De même que le fait de sentir l’odeur des « arbres précocement roussis »… Cette symphonie olfactive macabre, annonciatrice de l’automne, crée chez Alban un ouragan de sensations, témoin de son amour pour les odeurs… sans distinction. Le syndrome du parfumeur, tout simplement !

L’adolescence du perroquet, en bref

Dans cet opus, Amélie Nothomb nous fait découvrir la face sombre de la parentalité. C’est Alban, un célibataire endurci, réfractaire au réarmement démographique, qui nous met face à la réalité de la paternité. Dur, dur ! Dur de donner un bain, de faire prendre une douche ! Dur de décoder un langage qui semble incompréhensible ! Dur d’échapper à la tyrannie des siens (Ah, quel bonheur de goûter en solitaire à la douceur d’un concert et à la violence d’un parfum !) ! Dur et… tellement doux à la fois… Rien de nouveau sous le Soleil… Celui-ci donne, rappelons-le au passage, la vie et des cancers cutanés de concert !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Nothomb A. L’adolescence du perroquet. Albin Michel Ed., 2026, 160 pages