Nos regards
Non vraiment, le Synthol n’est pas un cosmétique !

> 05 mai 2018

Non vraiment, le Synthol n’est pas un cosmétique ! Dans « L’étoile Vesper » (1946), Colette règle ses comptes avec Maurice Bunau-Varilla, directeur du journal « Le matin », un despote « haut comme trois pommes ».

Cet homme, qui « patronnait commercialement certains produits pharmaceutiques », avait recours, sans vergogne, au personnel placé sous ses ordres, pour tester les différentes panacées dont il se plaisait à se faire le représentant. Mycolisine et Synthol sont les deux spécialités qui laissèrent à Colette des souvenirs plus ou moins amusants.

Le second mari de Colette, Henri de Jouvenel, se vit administrer la Mycolisine, au demi-litre ; il en resta pantelant durant trois jours. Sans la précieuse Mycolisine, c’eût été pire s’entêtait le patron de presse, fervent défenseur de cette spécialité. Rappelons que la Mycolisine du Dr Doyen, bien connue de Marcel Proust, était indiquée « dans les affections aigues des voies respiratoires, dans les phlegmons profonds, dans les lymphangites infectieuses, les fièvres éruptives et la grippe. » A base de lie de vin de Bordeaux et de vin de liqueur en proportions un quart, trois quart, la solution devait être diluée en cas d’administration orale (Julien P., Cotinat L. Spécialités pharmaceutiques citées par Marcel Proust, Revue d’histoire de la pharmacie, 1982, 255, page 308). Utilisée pure en cas de fièvre... et selon une posologie gargantuesque, on imagine aisément l’état du patient !

Le Synthol, quant à lui, s’était vu doté, en sus de ses propriétés antiseptiques, d’un pouvoir cosmétique attrayant. « Plus tard le propriétaire du Matin enseigna que le Synthol administré en lotions capillaires, restitue aux cheveux blanchissants leur teinte originelle. Il prêcha d’exemple, moyennant quoi, disait, Jouvenel qui gardait rancune à la pharmacopée maison, nous sûmes que la couleur originelle des cheveux de Varilla était un rose agréable, légèrement saumoné. »

Varilla, cet homme au « nom cinglant - Varilla, signifiant en espagnol « petite baguette » - avait fait, à ses frais, l’expérience du mésusage, expérience que nous nous plaisons à condamner (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/le-mesusage-un-acte-surrealiste-123/) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/crayola-mega-baume-levres-finalement-ni-pour-les-levres-ni-pour-les-dessins-297/) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/l-eau-de-botot-la-solution-a-tous-les-maux-206/) (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/quand-le-dentifrice-se-prend-pour-un-test-de-grossesse-372/) et qui prend ici, sous la plume de Colette, une saveur toute particulière.

Synthol « ça fait » (peut-être) « du bien quand ça fait mal »... mais ce n’est pas indiqué pour un usage cosmétique !

Un grand merci à Jean-Claude Albert Coiffard, poète et plasticien, qui nous donne à voir, aujourd’hui, ce qu’est le mesusage…

Synthol solution pour application cutanée : lévomenthol, résorcine, vératrol, acide salicylique, éthanol à 96 %, cédrat essence, jaune de quinoléine, géranium essence, eau purifiée (https://www.vidal.fr/Medicament/synthol-15915.htm).






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