Nos regards
Palmolive, un parfum désuet de violette pour intérieur contemporain

> 27 octobre 2017

Palmolive, un parfum désuet de violette pour intérieur contemporain Pour Septimus Piesse, « le parfum qu’exhale la viola odorata (violarées) est si généralement admiré, qu’il serait plus que superflu d’en faire l’éloge. La consommation de l’extrait de violette est telle, que les parfumeurs sont aujourd’hui dans l’impossibilité d’y suffire, et que par la suite il est difficile de se procurer l’article véritable par les voies ordinaires du commerce. » (Piesse S., Histoire des parfums, Paris, Baillière, 1890, 371 pages) Il faut reconnaître que l’obtention du principe odorant des violettes est une opération délicate. L’huile essentielle de violette ne supportant pas la chaleur, c’est la technique de l’enfleurage qui sera pratiquée pour obtenir le précieux parfum.

Marcel Proust, un touche-à-tout cosmétique de génie, nous propose une définition littéraire de cette technique séculaire. C’est le nom de la Princesse de Parme, qui dégage, comme on peut assez facilement l’imaginer, une odeur de violette, qui déclenche, chez Marcel Proust, l’envie d’enfiler la blouse blanche du chimiste-parfumeur. « Mais si j’avais depuis des années - comme un parfumeur à un bloc uni de matière grasse - fait absorber à ce nom de princesse de Parme le parfum de milliers de violettes, en revanche, dès que je vis la princesse, que j’aurais été jusque-là convaincu être au moins la Sanseverina, une seconde opération commença, laquelle ne fut, à vrai dire, parachevée que quelques mois plus tard, et qui consista, à l’aide de nouvelles malaxations chimiques, à expulser toute l’huile essentielle de violettes et tout parfum stendhalien du nom de la princesse et à y incorporer à la place l’image d’une petite femme noire, occupée d’œuvres, d’une amabilité tellement humble qu’on comprenait tout de suite dans quel orgueil altier cette amabilité prenait son origine. (Voir https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/enfleurage-metaphorique-152/). Comme l’a bien compris Marcel Proust si la violette communique son parfum à la graisse, il faut, ensuite, l’en extraire, à l’aide d’un solvant tel que l’alcool.

En 2017, la violette est assez peu présente dans les cosmétiques. Si elle entre toujours dans la composition des parfums (Eau de toilette Arlésienne de L’Occitane, Eau de toilette Violette Fragonard, le Premier parfum Lolita Lempicka...), cette fleur simple et pudique est assez discrète par ailleurs !

Palmolive, une marque qui a basé sa notoriété sur le mariage de l’huile de palme, de l’huile d’olive et de la soude pour formuler des savons présentés comme de véritables produits de beauté capables de protéger la peau du vieillissement, a choisi, en 2017, de faire marcher la machine à remonter le temps. Le gel lavant pour les mains Skin Garden nous propose une balade dans un jardin embaumant la violette. Le code couleur (des petites violettes qui surnagent dans un gel orange) allie l’effet apaisant associé à la teinte parme à l’effet tonifiant associé à la teinte violette (Andrieu B., Sentir sa couleur, Communications, 2010, 86, 1, pages 195-209). Côté couleurs, ce gel lavant ne véhicule donc que de bonnes ondes !

Côté violette, le nom INCI "viola odorata" manque de précisions. Le Cosing (http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.results) répertorie pas moins de 9 ingrédients différents obtenus à partir des fleurs, des feuilles. On nous parle de cire, d’huile essentielle, d’extraits. Dans le cas présent, on ne sait pas quelle partie de la plante est utilisée...

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le gel lavant Palmolive n’est pas un savon liquide. Aucune trace de sel d’acide gras n’est détectée dans la composition. En revanche, on trouvera des tensioactifs de synthèse (sodium C12-13 pareth-sulfate ou sodium laureth sulfate, cocamidopropyl betaine). Le renvoi vers un code de production pour connaître le nom du tensioactif utilisé est un peu compliqué et manque de transparence et surtout n’est pas conforme à la réglementation (nous serons indulgente pour cette fois-ci) !

Pour le reste, on trouve des gélifiants de synthèse et d’hémisynthèse (dérivés de cellulose), des adaptateurs de pH, séquestrant, conservateurs antimicrobiens. Un seul allergène s’est glissé dans la formule...

Pour les amoureux de Marcel Proust... et pour les autres, ce gel bien sympathique trouvera facilement sa place sur les étagères des salles de bains et à proximité des différents points d’eau de la maison !

Palmolive Skin Garden Violette & miel gel lavant pour les mains : aqua, sodium C12-13 pareth-sulfate (*A)/sodium laureth sulfate (*B), acrylates copolymer, cocamidopropyl betaine, parfum, citric acid, sodium chloride, sodium salicylate, sodium benzoate, sodium hydroxide, mannitol, tetrasodium EDTA, cellulose, hydroxypropylcellulose, hydroxypropy methylcellulose, caprylic/capric triglyceride, ammonium methacrylate copolymer, mica, triethyl citrate, decyl glucoside, lauryl polyglucose, viola odorata, mel, alpha-isomethyl ionone, CI 15510, CI 51319, CI 74160, CI 77891 * A/B voir code de production






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