Pour parler d’amour, décidément, Gabriel Garcia Marquez est loin d’être constipé !

L’amour aux temps du choléra1… drôle de titre pour un roman ! L’incipit de celui-ci (« C’était inévitable : l’odeur des amandes amères lui rappelait toujours le destin des amours contrariées. ») résume parfaitement la pensée de Gabriel Garcia Marquez, qui voit ici l’amour sous l’angle d’une maladie, dont les symptômes digestifs montrent à quel point certaines défaites sont dures à digérer. Une histoire qui se déroule dans les Caraïbes à la fin du XIXe siècle (il est en effet question de l’incendie du bazar de la Charité de 1897) et au début du XXe siècle. Nous suivons, en effet, les protagonistes sur une bonne cinquantaine d’années !

Un régal cosmétique ! Un feu d’artifices de lavements, de suppositoires et autres formes galéniques !

Tout commence par le suicide de Jeremiah de Saint-Amour

Cet homme, qui s’est suicidé par une « fumigation de cyanure d’or » (par les « émanations du cyanure d’or activé grâce à un quelconque acide de photographie »), le dimanche de Pentecôte, est un ami du Dr Juvenal Urbino, dont nous allons suivre l’existence par la suite. Urbino est alors âgé de 80 ans et commence à perdre la mémoire. Son ami ne valait guère mieux et a mis fin à ses jours par « gérontophobie » !

Ce qui est stupéfiant c’est que le Dr Urbino va lui aussi mourir un dimanche de Pentecôte, en tombant d’une échelle ! Juste au moment où il arrive à récupérer le perroquet échappé de sa cage !

Et puis l’on fait connaissance avec un médecin polymédiqué

Juvenal Urbino s’applique toutes sortes de « remèdes secrets »… ou plutôt des remèdes plus ou moins secrets, puisque l’auteur nous les décrit très précisément pour certains d’entre eux. Il y a du bromure de potassium pour « remonter le moral », des salicylés pour les douleurs articulaires, des gouttes d’ergot de seigle pour les vertiges, de la belladone pour un bon sommeil.

Tous ces remèdes sont pris en cachette des siens, car ce médecin, qui a toujours été « hostile » aux « prescriptions de palliatifs pour la vieillesse », quand il s’agissait des autres, ne s’applique pas les mêmes règles à lui-même. Sa routine-santé est impressionnante avec une multiplicité de drogues de toutes sortes. En ce qui concerne sa routine-beauté, celle-ci n’est pas des plus sommaires puisqu’il se lave avec soin, entretient sa barbe avec passion, puis gomine « sa moustache dans une atmosphère saturée d’eau de Cologne véritable, celle de Farina Gegenüber. » Il faut également préciser que ce médecin coquet a, vraisemblablement, recours à de la teinture capillaire depuis quelques années, puisque l’auteur nous indique que ses cheveux possèdent une couleur « devenue métallique », au fil du temps. Seul point faible, l’aspect de sa peau « translucide », qui ressemble, nous dit-on, « à de la paraffine » !

D’un point de vue médical, Juvenal présente des pertes de mémoire et des vertiges. La baignoire lui fait peur (c’est à son avis une des « multiples cochonneries des Européens ») ; c’est, pourtant, dans un « énorme baquet en bois de gaïac massif » que Fermina Daza (son épouse) lui donne le bain, « avec le même rituel qu’à un nouveau-né. » Le protocole nous est décrit avec grandes précisions. Le bain dure une heure. Il se fait avec de « l’eau tiède », que l’on a obtenue en faisant refroidir de l’eau, contenant des feuilles de mauve et des écorces d’orange, portée à ébullition. Une décoction censée exercer un « effet sédatif » sur le vieux médecin. Vient ensuite le saupoudrage de « talc entre les jambes », l’application de « beurre de cacao » sur les callosités et l’habillage.

Et l’on se rend compte que ce médecin polymédiqué fut un grand homme

Ce médecin, formé à Paris, est revenu au pays (dans les Caraïbes) afin de tenter d’éradiquer des maladies contagieuses, qui ravagent les villes. Pour cela, Juvenal applique des méthodes révolutionnaires, se dépense sans compter, craint les vaccins (comme la peste) et présente une foi totale et « suspecte » dans une invention présentée comme nouvelle, « le suppositoire » !

Et l’on découvre l’existence de la maîtresse de Saint-Amour

Il s’agit d’un amour caché. « Une mulâtresse altière », qui a accompagné son amant jusqu’au bord de la tombe, avant de le laisser partir à sa guise.

Et l’on se tient loin du soleil

Du moins les femmes qui veillent à la qualité de leur teint avec un soin extrême. « A l’intérieur des chambres fraîches et saturées d’encens, les femmes se protégeaient du soleil comme d’une contagion indigne et se couvraient le visage d’une mantille, même aux premières messes de l’aube. »

Et l’on fait la connaissance de Fermina Daza

Fermina est la femme du Dr Urbino. Une femme, aux cheveux « couleur de miel » et au teint « d’albâtre », qui adore les oiseaux, et les parfums et qui a fait l’achat, il y a peu, comme au temps de sa jeunesse, de « corbeaux parfumés », « qui, en ébrouant leurs ailes, saturaient le jardin d’un parfum équivoque. » Ils étaient 3 au temps de sa jeunesse ; ils seront 6 dans son grand âge. Fermina pense toujours à imbiber son mouchoir d’« Eau fleurie » ! Fermina aime Juvenal avec passion et, au soir de la mort de son époux, conserve toujours « son odeur sur sa propre peau ».

Et l’on nous dit comment Fermina a séduit Juvenal

Leur amour est à mettre sur le compte d’une « erreur clinique » (cette expression apparait 2 fois dans le texte). On a, en effet, cru que Fermina avait attrapé le choléra. Appelé pour une contre-visite, Juvenal hausse les épaules. Ce n’est absolument pas le choléra, mais une banale « infection d’origine alimentaire » ! C’est en revanche un amour naissant que l’on peut diagnostiquer chez le jeune médecin, qui se met à envoyer des lettres et des « pastilles à la violette de l’abbaye de Flavigny » à sa jeune patiente.

Pour autant, Fermina n’est pas amoureuse ! Mais la ruine de son père survenant subitement… son cœur flanche et elle craque ! Et elle revêt sa robe de mariée et fige son sourire « avec de la céruse » !

Le mariage de raison se transformera petit à petit en un mariage d’amour !

On précisera que, plus tard, Juvenal trompera sa femme, là encore pour des raisons cliniques… Il s’occupera, en effet, de très près, d’une jeune patiente (« tout son corps exhalait un arôme de bonne santé qui n’était autre que l’odeur humaine trouvée par Fermina Daza sur les vêtements de son mari. »), ayant consulté pour des « coliques tordues », mais n’ayant en fait aucune maladie précise. Cette tromperie lui vaudra deux ans d’éloignement avec son épouse Fermina, dont il retrouvera, par la suite, avec délice, le parfum intime (« Il se délectait des bouffées de parfum d’amandes qui parvenaient jusqu’à lui du plus profond de son intimité. »).

Et l’on apprend qu’un vulgaire savon peut déclencher une crise domestique

Fermina et Juvenal semblent être un couple très uni. On apprend, pourtant, rapidement, qu’une histoire de savon manquant dans la salle de bain a déclenché une brouille magistrale (celle-ci durera 3 mois) entre les deux époux. Tout avait commencé par une simple remarque du Docteur à sa femme : « Ça fait au moins une semaine que je me lave sans savon. » Après 30 ans de mariage, 30 ans de ménage consciencieux, 30 ans d’entretien de la salle de bains… ça fait mal ! Oui, c’est vrai, depuis quelques jours, Fermina oubliait « de remettre du savon dans la salle de bains » ! Trois jours précisément ! Pas 7 jours, pas 1 semaine !

Fermina, attaquée au plus profond d’elle-même, attaquée dans son image de femme de maison irréprochable, tint tête. « Moi je me suis lavée tous les jours, cria-t-elle écumante, et il y avait du savon. »

Juvenal tint également bon et alla coucher à l’hôpital, durant quelques jours. Il faut dire, qu’à partir de cette histoire de savon manquant, toutes sortes de griefs avaient refaits surface. De « vieilles cicatrices » !

Juvenal voulut même mettre l’archevêque dans le coup, en proposant à sa moitié de se confesser à lui, afin que la vérité finisse par éclater. Fermina refuse ! Fermina marque des points, accepte de vivre sous le même toit, mais pas dans le même lit, tant que Juvenal ne cédera pas. Enfin, un soir, Juvenal craque et regagne la couche conjugale sur ces mots : « Laisse-moi rester, dit-il. Oui, il y avait du savon. »

Un épisode savoureux, raconté en long, en large et en travers, en 3 pages entières !

Et l’on se rend compte qu’un odorat développé n’est pas bon dans un couple

Mieux vaut sans doute manquer de pif ! Fermina Daza n’en manque pas… Ceci va déclencher une séparation de corps, qui va durer deux ans. Tout est dû au fait que Fermina a l’habitude de « renifler les vêtements que la famille et elle-même ont portés, afin de savoir à leur odeur s’il fallait les donner à laver alors même qu’ils paraissaient propres. » C’est grâce à ce bon odorat que Fermina avait pu retrouver, en son temps, son fils caché dans un placard (il avait été trahi par son caca). Cette fois-ci, son odorat (sa « terrible faculté ») faillit avoir raison de son couple, puisqu’elle détecta sur le vêtement de Juvenal « une odeur impossible à définir », une « odeur propre à la nature humaine », totalement étrangère à la maison. Une enquête lui permis de mettre en évidence une aventure extraconjugale impardonnable ! Juvenal voyait en cachette Barbara Lynch, une fille de pasteur !

Et l’on découvre un premier amour de jeunesse, un amour laxatif !

Avant d’épouser Juvenal, Fermina a été amoureuse de Florentino Ariza. Un homme dont nous faisons la connaissance non pas en tant que jeune homme, mais comme un vieillard de 76 ans, édenté, à la « moustache » « aux pointes gominées » (ce n’est pourtant plus à la mode !!) et aux cheveux rares ; ses cheveux des tempes sont reconduits avec malice jusqu’au sommet du crâne, mais l’effet produit ne trompe personne ; il mène une « bataille » acharnée « contre la calvitie », nous précise-t-on. Tout de même « rasé de près et fleurant la lotion de toilette ». Une lotion dite « rare » !

Concernant cette calvitie, on précisera que Florentino a tout essayé pour tenter de retenir ses cheveux. Il a ainsi suivi les « instructions de l’Almanach Bristol » pour l’agriculture, dans la mesure où il a entendu dire que la pousse des cheveux repose sur le même genre de cycles que ceux correspondant aux récoltes. Il a bien sûr abandonné son coiffeur chauve, pour confier son capillaire à un professionnel plus performant… et a traqué dans les petits journaux toutes les annonces relatives aux cosmétiques miracle. Et il est tombé dans le piège des publicités comparatives mettant en scène un individu « chauve » et le même « plus poilu qu’un lion » ! Il a testé, nous dit-on, 272 produits ! Tout ça pour rien ! Ou plutôt si pour des effets indésirables carabinés tel cet « eczéma du crâne, urticant et fétide appelé teigne boréale par les sorciers de la Martinique », car « irradiant une lumière phosphorescente dans l’obscurité ». Après les médicaments officiels, Florentino a testé les formules encore plus équivoques. Des « onguents magiques », des « décoctions » dépourvues d’efficacité ! Finalement et face à cet échec récurrent, Florentino a fini par vouloir acheter une perruque, mais a reculé d’effroi en se disant qu’il n’était pas possible pour lui de se couvrir des cheveux d’un autre.

Finalement, Florentino finira pas se raser la tête intégralement, afin d’arborer un crâne « aussi lisse que des fesses de bébé ». Puis, il aura des remords et laissera pousser une longue mèche « du côté droit », qu’il remontera sur le dessus de son crâne.

Florentino a connu Fermina à l’âge de 18 ans. Bon danseur, poète, ce jeune homme, qui possédait un « visage émacié » et des « cheveux d’Indien domptés avec de la pommade odorante », avait séduit Fermina par son verbe et par son intelligence. Seul bémol au tableau : ce jeune homme, véritable coqueluche de la gent féminine était myope et constipé chronique (ce qui l’obligea toute sa vie à s’administrer « des lavements purgatifs »).

Un échange de lettres enflammées (des courriers imprégnés de « l’odeur pensive des gardénias blancs », puis du « parfum nocturne des gardénias fanés ») fut initié. Et les deux tourtereaux se mirent à roucouler à qui mieux mieux. Un amour qui, pour Florentino, se traduit par des symptômes inquiétants : diarrhées et vomissements faisant craindre le choléra.

Le médecin de famille nous rassure très vite à ce sujet… Ce n’est pas le choléra ! « […] les symptômes de l’amour sont identiques à ceux du choléra » ! Le traitement en est simple : des « infusions de fleurs de tilleul » !

Et l’on comprend que cet amour de jeunesse est très fort

Car il a résisté au temps du moins du côté de Florentino. Car il a été tout le ressort de la vie de celui qui a tenté de faire fortune pour sa belle et qui s’est lancé, dans son jeune temps, à la recherche d’un trésor enfoui sous les eaux afin que Fermina puisse « prendre des bains dans des bassins d’or ».

Et l’on constate que l’eau de Cologne est consommée d’une drôle de façon

Jeune homme, Florentino a trouvé de l’eau de Cologne de contrebande (elle est vendue par les marins de la Hamburg American Line) chez sa mère ; il y a goûté car il sait que Fermina en utilise et il a envie de « connaître d’autres saveurs de la femme aimée. » La mère de Florentino est plutôt amusée par ce mésusage (l’eau de Cologne n’est, en effet, pas destinée à être ingérée) et lui promet « en riant aux larmes, une autre bouteille d’eau de Cologne pour célébrer ensemble la conquête » de Fermina, lorsque celle-ci sera effective.

Et l’on s’étonne du mode d’hébergement de Florentino

Florentino est assistant au télégraphe. Son chef, Lotario Thugut, tient, en plus, de son métier, un hôtel de passe, où il se propose de loger son adjoint. Florentino accepte et décide de vivre dans ce milieu, en tout bien tout honneur, se réservant pour Fermina.

Il découvre alors la fraternité qui règne dans l’établissement, les filles partageant tout, depuis les « savons », jusqu’aux « brosses à dents », en passant par les « ciseaux » et le moindre objet. Ces femmes se maquillent de manière excessive (elles se « peinturluraient comme des clowns lugubres »), avant de partir en chasse de nouveaux clients.

Et l’on comprend comment l’amour de Florentino et de Fermina s’est brisé

Lorsque le père de Fermina, Lorenzo Daza, apprend l’existence d’une correspondance entre Florentino et sa fille, il décide de couper net le fil qui relie les deux jeunes gens. Fermina part avec lui en voyage. Elle envoie sa longue tresse coupée à Florentino et monte sur son cheval, pour retrouver de la famille. Le voyage est si long que le « fondement » de la belle est tout irrité et nécessite l’application de « compresses d’arnica » par ses tante et cousines. Des cousines, fort appréciées, qui vont prendre des bains en commun et qui vont ainsi se savonner, s’épouiller, comparer leurs fesses et leurs seins en toute amitié.

Ce voyage de parent en parent va durer un an et demi ! Il aura la peau de l’amour de Fermina pour Florentino. Celui-ci lui semble désormais laid et dépourvu de tout attrait.

Et l’on suit le périple qui ramène Florentino au bercail

Afin de guérir son associé de l’amour qui le mine, Lotario Thugut décide de le muter loin de là. Sauf qu’arrivé à bon port, Florentino rebrousse chemin et revient à son port d’attache. Dès son arrivée, il détecte dans l’air « l’odeur personnelle de Fermina Daza » (« Tout avait son parfum » « dans l’enceinte de la ville »). Ce qui n’est guère possible, puisque Fermina est partie en lune de miel avec son époux.

Florentino change alors de look… se met à laisser « pousser la moustache aux pointes gominées » et commence à envisager la possibilité d’oublier Fermina. « L’odeur de Fermina Daza devint peu à peu moins fréquente et moins intense, et finit par ne rester que dans les gardénias blancs ».

Et puis zut… Florentino commence une vie de débauche, multipliant les relations avec des femmes de tous âges ! Et il note tous les détails dans ses carnets… les détails concernant les… 622 aventures qui occupèrent sa vie. On parle de 622 aventures durables, sans compter les « aventures fugaces » ! Une sorte d’ogre, qualifié de « chasseur solitaire » !

Et l’on s’aperçoit que Fermina est folle des cosmétiques depuis sa jeunesse

De retour dans sa ville natale, après plus d’un an d’absence, Fermina redécouvre les marchands de cosmétiques, de vêtements, d’épices. Elle s’enivre, alors, « de la senteur de vétiver des étoffes dans les malles » ; elle écrase entre ses mains, avec sensualité, des feuilles de sauge et d’origan et s’amuse avec des poignées de clous de girofle, d’anis étoilé, de gingembre et de genièvre. « Chez l’apothicaire français, tandis qu’elle achetait des savons de Reuter et de l’eau de benjoin, on lui appliqua, derrière l’oreille, une goutte du parfum à la mode à Paris et on lui donna une tablette désodorisante pour chasser l’odeur du tabacFermina multiplie les achats et laisse derrière elle un sillage parfumé, telle une « brise » légère ! On sait qu’il s’agit d’une grosse consommatrice de tabac qu’elle roule dans « du papier parfumé » !

Lors de son voyage de noces à Paris, on se rend également compte de la passion de Fermina pour les produits de beauté. Elle achète ainsi « une essence troublante choisie entre toutes à la parfumerie du Bazar de la Charité avant que les vents du printemps ne balayassent ses cendres. » En fait, l’essence ne lui plaît pas du tout ; elle ne l’utilisera qu’une seule et unique fois. Elle achète aussi un objet révolutionnaire, un « étui à cosmétiques », qui lui permettra de se remaquiller lors de ses sorties. « […] elle fut la première femme à l’emporter à ses soirées quand le simple fait de se remaquiller en public était considéré comme indécent. » Une innovation du moment qui séduit forcément Fermina !

Et l’on se farcit toutes les aventures amoureuses de Florentino

L’auteur ne nous épargne rien, nous indiquant, par exemple, que Florentino rencontre l’une de ses proies dans un concours de poésie. C’est là qu’il rencontre, en effet, Sara Noriega, une femme à « la blancheur de nacre », avec une « mouche dessinée au crayon sur la joue droite », qui dégage une odeur de « créature heureuse et bien en chair ». Les deux poètes n’ayant pas atteint les marches du podium se consoleront, au mieux, au pieux !

Et l’on découvre un drôle de gommage

Jeune épouse, Fermina frotte le dos de son époux avec « les miettes d’amour rapportées » de son voyage de noces en Europe. Ceci se termine en général par des roulades sur le sol de la salle de bain, tous deux « barbouillés de mousses odorantes ». No comment !

Et l’on assiste à de drôles de retrouvailles

Finalement, Florentino va finir par séduire Fermina, devenue veuve. Lors de sa première visite, il sera interrompu (la visite sera écourtée !!) par une colique carabinée. Il se lâchera dans la voiture qui le ramène chez lui, ce qui fera dire à son chauffeur : « Faites attention, don Florentino, ça pourrait être le choléra. » Pas du tout, ce ne sont que les tourments de l’amour ! Petit à petit, tout se calmera et une douce amitié se mettra en place.

Et l’on apprend que l’on peut devenir réellement folle de cosmétiques

C’est ce qui arrive à la mère de Florentino, Transito Ariza. Celle-ci, une fois l’âge venue, se met à se farder « dès le réveil », du « noir aux yeux », du « rouge sur les lèvres » et une bonne « couche de poudre sur le visage », avec des ré-applications, tout au long de la journée. « Elle posait des guirlandes de fleurs sur sa tête, maquillait ses lèvres, poudrait son visage et ses bras et demandait à qui était près d’elle comment il la trouvait. »

Et encore…

Une femme âgée (Dona Blanca, la mère de Juvenal) qui véhicule une « odeur camphrée dans ses voiles de veuve » !

Deux cousines (Fermina et Hildebranda Sanchez) qui se poudrent « le visage avec de l’amidon » et se peignent les lèvres « d’une pommade couleur chocolat », pour se faire photographier.

Des disputes autour de plats d’aubergines indigestes, suivis de l’ingestion de plein « bol d’huile de castor » !

Et des odeurs de vieux

Florentino sent sur Fermina « une odeur aigre de vieillesse. » Lui-même exhale « une odeur identique ». « C’était l’odeur des ferments humains tant de fois perçues chez ses amantes les plus anciennes et qu’elles avaient respirée sur lui. » Bref, Florentino rapproche cette odeur de celle de la « charogne » ! Une odeur déplaisante, que Fermina tente de faire passer à l’aide d’un « bain » réalisé avec un « savon parfumé » !

Ce qui n’empêche pas Florentino et Fermina de vivre ensemble paisiblement, Fermina s’occupant du dentier de Florentino (c’est elle qui plonge, désormais, le dentier, chaque soir, dans une solution de bicarbonate de soude et le nettoie le lendemain matin) et Florentino s’accomodant des odeurs de Fermina !

Ce qui n’empêche pas les deux vieux amoureux de tenter une vie conjugale accomplie, avec l’aide de petits verres d’alcool anisé, histoire de se mettre en train !

L’amour aux temps du choléra, en bref

Un roman qui regorge d’allusions à des lavements, à des troubles digestifs. Qui évoque un suicide par ingestion de laudanum ! Qui nous parle de diagnostic, de cas cliniques… qui se plaît à comparer les affres de la maladie avec les affres de l’amour. Chez Gabriel Marquez, l’intestin est un second cœur et parler d’amour ne peut se concevoir que sous la forme de diarrhées verbales. Et, à ce niveau-là, ce roman original qui sort de l’ordinaire est parfaitement réussi !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.

Bibliographie

1 Gabriel Garcia Marquez, L’amour aux temps du choléra, Grasset, 1985, 442 pages