Parfum des dieux vivants pour dieu du carnage !
Ferdinand Reille, 11 ans, a cassé la figure à son camarade Bruno Houllié, dans le square de l’Aspirant-Dunand à Paris.1 Bruno avait traité Ferdinand de « balance » ! Résultat : deux dents cassées et des parents en émoi. Confrontation de Véronique et Michel Houllié (les offensés), au domicile de ceux-ci, avec Annette et Alain Reille (les offenseurs).
Dans le salon bourgeois des Houllié se joue alors un psychodrame entre les deux couples, qui composent tantôt deux blocs hostiles, tantôt quatre entités entrant en lutte les unes contre les autres.
Alain, avocat pour un grand groupe pharmaceutique, passe son temps au téléphone, mettant sa femme Annette en rogne, au point que, dans un geste d’énervement, elle envoie valdinguer l’insupportable dans le vase de tulipes !
Annette, un parfum de vomi
Le clafoutis de Véronique ne réussit visiblement pas à Annette, sans doute enceinte, qui vomit sur les livres d’art de la maîtresse de maison ! Catastrophe ! Après l’offense faite au fils… l’offense faite à la mère !
Michel, un parfum de propre
Le livre sur Kokoschka (une édition rare de 1953, aujourd’hui complètement épuisée) a reçu plein de vomi… Michel propose de le nettoyer au Monsieur Propre ou mieux de le nettoyer à l’eau et de le parfumer avec « Kouros » ! « Mets mon Kouros, je ne l’utilise jamais. »
Véronique, un parfum YSL
Véronique suit scrupuleusement les consignes de Michel et pulvérise le parfum en abondance (elle n’y va pas de « main morte ») sur l’ouvrage outragé. Une pulvérisation en quantité incommodante… « C’est terrible cette odeur de Kouros » ! « Abominable » !
Véronique, un parfum de violence
Et les couples se déchirent entre eux (entre les deux couples et au sein des deux couples). Le ton monte… Véronique finit par lancer le sac d’Annette à travers la pièce, mettant en mille morceaux « le poudrier » et le « vaporisateur » qu’il contient !
Annette : « Elle a cassé mon poudrier ! Et mon vaporisateur ! (à Alain) Défends-moi, pourquoi tu ne me défends pas ?… »
Le dieu du carnage, en bref
Tous des monstres ! Alain est prêt à défendre un laboratoire pharmaceutique, qui commercialise un antihypertenseur, source d’effets indésirables ! Annette est prête à défendre son fils contre vents et marées (après tout, Ferdinand a été traité de balance). Michel est un monstre froid, qui n’a pas hésité à mettre le cochon d’Inde de sa fille sur le trottoir, le vouant à une mort certaine. Véronique saoule tout le monde avec sa volonté de sauver le monde par l’esthétisme… Bref ! Un vrai carnage, dans une subtile odeur, mêlant remugle de vomi et notes olfactives triomphantes, inspirées des dieux antiques !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Reza Y., Le dieu du carnage, Magnard, 2011, 105 pages

