Olus oil, what else ?

En matière de composition cosmétique, le consommateur a droit à la transparence, depuis toujours, pour une simple question d’honnêteté. Une transparence qui revêt, toutefois, un caractère obligatoire depuis 1993 et qui se traduit par la présence d’une liste d’ingrédients fièrement affichée sur tout emballage cosmétique qui se respecte et dont la taille permet, matériellement, cet affichage.

Pourtant, en matière d’ingrédient cosmétique, il en est au moins un dont la capacité à se laisser traverser par les rayons lumineux pose souci… Cet ingrédient c’est celui qui est connu dans le domaine cosmétique sous le nom d’Olus oil.

Un ingrédient, qui fleure l’huile à plein nez, mais ne révèle pas complètement son identité.

C’est parti pour une rapide enquête concernant cet ingrédient-mystère, en rappelant, au préalable, quelques points importants d’une Directive qui fait date.

La Directive 93/35/CEE, entre transparence et opacité

Cette directive, publiée en Juin 1993,1 apporte des précisions en matière de transparence cosmétique, mais permet, tout de même, que subsistent quelques zones d’ombre (dans lesquelles l’industrie pourra s’abriter d’un soleil parfois trop ardent !), en précisant que tous les ingrédients incorporés dans la formule doivent être mentionnés sur l’emballage, à l’exception des « impuretés » (contenues dans les matières premières), des « substances techniques subsidiaires » (qui, bien qu’utilisées lors de la fabrication, n’ont pas vocation à se retrouver dans le produit fini) et des « solvants ou vecteurs de compositions parfumantes ou aromatiques » (des substances utilisées en « quantité indispensable » susceptibles de se retrouver dans le produit fini).

La Directive 93/35/CEE, des ingrédients énumérés dans un ordre précis

Il est également important de rappeler que les ingrédients ne sont pas présentés au hasard dans la liste des ingrédients, mais sont, au contraire, rangés dans un ordre bien précis. L’appel se fait de la substance utilisée en plus grande quantité, pour aller progressivement, en suivant « l’ordre décroissant de leur importance pondérale », vers la substance utilisée en moindre quantité. En précisant que les ingrédients « balancés » dans le chaudron magique sont ceux qui figurent sur la liste des ingrédients et que l’on ne s’occupe pas des réactions chimiques qui peuvent se produire in situ.

La Directive 93/35/CEE, des ingrédients nommés d’une façon précise

Puisque l’industriel a désormais l’obligation d’indiquer sur l’emballage le nom des ingrédients incorporés… y a plus qu’à… répertorier tous les ingrédients cosmétiques à disposition. La Commission de cosmétologie se voit ainsi confier la tâche, dans les années 1990, de dresser un « inventaire », le plus complet possible et que l’on pourrait qualifier « d’à la Prévert »,2 tant il regroupe de matières premières hétéroclites. On y trouve, tout comme dans l’énumération faite par le poète, de la pierre (ponce, par exemple) sous le nom de « pumice » ou des coquilles d’huitres broyées (Ostrea shell powder) pour se faire, par exfoliation, la peau douce3,4 ou bien encore des extraits de citron, utilisés comme parfum5… On y trouve de tout, mais certainement pas de raton laveur !

Cet inventaire, se présentant initialement sous un format pdf ou papier, prend la forme d’un site baptisé CosIng, en 2008.6 Un site très pratique constitué de milliers de monographies, correspondant à des milliers d’ingrédients susceptibles d’être retrouvés dans des cosmétiques du commerce.

Un ingrédient opalescent !

Il est possible de trouver dans certains produits cosmétiques du commerce un ingrédient qui ne manque jamais de nous surprendre. Un ingrédient, qui émarge au CosIng sous le nom de « Olus oil » ou de « Vegetable oil » et y est défini comme étant une huile obtenue par expression d’un végétal et composée de triglycérides formés d’acides gras,7,8 à caractère émollient, conditionneur capillaire et cutané, occlusif.

Une huile végétale… rien de très précis, ni de très transparent.

Un ingrédient très difficile à saisir !

Si l’on s’intéresse aux numéros CAS (68956-68-3) et EC (273-313-5) mentionnés sur le site du CosIng, on commence à en savoir un peu plus puisque ces numéros font référence à l’huile d’amande,9 nous dit-on, à une huile renfermant des acides gras en C16 et C18.10 De l’huile d’amande, on passe ensuite à l’huile de fleurs de la passion,11 à l’huile de marula12… Ou même à l’huile d’olive pure !13

Pour la marque Typology et pour Fun!Ethic, pas de doute, l’Olus oil n’est pas une matière première simple, mais un mélange d’huiles, un mélange d’huiles de canola et de tournesol.14,15 Pas un liquide en tout cas, nous affirme Ataman Chemicals, prêt à nous livrer des pots entiers d’huile d’Olus, sous la forme d’une graisse blanche.16 Oui, oui, en effet, un pâteux de couleur blanche, composé de l’association de triglycérides d’acide caprylique et caprique et d’huile de colza hydrogénée, précise Alexmo.17

Cette huile, sans faire de vilain jeu de mots, a donc une propension terrible à nous glisser entre les doigts, puisqu’elle nous échappe, à peine saisie. On croit tenir de l’huile d’amande et, en fait, c’est de l’huile d’olive… quand ce n’est pas autre chose.

Olus oil, en bref

Au sujet de l’huile d’Olus… on n’y voit pas très clair. Un peu comme si quelqu’un de mal intentionné s’était amusé à beurrer nos verres de lunettes avec une huile grasse de nom inconnu !

Vous dire ce que contient précisément votre cosmétique lorsque sa liste d’ingrédients mentionne la présence d’Olus oil paraitrait bien présomptueux. A chacun son Olus oil, si l’on croit les informations trouvées sur la toile !

Et que dire de sa version hydrogénée (soit : Hydrogenated vegetable oil) ? Et bien… la même chose que pour la forme liquide, mais en version solide, puisque l’on sait que l’hydrogénation d’une huile végétale liquide l’a conduit à un corps solide !

En bref, et en résumé, et en clair, il conviendrait de clarifier, de préciser, par souci de transparence, la monographie de cet ingrédient étrange qui, selon les sociétés, est ceci… ou bien cela !

Bibliographie

1 https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:31993L0035

2 https://www.artpoetique.fr/poemes/l_inventaire.php

3 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/79127

4 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/35760

5 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/85122

6 https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/memo_08_312

7 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/35729

8 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/92470

9 https://www.interchimie.fr/wp-content/uploads/HUILE-DAMANDE68956-68-3.pdf

10 https://www.atamanchemicals.com/olus-oil_u8369/?lang=FR

11 https://www.chemicalbook.com/ProductChemicalPropertiesCB5144978_EN.htm

12 https://www.parchem.com/chemical-supplier-distributor/marula-seed-oil-014222

13 https://saint-victor-marseille.com/blogs/principes-actifs-1/quest-ce-que-lolus-oil-et-quel-est-son-role

14 https://www.typology.com/carnet/qu-est-ce-que-le-olus-oil-et-quelle-est-son-utilite?srsltid=AfmBOoobLLnGfIJjJk7om-42Jk3y1nt3jnglDTvBJ-64Ue8OBJox1Ezo

15 https://funethic.bio/points-de-vente

16 https://www.atamanchemicals.com/olus-oil_u25584/?lang=FR

17 https://www.alexmo-cosmetics.de/Olus-Oil_1