Nos regards
Ovide, la star antique du relooking

> 24 septembre 2017

Ovide, la star antique du relooking Tout le monde connaît désormais Cristina Cordula, cet ancien mannequin qui s’est lancé dans le relooking, en 2002, en créant son agence de conseil en style. Mettant à profit tout ce qu’elle a acquis durant ses activités de top-modèle pour les plus grands noms de la couture, Cristina décide de se mettre au service de Madame Tout le Monde. Emissions de télévision (« Les Reines du Shopping »...), ouvrages (« 40 relooking pas à pas »...), Cristina communique sur le sujet qui lui tient à cœur et prodigue ses conseils sur tous les tons... Son affectueux « Ah là là, ma chérie.... ça va pas dou tout ! » qui s’adresse, comme on peut le supposer aisément, à la femme qui a tout raté du point de vue de son habillement, de son maquillage ou encore du choix des accessoires, est désormais sa marque de fabrique. Munie des précieux conseils de Cristina, Madame Tout le Monde peut aborder la vie sereinement ; désormais elle possède le bagage nécessaire pour plaire, pour séduire...

En 2017, on a tendance à oublier qu’il y a eu des conseillers en image aussi connus que Cristina ! Le poète Ovide en est un bon exemple. Ses conseils sont étonnamment modernes et en concordance avec ce qui est pratiqué de nos jours.

Cet avocat, poète à ses heures, a laissé à la postérité un certain nombre d’ouvrages qui traitent, entre autres, de la beauté et des cosmétiques, moyens pratiques pour ses lectrices les moins bien loties de rectifier les petites ou grandes erreurs de la nature ! Au tout début de notre ère, Ovide publie « L’art d’aimer » un ouvrage dans lequel il se propose de donner des leçons claires et précises en matière de séduction, et ce aussi bien aux hommes (« Si parmi vous, Romains, quelqu’un ignore l’art d’aimer, qu’il lise mes vers ; qu’il s’instruise en les lisant et qu’il aime. ») qu’aux femmes (« Mais voici qu’à son tour le beau sexe me demande aussi des leçons. C’est à vous, jeunes beautés, que je réserve celles qui vont suivre. »). Ces dernières composent la majorité de son auditoire (« La foule de mes élèves se compose de belles et de laides ; et ces dernières sont toujours en plus grand nombre. »). Ovide distille ses conseils grâce à ses ouvrages et par le biais du bouche à oreille (système de communication antique fonctionnant sur le principe de ce que nous appelons aujourd’hui réseaux sociaux).

Pour les hommes, les conseils esthétiques sont centrés sur la notion de sobriété et de propreté. L’usage des cosmétiques doit être réduit à sa plus simple expression. « Une simplicité sans art est l’ornement qui convient à l’homme. » Toutes les pratiques habituellement réservées aux femmes (frisage des cheveux, gommages réalisés afin d’obtenir une peau lisse et douce...) déclenchent la colère d’Ovide lorsqu’il les voit adoptées par les hommes. « D’ailleurs renonce au futile plaisir de friser tes cheveux avec le fer chaud, ou de lisser ta peau avec la pierre ponce. » Les erreurs cosmétiques faites par les femmes ne doivent pas être reprises par les hommes. Ovide met en garde les femmes comme les hommes contre les traitements capillaires destructeurs (la chaleur, les tresses serrées, les teintures agressives...) qui aboutissent à des chutes de cheveux fort mal vécues (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/conseils-cosmetiques-ovidiens-354). La virilité doit être recherchée. « [...] ne crains pas de hâler ton teint aux exercices du Champ-de-mars. » Il n’est pas du goût d’Ovide de se protéger du soleil. Plus la peau sera tannée plus elle témoignera d’activités athlétiques réalisées en plein air (« [...] et vous qui, dans la lutte, briguez la couronne de l’olivier, une peau trop blanche vous serait une honte. »).

L’hygiène est le maître-mot. Il faut être propre, se laver consciencieusement. Une toilette scrupuleuse doit éliminer toute salissure de la peau ; de la même façon, toute tache sera chassée systématiquement des vêtements. Hygiène bucco-dentaire (« Ne laisse point d’aspérités sur ta langue, point de tartre sur l’émail de tes dents [...] » « [...] surtout que ton haleine n’infecte pas l’air autour de toi, et prends garde de blesser l’odorat par cette odeur fétide qu’exhale le mâle de la chèvre. »), hygiène de la chevelure (« Que tes cheveux, mal taillés, ne se hérissent pas sur ta tête ; mais qu’une main savante coupe et ta chevelure et ta barbe. »), hygiène des ongles (« Que tes ongles soient toujours nets et polis ») sont les trois règles de base incontournables pour qui souhaite se faire aimer. Le barbier ne se limitera pas à la chevelure et à la barbe de son client ; il s’assurera qu’aucun poil ne vient à sortir des narines de celui qui a confié sa mise en beauté entre ses mains. La manucure réalisera également un soin complet des ongles. L’homme devra prendre soin de lui sans toutefois tomber dans le piège de la coquetterie, défaut qui doit être laissé aux jeunes femmes.

Pour lutter contre les ravages des ans, point de solutions cosmétiques à l’horizon (« La beauté est un bien périssable ; avec les années, elle ne cesse de décroître [...] »). Les cheveux blanchiront, les rides se creuseront sur les visages et sur les nuques... Laissons faire la nature et « pour relever ta beauté, forme-toi un esprit à l’épreuve du temps : c’est le seul bien qui nous accompagne jusqu’au tombeau. » Les soins anti-rides seront remplacés par les soins de l’esprit (« Donne un soin assidu à la culture des beaux arts, à l’étude des deux langues. »). L’homme séduisant parle aussi bien la langue latine que le grec...

Ovide laisse l’homme libre de choisir sa garde-robe. Quant à sa posture, elle devra être la plus martiale possible !

Un dernier conseil tout de même, la séduction passe par la flatterie. Il sera bon de travailler son vocabulaire pour vanter aussi bien la belle que la laide. « Est-elle un peu louche : compare-la à Vénus, est-elle rousse : c’est la couleur de Minerve. Celle qui, dans sa maigreur, semble n’avoir qu’un souffle de vie a la taille svelte. Elle est petite : tant mieux ! elle en est plus légère. Sa taille est épaisse : c’est un agréable embonpoint. Déguise ainsi chaque défaut sous le nom de qualité qui en approche le plus. »

Pour les femmes, Ovide se fait fort de leur apprendre « l’art de se faire aimer ». Une beauté apprêtée est souvent nécessaire, elle devra pour être convaincante paraître le plus naturel possible. Cosmétiques et artifices devront se faire oublier (« Que l’art vous embellisse sans se montrer. »). Les « petites boîtes qui servent à ses apprêts » seront escamotées afin de ne pas heurter l’œil de la personne que l’on cherche à séduire.

La propreté est là encore la première règle à respecter. Il faut « prendre garde que vos aisselles n’offensent » l’odorat des personnes de l'entourage. Prendre soin de ses dents (« [...] laver tous les matins votre bouche avec une eau limpide. ») afin qu’elles ne noircissent pas est un geste de bon sens quotidien. Le brossage se fera en privé, bien entendu.

Chaque femme choisira la coiffure qui lui sied le mieux (« Il est mille manières de la disposer ; [...] elle doit avant tout consulter son miroir. »). Elle choisira un visagiste (qui adapte la coiffure à sa morphologie) plutôt qu’un coiffeur qui coupe les cheveux en quatre ! Visage allongé rime avec raie médiane sur le front, visage arrondie s’accorde avec un « nœud léger sur le sommet de la tête ». Cheveux flottants sur les épaules, tresses serrées sur les tempes, boucles souples, il existe autant de coiffures que de types de femmes. L’art du coiffé - décoiffé est le summum de l’art capillaire. « [...] on la croirait de la veille : elle vient d’être ajustée à l’instant même. » Lorsque les cheveux blanchiront, il ne faudra pas hésiter à les teindre (en choisissant le « bon » produit) (« [...] l’art leur donne une couleur d’emprunt, préférable à leur couleur naturelle. »). Une perruque remplacera à merveille les cheveux qui font défaut. Si le brossage des dents en public décourage l’amour, le brossage des cheveux est un geste extrêmement élégant dont il ne faut pas se priver.

Les canons de la beauté en vigueur seront respectés : teint blanc (à l’aide de préparations à base de céruse ou de graisse de crocodile si nécessaire) et pommettes « rosies de carmin » ou au « vermillon pourpré » (« les couleurs que la nature vous a refusées. »). Le maquillage-type n’est pas extrêmement sophistiqué. Les produits de maquillage devront posséder un parfum neutre (s’abstenir de préparations à base de lanoline dont « l’odeur nauséabonde » en effraierait plus d’un) et posséder une bonne tenue dans le temps (« Qui de nous pourrait, sans dégoût, voir le fard qui enduit votre visage tomber entraîné par son poids, et couler sur votre sein ? »). Les fonds de teint nude (effet peau nue), Superstay 24h (sans transfert pendant une journée complète) mis au point de nos jours n’auraient pas manqué de forcer l’admiration du poète !

Si les poils sont traqués avec minutie sur l’ensemble du corps (l’épilation occupe toute une armée d’esclaves formées à cette intention), ceux des sourcils doivent être touffus et il est de bon ton de pouvoir relier les deux sourcils de manière artificielle par un trait de cosmétique noir à base de cendre par exemple.

Les vêtements seront choisis en fonction de leur couleur. « Choisissez avec goût ; car les couleurs ne conviennent pas également toutes à toutes. » Le noir pour la blonde, le blanc pour la brune... quant aux couleurs diverses et variées (bleu azuré, jaune d’or, vert d’eau, safran, améthyste pourprée, rose tendre, châtaigne...), il faut essayer et choisir la plus appropriée. Le vêtement devra masquer les défauts. Par exemple, une femme « trop mince » sera habillée « d’étoffes épaisses ». « Un large manteau » donnera du relief à une femme trop frêle. « De minces coussinets » placés habilement au niveau des épaules viendront remettre d’aplomb un édifice penchant.

Pour la posture, là encore, il faudra dissimuler au mieux les diverses disgrâces. Une femme jugée trop petite recevra assise afin de masquer ce défaut. Les belles mains s’agiteront tout au long de la conversation, « gros doigts » et « ongles raboteux » se cacheront subtilement. De belles dents seront dévoilées par des sourires et des rires plaisants à voir et à entendre, les dents « noires, ou trop longues, ou mal rangées » ne seront exposées qu’avec parcimonie. On apprendra devant un miroir à creuser ses fossettes afin de compter à son actif « un charme de plus. » L’art de la démarche sera enseigné dès le plus jeune âge. « [...] il est dans la démarche une grâce qui n’est point à dédaigner ; par là une femme attire ou éloigne les amants. » Un juste milieu est nécessaire. Evitez les « grandes enjambées » trop rustiques, évitez de même les démarches chaloupées qui témoignent de « trop de mollesse et de prétention. »

Depuis que le conseil en image existe c’est-à-dire depuis la nuit des temps, les recommandations qui sont faites aux personnes qui s’inscrivent à des stages ou qui consultent les ouvrages traitant du sujet sont les mêmes : Gnothi seauton. Pour chacune, il existe des règles à respecter en matière d’habillement, de coiffure, de maquillage... Restent à les connaître et à les respecter ! Et ainsi devenir vraiment... magnifaïk !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui nous donne à voir aujourd’hui Ovide en conseiller en image d’un genre très spécial !






Retour aux regards