Nos regards
Pour aujourd’hui, un bouquet de pensées cosmétiques impériales

> 17 septembre 2017

Pour aujourd’hui, un bouquet de pensées cosmétiques impériales Si l’on connaît l’empereur romain Marc Aurèle, qui vivait au IIe siècle de notre ère, on connaît sans doute moins le philosophe qui sommeillait (et s’est même réveillé) en lui. Son intérêt pour cette discipline date de sa prime jeunesse. Ses écrits frappés au coin du bon sens visent à regrouper les moyens d’atteindre à la félicité, au quotidien. Ces pensées ont été rédigées à sa seule intention, afin de toujours garder le cap d’une ligne de conduite irréprochable (« Reste simple, bon, pur, grave, naturel, ami de la justice, pieux, bienveillant, amical, résolu à agir comme il convient. Lutte pour rester tel que la philosophie a voulu te faire ») (Marc Aurèle, Pensées, Livres I à VI, Folio Sagesses, 1962, 106 pages) Elles ne resteront pas dans les tiroirs, mais viendront enrichir le patrimoine philosophique de l’humanité.

Rien de bien cosmétique, nous direz-vous et pourtant… pourtant, Marc-Aurèle fait des allusions discrètes au monde de la beauté et de l’esthétisme.

Nous nous proposons, aujourd’hui, de le suivre sur les chemins d’une cosmétologie « raisonnée » (« Ce que je suis : chair, souffle vital et raison »), au travers d’un dialogue qui défie les siècles.

Marc Aurèle, que pensez-vous de l’ostentation dans le luxe ? Que du mal ! Je suis pour la simplicité. « Ne pas se promener chez soi en costume de cérémonie et éviter toute chose du même genre » serait le premier exercice que je conseillerais à toute personne victime de la mode.

Marc Aurèle, que pensez-vous des cosmétiques naturels ? Que du bien ! La nature a toujours raison, elle doit toujours avoir le dernier mot… alors autant s’y conformer ! Je suis un fervent défenseur de « la notion de la vie conforme à la nature ». L’olive me fascine. Il faudrait « traverser » « ce petit instant du temps de la vie » comme une olive bien mûre qui se laisse tomber de la branche qui la porte avec bonne humeur, au moment opportun ! J’aime également observer « la vigne qui produit sa grappe et qui ne cherche rien au-delà »… ou l’abeille qui produit le miel sans en tirer orgueil…

Marc Aurèle, adhérez-vous aux modes cosmétiques ? Elles m’inspirent une grande méfiance. Il faut extirper toute passion de nos vies. « Conserver ses amis sans jamais se dégoûter d’eux ni avoir pour eux une passion folle » peut se transposer au domaine cosmétique. « Conserver ses cosmétiques sans se dégoûter d’eux ni avoir pour eux une passion folle. »

Marc Aurèle, que vous inspire le terme « soin de la personne » ? Les cosmétiques permettent de prendre soin du corps (« prendre soin de
moi-même ») ; ils ne doivent pas être négligés. Beauté et santé doivent être mises en parallèle. Il est bon de prendre « soin de sa propre personne dans la mesure juste sans se passionner pour la vie ni pour l’élégance, mais sans les dédaigner non plus, de manière à y faire assez attention pour utiliser fort peu la médecine, les remèdes ou les emplâtres. » La juste mesure dans l’emploi des cosmétiques… c’est la règle à retenir, à mon sens.

Marc Aurèle, prisez-vous les bains ? Bien sûr, mais sans excès et toujours avec raison. « Ne pas prendre de bains à une heure indue », ne pas se laisser séduire par « la beauté de ses esclaves » sont autant de moyens pour conserver la paix de l’âme. Le bain est un acte hygiénique indispensable. La passion du travail ne doit pas nous faire raccourcir ou même délaisser ce geste quotidien. « D’autres aiment tellement leur métier qu’ils s’absorbent dans leur tâche, sans se baigner et sans manger. »

Marc-Aurèle, quel est selon vous le principe cosmétique du bonheur ? « Rien de dur, d’impudent, de violent, qui puisse faire dire : « Il est en sueur » ».

Marc Aurèle, et les odeurs corporelles, faut-il les combattre ? C’est l’évidence même ! Il est du devoir de chacun de prévenir la personne qui vous offense olfactivement, qu’une solution existe forcément pour traiter son problème ; soyons charitable ! « Te mets-tu en colère contre un homme qui sent le bouc ou dont l’haleine est fétide ? A quoi bon ? Il a la bouche qu’il a ou les aisselles qu’il a ; et d’une telle bouche ou de telles aisselles émane nécessairement telle odeur. – Mais l’homme, dira-t-on, possède la raison, et il peut en y réfléchissant, comprendre quels sont ses défauts – A ton
aise ! Pourtant toi aussi, tu as la raison ; mets donc en mouvement ses facultés raisonnables au moyen des tiennes : guide-le, fais-le penser. S’il comprend, tu le guériras, et il n’y a pas besoin de colère. « Ni tragédien, ni courtisane ».

Marc Aurèle, comment jugez-vous le phénomène de vieillissement ? Comme un véritable bienfait. Dans la nature, l’épanouissement, le mûrissement, le vieillissement des fruits sont synonymes de beauté. Pourquoi ne pas transposer cette vision à l’Homme ? « Les figues, elles aussi, s’ouvrent quand elles sont bien mûres. Et les olives qui mûrissent sur l’arbre, prennent, quand elles sont près de pourrir, une beauté particulière. » « […] même chez les vieux et les vieilles, on pourra voir une certaine perfection, une beauté, comme on verra la grâce enfantine, si l’on a des yeux d’un sage. »

Sages comme l’olive et le raisin bien mûrs qui attendent sagement leur heure, les cosmétiques de Marc Aurèle sont « raisonnables »… Une bonne hygiène, la maîtrise des odeurs corporelles sont des actes de la vie quotidienne qui permettent une vie sociable paisible ! Les cosmétiques au service de la philosophie… Pourquoi pas ?

Un grand merci à Jean-Claude Albert Coiffard, poète et plasticien, qui, grâce à ce collage, nous offre une vision contemporaine de Marc Aurèle !








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