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Pierre et Jean sont dans un bateau... lequel des deux tombera à l’eau ?

> 02 mars 2019

Pierre et Jean sont dans un bateau... lequel des deux tombera à l’eau ?

Pierre et Jean sont dans un bateau.1 Lequel va tomber à l’eau en apprenant que l’un d’eux est le fruit d’une relation extraconjugale ? C’est la question qui taraude le lecteur de ce roman. Si tout commence paisiblement avec une partie de pêche, à bord d’un bateau baptisé « La Perle », entre gens de bonne compagnie, la famille Roland au complet et une pimpante veuve du nom de Rosémilly, tout s’achève dans les larmes, en agitant des mouchoirs blancs en direction du paquebot la « Lorraine » qui emporte l’un des fils Roland digérer sa colère loin du Havre. Dans ce roman, les senteurs sont mêlées. Une petite bonne « sentant le peuple » sert des bières dans un café, pendant que de riches estivants s’ébrouent sur les plages. Ceux-ci portent avec eux des odeurs « d’ajoncs, de trèfles et d’herbes », ainsi que des « senteurs marines » apportées par « les roches découvertes ». « La jalousie » « suinte de la peau » de l’un des frères et crée un climat particulièrement tendu.

En cette fin de XIXe siècle, Guy de Maupassant nous offre une très jolie description de la plage de Trouville, un jour d’affluence. Cette plage est comparée à un « long jardin plein de fleurs éclatantes ». « Les ombrelles de toutes les couleurs, les chapeaux de toutes les formes, les toilettes de toutes les nuances » forment autant de sensations sur la rétine que de taches sur un tableau impressionniste. Dans « l’air léger », les « cris d’enfants qu’on baigne », « les rires clairs des femmes » se juxtaposent pour former l’atmosphère sonore caractéristique d’une station balnéaire en plein été.

On ne vient alors pas sur la plage en petite tenue ; les hommes paradent en costume, les femmes corsetées jusqu’au menton protègent leur peau des effets néfastes du soleil. « Des chapeaux extravagants », des « ombrelles voyantes » permettent aux coquettes d’éviter de bronzer mais leur permettent également de se démarquer au sein d’une foule compacte. Aucun scientifique n’a, pour l’instant, établi de relation entre la largeur du chapeau et le facteur protecteur du couvre-chef en question ; intuitivement les femmes l’ont bien compris, ce sont les chapeaux les plus extraordinaires en matière de dimensions qui sont les plus protecteurs.2

Même pour une partie de pêche à pied, l’on se protège le visage à l’aide d’un « immense chapeau de jardinier, en paille jaune, aux bords démesurés, à qui une branche de tamaris, tenant un côté retroussé » donne un « air mousquetaire et crâne. »

Lorsque la mer monte, les estivants refluent vers les « planches », cette promenade bien commode pour tous ceux qui veulent voir la mer sans mettre les pieds dans le sable (« Les cabines roulantes, attelées d’un cheval, remontaient aussi, et sur les planches de la promenade, qui borde la plage d’un bout à l’autre, c’était maintenant une coulée continue, épaisse et lente, de foule élégante, formant deux courants contraires qui se coudoyaient et se mêlaient. »).

Pour flâner sereinement à Trouville ou ailleurs, mieux vaut se protéger du soleil, pour profiter de la plage en toute quiétude, mieux vaut se munir de tout l’arsenal photoprotecteur à disposition et pour se baigner le cœur léger, on chassera, autant que possible, tout sentiment de haine, de jalousie et toute rancœur !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour cette évocation si personnelle (!) de Maupassant aux bains de mer à Trouville !

Bibliographie

1 de Maupassant G., Pierre et Jean, Grands textes classiques, 1993, 189 pages

2 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-couvre-chef-un-moyen-de-photo-protection-a-privilegier-627






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