Nos regards
Puberté précoce, une recherche tous azimuts

> 11 décembre 2018

Puberté précoce, une recherche tous azimuts

Différents facteurs sont invoqués lorsque l’on cherche à connaître la cause des pubertés précoces. Sont ainsi mis en avant des problèmes de surpoids, des facteurs alimentaires, les habitudes maternelles en matière de consommation de cigarettes, un environnement psycho-social défavorable, un contact avec des perturbateurs endocriniens1 Loin de nous l’idée de réaliser un travail exhaustif sur la question. L’analyse de quelques publications permettra de considérer la complexité du problème et de comprendre que pointer du doigt un seul et unique coupable, à savoir « Le cosmétique », relève d’une démarche absurde.

Le lait maternel, c’est chouette

L’allaitement maternel est présenté par certains comme le moyen infaillible de faire reculer l’âge de la puberté. Un mois d’allaitement maternel supplémentaire permettrait de réduire de 6 % le risque d’avoir ses règles de manière précoce.1 Ceci est d’autant plus étonnant que le lait maternel est parfois présenté comme un concentré d’ingrédients cosmétiques nocifs.2 Notons que ce qui est valable aux Etats-Unis ne l’est pas forcément en Europe. En ce qui concerne le triclosan, par exemple, rappelons que cet antiseptique a quasiment disparu du paysage cosmétique.

Le lait de vache aussi, c’est chouette

Le niveau de consommation de lait ou de produits lactés (beurre, crème, glaces) entre l’âge de 3 et 5 ans est inversement lié au développement mammaire précoce affirment des chercheurs américains gourmands en 2015.3 Et les œstrogènes présents dans le lait, vous en faites quoi ? diront les lactophobes. Les lactophiles hausseront les épaules en leur répondant : la quantité d’œstrogènes est faible dans les laits commerciaux et ceux-ci résistent mal au tractus intestinal.4

La viande, c’est pas chouette

Les consommatrices de viande voient l’âge de leurs premières règles avancer de 6 mois.5 Devenez végétariennes, semble nous dire Kissinger dans les années 1980 !

Le lait de soja, c’est pas chouette

En cas d’intolérance au lactose, le lait de soja est présenté, par certains, comme la solution miracle. Ce n’est pas l’avis des équipes brésiliennes qui ont planché sur la question. Une étude menée sur des rats a permis de mettre en évidence des effets perturbateurs (diminution du taux de testostérone, diminution du nombre des cellules de Sertoli) provoqués par le lait de soja. Lorsque l’on ajoute au régime de ces rats une pincée de glyphosate, on observe une réduction du nombre de spermatides. Quand l’on sait que les champs de soja sont bien souvent traités par du glyphosate, l’on comprend le pourquoi de ce drôle de régime alimentaire !6

Les phyto-œstrogènes, c’est pas chouette

Une étude publiée en 2017 explore le rôle des phyto-œstrogènes dans la survenue d’une puberté précoce. 367 mères ayant accouché dans les années 1991–1992, ainsi que leurs filles font l’objet de comparaison entre taux en phyto-œstrogènes et âge des menstruation. La o-desmethylangolensine est le phyto-œstrogène qui semble le plus impliqué.7 Pas si simple… lorsque l’on sait que les grosses consommatrices de flavonol de certains échantillons développent des seins plus tardivement que les consommatrices plus modérées…8

Les parfums à base de lavande, c’est pas chouette

En 2016, mention est faite dans la littérature scientifique de 3 garçons souffrant de gynécomastie, suite à l’utilisation d’une eau de Cologne à base d’huile essentielle de lavande.9

Les cosmétiques à base de triclosan, c’est pas chouette

C’est ce qu’un certain nombre de publications tendent à prouver, depuis quelques années. Les résultats sont contradictoires et le lien avec une puberté précoce loin d’être établi.10

Les pesticides organochlorés, on ne sait pas quoi en penser…

Le lien entre concentrations en molécules organochlorées et puberté précoce n’a pu être établi sur un échantillon de 448 mères-enfants (218 filles ayant eu leur puberté avant 11,5 ans et 23 après).11

Les phthalates, on ne sait pas quoi en penser… non plus

Différentes études visaient à établir un lien entre teneur sanguine en phthalates et puberté précoce. Si certains y voient un lien d’autres n’en voient pas.12,13 Notons qu’un certain nombre de phthalates sont interdits dans le domaine cosmétique. On les retrouve donc en Annexe II du Règlement (CE) N°1223/2009.

En conclusion

Chacun dans son domaine semble avoir la solution miracle pour faire diminuer le taux d’enfants atteints de puberté précoce. La solution est dans l’assiette, dans le verre, dans le champ, dans la salle de bains… Non, rien n’est si simple. Il suffit de faire un peu de recherche bibliographique pour voir se contredire les résultats des études. Ce qui est certain, c’est qu’il est impossible, à l’heure actuelle, de relier de manière définitive ingrédients cosmétiques et troubles physiologiques ou pathologies diverses et variées.

Bibliographie

1 Hsien-Yu Fan, Yen-Tsung Huang, Rong-Hong Hsieh, Jane C-J Chao, Yang-Ching Chen, Birthweight, time-varying adiposity growth and early menarche in girls: A Mendelian randomisation and mediation analysis, Obesity Research & Clinical Practice, 12, 5, 2018,  445-451

2 Candace S. Bever, Amy A. Rand, Malin Nording, Diana Taft, Bruce D. Hammock, Effects of triclosan in breast milk on the infant fecal microbiome, Chemosphere, 203, 2018, 467-473

3 Jeremy Michals Schraw, Bjorn Øgland, Yong Quan Dong, Stein Tore Nilsen, Michele R. Forman, In utero preeclampsia exposure, milk intake and pubertal development, Reproductive Toxicology, 54, 2015, 19-25

4 Peter W. Parodi, Impact of cowsmilk estrogen on cancer risk, International Dairy Journal, 22, 1, 2012, 3-14

5 D. G. Kissinger, A. Sanchez, The association of dietary factors with the age of menarche, Nutrition Research, 7, 5, 1987,  471-479

6 Jessica Nardi, Patricia Bonamigo Moras, Carina Koeppe, Eliane Dallegrave, Luciana Grazziotin Rossato-Grando, Prepubertal subchronic exposure to soy milk and glyphosate leads to endocrine disruption, Food and Chemical Toxicology, 100, 2017, 247-252

7 Kristin J. Marks, Terryl J. Hartman, Ethel V. Taylor, Michael E. Rybak, Michele Marcus, Exposure to phytoestrogens in utero and age at menarche in a contemporary British cohort, Environmental Research, 155, 2017, 287-293

8 Nancy A. Mervish, Eliza W. Gardiner, Maida P. Galvez, Larry H. Kushi, , Dietary flavonol intake is associated with age of puberty in a longitudinal cohort of girls, Nutrition Research, 33, 7, 2013, 534-54

9 Diaz A, Luque L, Badar Z, Kornic S, Danon M., Prepubertal gynecomastia and chronic lavender exposure: report of three cases, J Pediatr Endocrinol Metab., 2016, 29, 1, 103-107

10 Cai-Feng Wang, Ying Tian, Reproductive endocrine-disrupting effects of triclosan: Population exposure, present evidence and potential mechanisms, Environmental Pollution, 206, 2015, 195-201

11 Gonza Namulanda, Mildred Maisonet, Ethel Taylor, W. Dana Flanders, Luke Naeher, In utero exposure to organochlorine pesticides and early menarche in the Avon Longitudinal Study of Parents and Children, Environment International, 94, 2016, 467-472

12 Erdem Durmaz, Pinar Erkekoglu, Ali Asci, Sema Akçurin, Belma Kocer-Gumusel, Urinary phthalate metabolite concentrations in girls with premature thelarche, Environmental Toxicology and Pharmacology, 59, 2018, 172-181

13 Jefferson P. Lomenick, Antonia M. Calafat, Maria S. Melguizo Castro, Richard Mier, Kupper A. Wintergerst, Phthalate Exposure and Precocious Puberty in Females, The Journal of Pediatrics, 156, 2, 2010, 221-225






Retour aux regards