Nos regards
Madame de la Guette, cachez cette cuisse que nous ne saurions voir !

> 17 juin 2018

Madame de la Guette, cachez cette cuisse que nous ne saurions voir ! Madame de la Guette (Mémoires de Madame de la Guette by M. Moreau, Forgotten books, 223 pages) n’est pas une accro des cosmétiques comme peuvent l’être certaines (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/emma-bovary-une-accro-aux-cosmetiques-377/). La fraîcheur de son teint est acquise lors de chevauchées dans la rosée (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-rosee-source-de-beaute-199/) et non suite à l’application d’onguents aux formules compliquées...

Madame de la Guette, née à Mandres - aujourd’hui commune de Mandres-les-Roses, le 20 février 1613, d’un gentilhomme dénommé Meurdrac, n’a ni sa langue dans sa poche, ni son épée au fourreau. « Plus portée à la guerre qu’aux exercices tranquilles de mettre les poules à couver et de filer la quenouille ». Madame de la Guette se fait désobéissante à son père lorsqu’il est question de mariage. Elle a fait son choix et ne changera pas d’avis... il s’ensuivra une brouille qui durera quelques années ! De son union avec Monsieur de la Guette naîtront dix enfants, cinq garçons et cinq filles.

On mettra à la décharge de ce père peu prévoyant un mode d’éducation qui ne prédispose pas à la mollesse. Equitation, maniement de l’épée... la jeune personne apprend très tôt à se défendre des importuns. Elle maniera par la suite fort bien la plume et laissera à la postérité des Mémoires qui chantent la gloire de celle que les gens d’armes ont baptisé « la Saint Ballemont de la Brie ».

Si elle choisit son prétendant, elle ne boude pas aider certains de ses amis à trouver l’âme sœur. C’est ainsi qu’elle rapproche Monsieur le Comte de Marsin et Mademoiselle de Clermont. Afin de mettre toutes les chances de son côté lors de leur première rencontre, le Comte de Marsin se rend dans une maison de bains comme on le fait alors à l’époque. Il y rencontre le maréchal de Grammont qui se doute, en le voyant, qu’il y a anguille sous roche. « M. de Marsin, vous avez du dessein aujourd’hui. - Oui, ma foi, lui repartit-il, j’en ai ; et il faut qu’elle soit bien cruelle si elle s’en défend. » La maison de bains est alors le lieu de convergence de tous ceux qui préparent une « action de courtoisie ». On s’y baigne, bien évidemment, on y soupe, on y donne rendez-vous, on y passe la nuit... On y vient pour se faire une beauté, pour se préparer à mourir avant un duel ou pour se refaire une santé à l’issue de ce même duel. Si l’on a besoin de disparaître momentanément, on peut également y trouver une cachette sûre ! Après son passage dans cette maison de bains, Monsieur de Marsin est fin prêt pour séduire celle que Madame de la Guette lui destine. Mademoiselle de Clermont n’est pas en reste. Elle aussi a fait grande toilette et c’est sûre de ses atouts qu’elle affirme que Monsieur de Marsin ne « lui échapperait pas ce jour-là. » En apercevant celui qui lui est destiné, la demoiselle « prit le rouge le plus beau et le plus naturel qui se soit jamais vu. » Le coup de foudre est immédiat et le mariage vivement organisé... On y comptera douze personnes à table, « de très grande qualité » et quatre-vingt violons du roi, pour une musique d’ambiance qui ne manque pas de panache !

Monsieur de Marsin restera fidèlement attachée à sa bonne fée et c’est tout naturellement chez elle qu’il se repliera lorsqu’il sera blessé à la bataille de Nordlingen. Les médecins lui ordonnant de « mettre le bras dans la vendange afin de le fortifier » c’est chez ses amis de la Guette qu’il viendra effectuer sa cure de vinothérapie !

Lorsque Madame de la Guette nous parle de poudre ce n’est pas de celle qui sert à agrémenter les perruques ou à matifier le teint dont il est question, mais plutôt de celle qu’elle jette aux yeux de ceux qui semblent douter de sa capacité à monter à cheval « jambe de çà, jambe de là ». « J’avois un plaisir extrême de leur jeter de la poudre aux yeux ; car j’ai été en mon temps bonne cavalière, et bien des gens se faisaient un divertissement de me voir pousser un cheval. » Lorsqu’elle galope, ses jupes se relèvent et les spectateurs admirent une cuisse « belle, blanche et bien polie. »

Contemporaine du mousquetaire du roi, d’Artagnan, la jeune fille présente quelques similitudes avec ce dernier. D’« humeur martiale », elle s’exerce, durant sa prime jeunesse, avec un maître d’armes qui lui révèle le secret de quelques bottes et lui permet d’acquérir un poignet « assez ferme ». Elle a pour amies « trois beautés blondes », mesdemoiselles de Varane, de Fleuri et de Quinsin et forme avec celles-ci un quatuor charmant, toujours prêt à jouer de la guitare, chanter, se promener ou prendre « des bains dans la petite rivière d’Yerre »... L’eau y est, nous dit-elle, claire et bienfaisante.

Durant sa jeunesse, elle croise Mademoiselle de Chantal « qui était une beauté à attirer tous les coeurs ». La future Madame de Sévigné (https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/conseils-medicaux-et-esthetiques-a-la-sevigne-369/) ne lui en inspire pas plus long !

Son mari se rangeant du côté de la Fronde et elle-même du côté du roi, elle tentera des négociations pour réunir les deux partis. C’est avec le visage bien protégé d’un masque, comme on le faisait à son époque, que Madame de la Guette voyage. Elle couche sur la paille et « y dort à merveille ». Madame de Tourville, dame d’honneur de Marie-Clémence de Maillé Brézé, épouse du frondeur connu sous le nom de Grand Condé, la décrit comme « venue dans du coton, car la voilà plus jolie et plus fraîche que si elle n’avoit bougé de sa chambre. »

Dure au mal, Madame de la Guette décrit avec force détails la façon dont on lui remet le bras en place après une fracture. « On se prépara à me tirer à outrance : le bailleur se mit à cheval sur ce pauvre bras raccourci. Il me sembloit qu’il l’avoit allongé d’une pique. Quelle douleur épouvantable ! Le chirurgien et sa fille me le tiroient de toutes leurs forces, et deux autres hommes me le soulevoient en haut avec une serviette ; mon mari me tenoit par le milieu du corps ; la bonne Mme Tronson voulut me tenir l’autre bras, et une autre personne me tenoit les deux jambes, en sorte que je n’avois que la tête libre pour la tourner de droite à gauche. » Elle en profite pour nous révèler un remède souverain contre les douleurs. « Pour adoucir les maux », il faut se frotter quatre fois par jour avec quelques huiles !

Laissons à Madame de la Guette le mot de la fin. Après avoir élevé dix enfants, chevauché, tenté de s’opposer à la Fronde, négocié finement, marié ses amis, laissons-la nous charmer par quelques vers désuets où elle se présente non sans humour. « [...] Je suis certaine que ma taille/Est enviée de quantité/L’on y voit une majesté/Qui n’est point parmy la canaille./Je sais fort bien que ma démarche/Tient un peu trop du masculin ;/Mais je dis que le féminin/Ne fut jamais ce qui m’attache./ Si je suivois ma fantaisie,/Je m’en irois dans les combats,/Avec un fort grand coutelas,/Faire une étrange boucherie./Pour ce qui est de mon visage,/Vous en ferez le jugement/Selon votre discernement ;/Je n’en diray pas davantage. [...] »

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien qui, à défaut de la cuisse de Mme de la Guette, a préféré son cheval…






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