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Lorsque le corset d’antan se transforme en gilet de protection, c’est la Révolution !

> 15 juillet 2018

Lorsque le corset d’antan se transforme en gilet de protection, c’est la Révolution ! Madame de Tourzel n’est pas la chroniqueuse des beaux jours de la famille royale ((Mémoires de Madame la duchesse de Tourzel, gouvernante des enfants de France de 1789 à 1795, Mercure de France, 2007, 657 pages). C’est le 26 juillet 1789 que son destin bascule... Elle se voit, en effet, confier la charge de gouvernante des enfants de France. Ses Mémoires qui débutent avec la Révolution s’achèvent en 1795 avec ses retrouvailles avec la jeune prisonnière du Temple. Madame de Tourzel y consigne soigneusement tous les faits qui se sont succédé durant cette période dramatique. Du teint un peu trop blanc des femmes qui réclament la présence du roi à Paris en 1789, aux corsets qui protègent des coups de poignards en 1792, Madame de Tourzel observe attentivement ce qui se passe autour d’elle et note scrupuleusement tout ce qui touche à la famille à laquelle elle se dévoue.

5 et 6 octobre 1789. Madame de Tourzel ne nous parle pas « du boulanger, de la boulangère ou du petit mitron » ; elle scrute la foule hostile qui se presse sous les fenêtres du roi et se montre intriguée par la blancheur du teint de ces femmes qui se prétendent du peuple qui semblent sortir tout droit du film « Si Versailles m’était conté » ! « On remarqua, comme chose singulière, que toutes les poissardes avaient le teint blanc, de belles dents, et portaient un linge plus fin qu’elles n’ont coutume d’en porter : ce qui prouve évidemment qu’il y avait parmi elles beaucoup de personnes payées pour jouer un rôle dans cette horrible journée. »

1791. Madame de Tourzel voit se dégrader inexorablement la situation des souverains. Le vocabulaire utilisé pour désigner le roi et sa famille témoigne de l’effondrement du pouvoir royal. Le « premier fonctionnaire public » (le roi), son « premier suppléant » (le dauphin) et la mère du premier suppléant (la reine) sont l’objet de vexations diverses et variées. C’est ainsi que l’architecte de la ville de Paris, Palloi, un bon patriote qui a participé activement à la prise de la Bastille offre de bon coeur au jeune dauphin un jeu de domino « fait en entier des pierres de la Bastille ».

20 et 21 juin 1791. Madame de Tourzel détaille, au chapitre XII de ses mémoires, le « voyage de Varennes ». Afin de fuir son destin, la famille royale a organisé un voyage vers l’est de la France. La veille du départ, afin de ne pas éveiller les soupçons des gardes nationaux qui surveillent les souverains, chacun reste le plus naturel possible. Mme de Tourzel commande à ses domestiques un bain pour le lendemain (« Et pour ôter à mes gens toute idée de départ, je leur dis de me préparer un bain pour le lendemain [...] »). Le roi, quant à lui, s’attarde à discuter avec Bailly, le maire de Paris, et avec la Fayette, que l’on ne présente plus. Ces deux hommes sont venus assistés au coucher du roi... « Il fallut ensuite que le roi se déshabillât, se mît au lit, refît une nouvelle toilette, mît une perruque pour se déguiser, et vînt à pied des Tuileries pour rejoindre la voiture. » La suite n’est qu’une série de malchances et de retards qui aboutissent au cafouillage suprême de Monsieur de Choiseul. Celui-ci, constatant un retard de deux heures par rapport au programme préétabli, tourne les talons et confie une mission au coiffeur de la reine, Léonard. Ce dernier est chargé d’indiquer aux troupes postées dans la région que le « précieux trésor attendu » ne viendra pas ! Le retour à Paris se fera dans des conditions épouvantables, dans une véritable fournaise (« Le Roi, la famille royale et chaque personne qui était dans la voiture, était couvert de sueur et de poussière. »). La reine est « brûlée de soleil, couverte de poussière ». De retour aux Tuileries, le 26 juin 1791, la reine prend un bain pour se laver de toutes les souillures du voyage.

27 mars 1792. On parle de donner un gouverneur au jeune dauphin, pour ses 7 ans. Le roi désigne Monsieur de Fleurieu, ignorant que sa jeune épouse est Mademoiselle d’Arcambal, fille de Monsieur Le Normand d’Etiolles, mari de Madame de Pompadour !

15 avril 1792. Madame de Tourzel nous livre son sentiment sur la première fête de la Liberté. « On brûla dans des réchauds, sur l’autel de la patrie, des parfums de très mauvaise odeur [...] ».

En 1792, on craint pour la vie des souverains. Le comte de Paroy leur fait parvenir des gilets de protection, constitués de « douze doubles de taffetas, impénétrables à la balle et au poignard ». C’est Madame de Tourzel qui est chargée par la reine de tester l’efficacité de ces corsets un peu particuliers. « Frappez-moi pour en faire l’essai » lui intime la reine !

Août 1792. Mme de Tourzel est détenue aux Feuillants ; elle en réchappe par miracle, mais garde tout son sang-froid devant ces hommes qui, pour venir au secours d’une femme qui s’est évanouie, « voulaient couper le lacet (du corset) avec un sabre ».

Lorsque Madame de Tourzel retrouve Marie-Thérèse toujours retenue au Temple, celle-ci lui explique qu’elle a tenu bon grâce aux conseils de sa tante. Avant de la quitter, Elisabeth lui a conseillé de toujours suivre un emploi du temps bien établi. Elle lui a appris à « se coiffer, se lacer, s’habiller » seule. Pour conserver la santé : une heure de marche à grande vitesse par jour !

Dans ses Mémoires, il n’y a pas de place pour les frivolités. Chaque fait est évoqué afin de restituer au mieux une ambiance lourde, celle la Révolution. Tableau après tableau, Madame de Tourzel nous montre une famille en plein désarroi et un roi, trop bon, qui souhaite montrer, par son exemple, le chemin de la raison...

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui aujourd'hui nous donne à voir Marie-Antoinette en agent du GIGN… très spéciale...






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