Nos regards
Marie et Hortense Mancini et les joies de l’eau !

> 30 septembre 2018

Marie et Hortense Mancini et les joies de l’eau !

Les sœurs Mancini sont loin d’être de tout repos. Si elles ont séduit, tour à tour, un Louis XIV au cœur d’artichaut, elles ont été, par la suite, pour leur auguste amant, un véritable cauchemar, dont celui-ci se serait fort bien passé !

Marie Mancini, « un noir petit pruneau » sans beauté, sans charme, mais « pleine d’artifice » (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/quand-l-abbe-de-choisy-nous-parle-de-la-cour-de-louis-xiv-719/) ne fera guère plus de bruit, à la cour de France, qu’un pétard mouillé.

Ni elle, ni sa sœur Hortense ne seront douées pour le bonheur conjugal et elles vont passer leur vie à fuir leur mari respectif et à réclamer séparation. (Mémoires d’Hortense et de Marie Mancini, Mercure de France, 2003, 236 pages). Guère aimables, elles s’écrient, lors du décès de leur oncle, le cardinal Mazarin, « Dieu merci, il est crevé. »…

Hortense est une vraie chipie qui se pare de mouches pour tourmenter son mari, le duc de Mazarin, un homme un brin dévot. « Il ne me pouvait souffrir avec des mouches : il se trouva par hasard que j’en avais mis ce jour-là ; et il me dit d’abord qu’il ne me parlerait pas que je ne les ôtasse. » Hortense n’en a cure ; elle refuse de se prêter aux exigences de ce mari un peu trop prude à son goût. Son maquillage est honnête et non susceptible « d’offenser Dieu »... Les mouches resteront donc en place !

Hortense joue les écolières mal élevées au couvent, lieu où elle s’est réfugiée afin de fuir son mari. Les mauvaises langues prétendent qu’elle met de l’encre dans les bénitiers et rend la vie impossible aux religieuses. Un jour qu’elle a décidé de prendre un bain de pieds, elle se heurte à un refus de la part des religieuses. « [...] les religieuses s’avisèrent de le trouver mauvais, et de nous refuser ce qu’il fallait, comme si nous eussions été là pour observer leur règle. » Qu’à cela ne tienne, Hortense remplit deux grands coffres d’eau... l’eau s’écoule, s’infiltre entre les lames de parquet mal jointes et va « mouiller les lits des bonnes sœurs. » Point de bain de pieds ! En revanche, un dégât des eaux et une douche forcée pour les moniales logées en dessous de cette turbulente pensionnaire.

Afin de s’émanciper d’un mari jaloux et dont les goûts austères sont totalement opposés aux siens, Hortense décide de fuir en Italie avec l’aide de son frère. Le 13 juin 1668 est fixée comme date de départ. Ce désir de liberté n’est pas du goût de sa sœur Olympe, devenue comtesse de Soissons. Sentant qu’il y a anguille sous roche, Olympe la presse de venir lui tenir compagnie. Ce n’est, toutefois, pas Olympe qui va pouvoir retenir Hortense. Déguisée en homme et accompagnée de sa fidèle Nanon, Hortense court la campagne et met de nombreux kilomètres entre son mari et elle-même. Cette fuite est l’occasion d’une folle aventure dans des auberges où réfugiées, dans leur chambre, maitresse et servante dénouent leur cheveux et retrouvent formes féminines. « [...] on nous observait par le trou de la serrure après que nous étions enfermées, et on voyait tomber nos longs cheveux, que nous déployions d’abord que nous étions en liberté, parce qu’ils nous incommodaient beaucoup dans notre coiffure d’homme. »

Imaginons le pauvre duc de Mazarin courant aux nouvelles de droite et de gauche. Avez-vous vu ma femme ? Certainement, le roi ne manqua pas de rire... se souvenant des remontrances faites par le duc au sujet de sa maîtresse, Melle de La Vallière. Le duc n’avait pas manqué de faire part à Louis XIV d’une apparition de l’ange Gabriel lui demandant d’indiquer au roi de renvoyer sa maîtresse. Lorsqu’il se retrouve abandonné par sa femme, une chanson vole de bouche en bouche : « Mazarin, triste, pâle, et le cœur interdit/Ma pauvre femme, hélas, qu’est-elle devenue/La chose, dit le roi, vous est-elle inconnue ?/L’ange qui vous dit tout, ne vous l’a-t-il pas dit ? »

Les rapports de Marie avec son époux ne sont guère meilleurs. Le connétable Colonna, tout comme Louis XIV, est loin d’être fidèle et ce d’autant plus que Marie se détache de lui. Tout comme Hortense, Marie aime sa liberté et ne boude pas une aventure galante par-ci par là...

Tout va pour le mieux durant la lune de miel... Le connétable « étant toujours propre, galant, ayant des soins et des complaisances pour moi qui ne se peuvent exprimer. » Par la suite, ce ne seront que « caprices et mépris ».

Lors de ses premières couches, elle est traitée en reine (fonction dont elle a caressé un moment l’espoir) et placée dans un lit d’apparat extraordinaire, « une espèce de coquille qui semblait flotter au milieu d’une mer, si bien représentée qu’on eût dit qu’il n’y avait rien de plus véritable [...] »

Lorsque Marie fuit son mari, elle se réfugie auprès de sa sœur... Celle-ci est prise d’une colique affreuse qui fait craindre un empoisonnement. « [...] m’étant purgée ce jour-là, j’eus une si étrange colique d’être sortie, que, si la violence eût duré un peu plus longtemps, ma mort s’en ensuivait infailliblement. » Malgré une nuit de souffrance, ni le connétable, ni Marie ne semblent touchés par ses souffrances ! Heureusement, Marie retrouve rapidement toute son énergie et peut profiter pleinement des cadeaux que lui apporte le chevalier de Lorraine, de la part du frère du roi. Elle reçoit ainsi « un équipage de chasse », en remerciement de quelques bagatelles (« gants et autres choses d’odeur ») envoyés précédemment.

L’été est l’occasion de se baigner dans le Tibre, moment de complicité entre Marie et Hortense. « Nous cherchâmes ensuite un lieu plus assuré dans le Tibre, proche duquel nous envoyâmes faire une cabane pour nous y déshabiller, et où il y avait une galerie, qui régnait jusque sur le bain, le tout composé de cannes, de feuilles, de rameaux, mais avec tant d’art que tout le monde la regardait avec admiration. » Si l’on n’est pas encore à la mode des stations balnéaires avec cabanes mobiles tirées par des chevaux, Marie et Hortense bénéficient, quand même, de tout le confort possible pour l’époque. C’est loin des regards indiscrets, à l’abri d’un paravent de verdure, que nos belles naïades plongent dans l’onde. Aucun détail n’est précisé quant à la nature du vêtement de bain !

Afin de fuir son époux, Marie se lance, comme Hortense, sur les routes et se laisse « brûler la tête » par un « soleil plein d’ardeur »... Quand on vous disait que Marie ressemblait à un pruneau !

Nous sommes d’accord avec Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour dire que jouer au bonneteau avec les femmes ce n’est pas joli joli…






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