Nos regards
Médusyl Quies, un PPS qui nous laisse médusées !

> 04 juin 2018

Médusyl Quies, un PPS qui nous laisse médusées ! Les cnidaires (du grec knide, ortie) sont des invertébrés marins retrouvés dans les mers et les océans, sur l’ensemble du globe. Du point de vue morphologique, ces animaux sont de constitution très simple, un sac jouant le rôle de système digestif et des tentacules permettant le déplacement, mais renfermant également des cellules (ou capsules) urticantes, dénommées cnidoblastes, cnidocytes ou nématocytes, dont la fonction est double : capturer des proies et se défendre. Chaque cellule (il en existe des milliers par tentacule) renferme un organite, le cnidocyste ou nématocyste. Selon les espèces, la morphologie du nématocyste peut varier. 25 à 30 types différents sont connus de nos jours. De façon immuable, on retrouve une capsule cylindrique fermée par un opercule et un filament ou tubule plongeant dans une solution aqueuse de composition complexe. Le filament est muni d’un harpon ; il est comparé par certains auteurs à du fil barbelé. C’est ce harpon, comme on peut s’en douter, qui vient se ficher dans la peau de la proie et qui injecte un venin pour la paralyser. Lors d’un influx chimique ou mécanique, on constate un gradient de concentration en calcium ce qui provoque une entrée massive d’eau au niveau du nématocyste ; la pression est telle que le fil barbelé se déroule et se fiche dans la proie (Guéguen J-C., Biodiversité et évolution du monde animal, Les cahiers de la biodiversité, 2017). Ce phénomène d’exocytose est extrêmement rapide ; il se fait en seulement 3 ms (Kitatani R, Yamada M, Kamio M, Nagai H., Length Is Associated with Pain: Jellyfish with Painful Sting Have Longer Nematocyst Tubules than Harmless Jellyfish., PLoS One., 2015, 26, 10, 8, e0135015).

Les méduses se répartissent en 4 classes : les hydrozoaires (ex l’homme de guerre portugais), les scyphozoaires (vraies méduses telle que Pelagia noctiluca), les cubozoaires (Chironex fleckeri ou guêpe de mer) et les anthozoaires (anémones et corail). Certaines sont fixées, d’autres sont mobiles. La toxicité de la piqûre de méduse varie selon les espèces : la plupart des piqûres de méduses provoquent une sensation de brûlure douloureuse, mais les symptômes observés sont généralement de courte durée (C. Abellaneda, R. Navarra, M.T. Martín-Urda, M. Gómez, Jellyfish Sting or Tattoo?, Actas Dermo-Sifiliográficas (English Edition), 103, 3, 2012, 243-244). Les espèces exotiques peuvent, toutefois, être beaucoup plus dangereuses et s’avérer responsables de troubles cardiaques et respiratoires pouvant aboutir au décès de la victime.

Des molécules neurotoxiques, cytotoxiques et protéolytiques présentes dans le venin sont responsables des effets nocifs. Dans le cas de Pelagia noctiluca, une méduse fréquemment rencontrée en Méditerranée, des effets hémolytiques, neurotoxiques et cytotoxiques ont pu être observés avec le venin brut (Sophie Badré, Bioactive toxins from stinging jellyfish, Toxicon, 91, 2014, Pages 114-125).

Si la littérature est abondante en ce qui concerne les piqûres de méduses, les travaux cherchant à mettre au point une préparation répellente permettant d’éloigner les méduses sont beaucoup plus rares. Pour notre part, nous n’avons trouvé qu’une seule publication mettant en avant les bénéfices obtenus avec une préparation anti-méduses. Cette préparation renferme, outre des filtres UV, un excipient hydrophobe qui permet de former une barrière protectrice entre la peau et la méduse. Tous les PPS résistants à l’eau sont donc intéressants de ce point de vue. L’incorporation de glycosaminoglycanes dans l’excipient permet de constituer un leurre pour la méduse qui en produit elle-même. L’ajout d’un antagoniste (son nom chimique n’est pas précisé) qui permet de bloquer le signal responsable de la stimulation de la cellule urticante est également présent. Enfin, du calcium et du magnésium s’opposent au déclenchement de la sortie du harpon responsable de la piqûre (Alexa Boer Kimball, Karina Zuelma Arambula, Arlen Ray Stauffer, Valeh Levy, Paul S. Auerbach, Efficacy of a Jellyfish Sting Inhibitor in Preventing Jellyfish Stings in Normal Volunteers, Wilderness & Environmental Medicine, 15, 2, 2004, 102-108).

Sur le marché français, on trouve le PPS Médusyl SPF 30 qui se présente à la fois comme un produit anti-piqûres et comme un produit photo-protecteur. Ne disposant pas de méduses, nous ne donnerons pas notre avis sur cet aspect de cette formule. Précisons tout de même que l’excipient hydrophobe est bien présent (le cyclopentasiloxane figure en tête de la liste des ingrédients), glycosaminoglycanes, calcium et magnésium aussi.

Le chlorure de lanthane est également un actif retrouvé dans la formule. Il est présenté comme un actif astringent au niveau du Cosing (http://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/index.cfm?fuseaction=search.details_v2&id=34866). Les publications traitant d’un usage cosmétique de cet ingrédient sont rares. Des tests ont été réalisés dans les années 1980 afin de voir son effet sur la plaque dentaire. Celui-ci est nul (Beazley VC, Thrane P, Rölla G., Effect of mouthrinses with SnF2, LaCl3, NaF and chlorhexidine on the amount of lipoteichoic acid formed in plaque., Scand J Dent Res. 1980 Jun, 88, 3, 193-200). On rapporte, en revanche, un effet intéressant des ions La3+ qui seraient capables d’inactiver le venin de méduse, en provoquant une précipitation de certaines molécules toxiques entrant dans la composition du venin, telles que les protéines (Zhang H, Wang Q, Xiao L, Zhang L., Intervention effects of five cations and their correction on hemolytic activity of tentacle extract from the jellyfish Cyanea capillata., PeerJ., 2017, 9, 5, e3338).

Une association de filtres UV (ethylhexyl methoxycinnamate, ethylhexyl salicylate, octocrylene, butyl methoxydibenzoylmethane, titanium dioxide) est incorporée dans l’excipient. Le SPF déterminé par nos soins (SPF = 33) est en accord avec la mention affichée. Le facteur de protection UVA est de 15. Ce produit est très résistant à l’eau. On constate même une augmentation de son efficacité après 40 minutes d’immersion dans l’eau (SPF = 46 ; FP-UVA = 18).

Ajoutons qu’en cas d’échec de ce produit vis-à-vis des méduses, il est utile de connaître les gestes qui sont les plus appropriés.

En cas de piqûre, en ce qui concerne la conduite à tenir les avis sont partagés ; si l’Australian Resuscitation Council recommande comme premiers gestes l’application de vinaigre puis de glace, d’autres auteurs préconisent plutôt de placer le membre atteint dans l’eau chaude et même la plus chaude possible (Mark Little, Richard Fitzpatrick, Jamie Seymour, Successful use of heat as first aid for tropical Australian jellyfish stings, Toxicon, 122, 2016, 142-144). C’est sans parler de ceux qui sont favorables à l’application d’urine (en ce qui nous concerne, cette technique nous semble loin d’être idéale), de bicarbonate de sodium, de viande… (Beilei Wang, Dan Liu, Guoyan Liu, Xin Zhang, Liming Zhang, Protective effects of batimastat against hemorrhagic injuries in delayed jellyfish envenomation syndrome models, Toxicon, 108, 2015, 232-239).

Eau chaude ou eau froide ? Une équipe libanaise met tout le monde d’accord en proposant un protocole clair des soins à apporter aux victimes de méduses. On commencera par laver la zone atteinte à l’eau de mer, on plongera pendant au moins 30 secondes le membre atteint dans du vinaigre (concentration en acide acétique de l’ordre de 4 à 6 %) dans le cas des méduses suivantes : Carukia barnesi, Carybdea alata et Pelagia noctiluca, on éliminera les tentacules rapidement (en prenant garde de ne pas le faire à mains nues, mais en utilisant par exemple une pince à épiler ; carte de crédit ou lame de rasoir ne sont pas indiquées du fait de la pression exercée sur la peau), on plongera 20 minutes dans l’eau chaude sauf pour Chironex fleckeri, on pourra appliquer des compresses froides dans le cas des méduses tropicales et dans les autres cas lorsque la douleur persiste après traitement par l’eau chaude. On pourra apaiser la douleur grâce à des antalgiques et traiter l’inflammation à l’aide de corticoïdes locaux et d’anti-histaminiques. Prévoir une antibiothérapie locale dans certains cas… (Najla A. Lakkis, Grace J. Maalouf, Dina M. Mahmassani, Jellyfish Stings: A Practical Approach, Wilderness & Environmental Medicine, 26, 3, 2015, 422-429). Attention vinaigre et méduse de type physalie (également nommée galère portugaise ou Blue Bottle Jellyfish) ne font pas bon ménage, puisque le vinaigre promeut la décharge du nématocyste (Daniel G. Ostermayer, Alex Koyfman, What Is the Most Effective Treatment for Relieving the Pain of a Jellyfish Sting?, Annals of Emergency Medicine, 65, 4, 2015, 432-433). Une seule préparation anti-venin (contre Chironex fleckeri) est disponible sur le marché depuis les années 1970 (Remigante A, Costa R, Morabito R, La Spada G, Marino A, Dossena S, Impact of Scyphozoan Venoms on Human Health and Current First Aid Options for Stings, Toxins (Basel), 2018, 23, 10, 4).

Un dernier mot tout de même, le parfum incorporé dans Médusyl comporte du Lyral (hydroxyiso-hexyl-3-cyclohexene carboxaldehyde), un allergène tout récemment interdit. Une mise en conformité de la formule s’impose donc !

Medusyl Quies : Aqua, cyclopentasiloxane, ethylhexyl methoxycinnamate, ethylhexyl salicylate, octocrylene, butyl methoxydibenzoylmethane, stearyl dimethicone, polyglyceryl-4 diisostearate/polyhydroxystearate/sebacate, propylene glycol, titanium dioxide, cetyl dimethicone, panthenol, tocopheryl acetate, glycoproteins, hydrolyzed glycosaminoglycans, plankton extract, lanthanum chloride, magnesium chloride, calcium chloride, trimethoxycaprylylsilane, benzyl alcohol, benzoic acid, sorbic acid, dehydroacetic acid, parfum, benzyl salicylate, citronellol, hydroxyiso-hexyl-3-cyclohexene carboxaldehyde, butylphenylmethylpropional, limonene, linalool, sodium citrate, tetrasodium EDTA, salix nigra bark extract, potassium sorbate, butylene glycol.






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