Massez, frictionnez, tapotez, caressez… autant de gestes cosmétiques qui ne se valent pas !
Frictionner sa peau de manière excessive à l’aide de cosmétiques peut engendrer des phénomènes d’acné réactionnelle.1 Se frotter à une personne dont la peau est enduite d’un médicament topique induit un transfert d’actif de peau à peau non souhaitable dans le cas des principes actifs médicamenteux.2 Selon la façon d’appliquer les produits topiques sur la peau, les conséquences ne seront pas les mêmes. En avons-nous conscience ? Sûrement pas… D’où un Regard pour changer son regard en matière d’application des cosmétiques.
Masser dans le sens inverse de la pousse du poil !
S’il est bon de caresser ses semblables dans le sens du poil, il est, en revanche, plus judicieux, de masser la peau à l’aide d’une préparation médicamenteuse ou cosmétique, en allant à contresens de la pousse du poil. En effet, en pratiquant ainsi on constate l’augmentation de la pénétration cutanée de certains actifs,3 comme la caféine, par exemple.4 Cinq minutes de massage permettent, ainsi, de multiplier par 6 la concentration en caféine dans l’épiderme vivant et le derme.5 Certains auteurs parlent de « métamorphose » des molécules actives, lors du frottement, une métamorphose qui se traduit par des changements de nature cristallographique et par une réduction de la taille des particules.6
On comprend, dans ces conditions, que, selon ce que l’on souhaite obtenir (une action de surface ou une action en profondeur), on réalisera un massage de la peau dans le sens ou à contresens de la pousse du poil… ou pas !
Masser de toutes les façons quand on veut faire pénétrer les actifs !
On sait que cette action mécanique appliquée sur la peau engendre une altération de la fonction barrière cutanée (un « ramollissement de la couche cornée »),7 qui est d’autant plus importante que la pression exercée est forte.8 Une pression qui permet aux actifs cosmétiques ou aux principes actifs médicamenteux de franchir la barrière cornée et d’entamer une descente verticale vers le tissu vivant.9,10 S’ajoutent à cela une augmentation de la température cutanée et un afflux sanguin, deux paramètres favorables au phénomène de pénétration transdermique.11
Masser, certes… mais pas avec n’importe quoi !
C’est ce que nous signale une étude japonaise qui nous montre qu’il faut être vigilant lorsque l’on utilise des serviettes (et précisément des serviettes en nylon) mises à dispositions dans certains spas. Ces serviettes, niches de Pseudomonas aeruginosa, peuvent engendrer chez les personnes qui se frottent à elles des folliculites, dont il est difficile de se débarrasser.12 Donc friction ou massage avec une serviette propre fortement recommandé !
Quant à se masser avec un crapaud ou avec des décoctions diverses plus ou moins rhumées,13 en mode remède-maison afin de traiter une pustule, il vaut mieux éviter si l’on ne veut pas voir son état général et cutané s’aggraver !14
Appliquer en couche épaisse et homogène sans frotter !
Dans le cas des produits de protection solaire, on sait que l’effet photoprotecteur est proportionnel à l’épaisseur du film présent sur la peau, il est donc inutile et même néfaste de masser/frotter pour faire pénétrer la crème.15-17
Effleurer avec le bon produit dans certains cas
Une publication japonaise, sponsorisée par la société Kao, montre, ainsi, que le frottement réalisé lors du nettoyage/du démaquillage par des volontaires souffrant de dermatite atopique aggrave leur situation cutanée. Afin d’améliorer cette étape de démaquillage, les auteurs préconisent l’emploi d’une huile démaquillante, qui ne nécessite pas de frottements pour être efficace. Après 4 semaines de nettoyage en douceur, les volontaires présentent une peau mieux hydratée, moins irritée avec une réduction du prurit.18 Intéressant à savoir pour toutes les personnes souffrant de dermatoses utilisant des produits de maquillage waterproof difficiles à éliminer.
Tapoter et caresser avec le bon produit
Dans le cas de certaines situations pathologiques (dermatite due à l’incontinence) chez certaines populations (peau fragilisée), il convient de nettoyer la peau avec les gestes les plus doux possibles, sans frotter et de réaliser le séchage en tapotant avec une serviette.19 L’application d’une crème barrière devra, ensuite, se faire avec d’infinies précautions.20
Et outre le massage…
On sait qu’il existe de nombreux facteurs influençant le phénomène de pénétration cutanée. On estime, actuellement, que ces facteurs sont au nombre d’une vingtaine avec : les propriétés physico-chimiques des molécules concernées (à savoir des actifs ou des principes actifs dont on cherche à savoir le devenir), la nature de l’excipient, les conditions d’exposition au topique (dose, durée, surface, fréquence d’exposition), l’application au niveau de phanères (au niveau de zones riches en follicules pileux, en glandes), le site d’application cutanée, la population ciblée (prématurés, nourrissons, adultes, personnes âgées), les caractéristiques de la surface cutanée considérée (niveau d’hydratation, température, pH), l’état de santé et le niveau d’intégrité de la peau (traumatismes, dermatoses), la substantivité et la liaison possible à différents composants de la peau des actifs considérés, la réalisation d’une exfoliation préalable de la couche cornée, la capacité de transfert (d’humain à humain et de surface à humain), la volatilité, les biotransformations métaboliques/métabolisme cutané, les transformations photochimiques… sans compter, bien évidemment, le phénomène de frottement cutané ou de massage !21
Massage et Cie, en bref
Masser sa peau après l’avoir enduite de produit cosmétique. La frictionner avec un produit que l’on a choisi avec amour. Déposer ce produit par petites touches, sans insister lors de son étalement. Autant de gestes jugés anodins qui ont, pourtant, un impact en matière d’efficacité des produits concernés. Selon le cas, il faudra donc masser, frictionner si l’on souhaite activer le phénomène de passage transdermique ou bien, au contraire, étaler sans exercer de pression, afin qu’une action de surface efficace soit possible. Une évidence qu’il est bon de rappeler en passant !
Bibliographie
1 Seneschal J, Kubica E, Boursault L, Stokkermans J, Labreze C, Milpied B, Ezzedine K, Taïeb A. Exogenous inflammatory acne due to combined application of cosmetic and facial rubbing. Dermatology. 2012;224(3):221-3
2 Wester RC, Hui X, Maibach HI. In vivo human transfer of topical bioactive drug between individuals: estradiol. J Invest Dermatol. 2006 Oct;126(10):2190-3
3 Ishii H, Todo H, Sugibayashi K. Effect of sebum and ointment rubbing on the skin permeation of triamcinolone acetonide from white petrolatum ointment. Biol Pharm Bull. 2010;33(5):876-80
4 Abe A, Suzuki H, Amagai S, Saito M, Itakura S, Todo H, Sugibayashi K. Effect of Rubbing Application on the Skin Permeation of Active Ingredients from Lotion and Cream. Chem Pharm Bull (Tokyo). 2021;69(8):806-810
5 Abe A, Suzuki H, Saito M, Todo H, Sugibayashi K. Effect of Rubbing on the Distribution of Topically Applied Drugs into the Hair Follicles. Chem Pharm Bull (Tokyo). 2020;68(9):832-836
6 Namjoshi SN, Telaprolu KC, Grice JE, Benson HAE, Raney SG, Roberts MS, Mohammed YH. Effect of « In Use » Administration on Topical Product Metamorphosis and Skin Permeation of Acyclovir Creams: Implications for Bioequivalence. Pharm Res. 2024 Dec;41(12):2391-2401
7 Sakata Y, Mayama H, Nonomura Y. Friction dynamics of moisturized human skin under non-linear motion. Int J Cosmet Sci. 2022 Feb;44(1):20-29
8 Kikuchi K, Shigeta S, Numayama-Tsuruta K, Ishikawa T. Vulnerability of the skin barrier to mechanical rubbing. Int J Pharm. 2020 Sep 25;587:119708
9 Hasler-Nguyen N, Fotopoulos G. Effect of rubbing on the in vitro skin permeation of diclofenac-diethylamine 1.16% gel. BMC Res Notes. 2012 Jun 21;5:321
10 Nguyen HX, Puri A, Banga AK. Methods to simulate rubbing of topical formulation for in vitro skin permeation studies. Int J Pharm. 2017 Mar 15;519(1-2):22-33
11 Li BS, Cary JH, Maibach HI. Should we instruct patients to rub topical agents into skin? The evidence. J Dermatolog Treat. 2019 Jun;30(4):328-332
12 Teraki Y, Nakamura K. Rubbing skin with nylon towels as a major cause of pseudomonas folliculitis in a Japanese population. J Dermatol. 2015 Jan;42(1):81-3
13 Galvin M, Michel G, Manguira E, Pierre E, Lesorogol C, Trani JF, Lester R, Iannotti L. Examining the Etiology and Treatment of Mental Illness Among Vodou Priests in Northern Haiti. Cult Med Psychiatry. 2023 Sep;47(3):647-668
14 González JA, Griffith E, Chen-Camaño R, Henao-Martínez AF, Franco-Paredes C, Ortega Y, Pinto D, Suárez Sancho JA. Severe cutaneous reaction caused by rubbing the toad Rinella horribilis as a folk remedy in rural Panama. Travel Med Infect Dis. 2023 Mar-Apr;52:102539
15 Haywood R. Relevance of sunscreen application method, visible light and sunlight intensity to free-radical protection: A study of ex vivo human skin. Photochem Photobiol. 2006 Jul-Aug;82(4):1123-31
16 Rhodes LE, Diffey BL. Fluorescence spectroscopy: a rapid, noninvasive method for measurement of skin surface thickness of topical agents. Br J Dermatol. 1997 Jan;136(1):12-7
17 Sayre RM, Powell J, Rheins LA. Product application technique alters the sun protection factor. Photodermatol Photoimmunol Photomed. 1991 Oct;8(5):222-4
18 Hosokawa K, Taima H, Kikuchi M, Tsuda H, Numano K, Takagi Y. Rubbing the skin when removing makeup cosmetics is a major factor that worsens skin conditions in atopic dermatitis patients. J Cosmet Dermatol. 2021 Jun;20(6):1915-1922
19 Voegeli D. The effect of washing and drying practices on skin barrier function. J Wound Ostomy Continence Nurs. 2008 Jan-Feb;35(1):84-90
20 Fiers SA. Breaking the cycle: the etiology of incontinence dermatitis and evaluating and using skin care products. Ostomy Wound Manage. 1996 Apr;42(3):32-4, 36, 38-40
21 Law RM, Ngo MA, Maibach HI. Twenty Clinically Pertinent Factors/Observations for Percutaneous Absorption in Humans. Am J Clin Dermatol. 2020 Feb;21(1):85-95

