Nos regards
Lorsque Jean Cocteau nous enseigne la galénique !

> 07 avril 2018

Lorsque Jean Cocteau nous enseigne la galénique ! Jardinier-botaniste qui fait pousser des plantes médicinales le long des murs de la chapelle Saint-Blaise des Simples de Milly-la-Forêt (http://www.leparisien.fr/essonne-91/la-chapelle-de-milly-la-foret-decoree-par-jean-cocteau-rouvre-ses-portes-01-03-2018-7585518.php), amateur de feux d’artifice un peu particulier où l’ange se révèle à lui (Wyns M., La constitution d'un personnage-idole chez Jean Cocteau : l'ange , Revue Théologique de Louvain, 2002, 33-1, 61-79), adepte du soleil et du bronzage « coup de poing », réalisateur de cinéma, ami de « la Bête », homme de théâtre, poète, céramiste... Jean Cocteau n’est pas un inconnu, mais plusieurs inconnus à la fois. Dans le journal qu’il rédige en 1953 (Cocteau J., Journal d’un inconnu, Les cahiers rouges, Grasset, 2003, 228 pages), Jean Cocteau nous dit à chaque page : Je ne suis pas celui que vous croyez. Il secoue la tête de droite à gauche comme un enfant et nous livre ses aigreurs et ressentiments. Celui qui possède la « faculté du dérangement », qui se veut torchon à « ne pas mélanger avec les serviettes » a vraiment tendance à se prendre pour le mal-aimé !

Jean Cocteau cueille, en passant, quelques perles esthétiques et cosmétiques qu’il se plaît à offrir aux galénistes que nous sommes.

Et tout d’abord, un mot sur l’inspiration ou plutôt « l’expiration », car le poète, pour Jean Cocteau, n’est qu’un passeur, situé entre deux mondes. Le poète n’est pas libre. Il « reçoit des ordres » et n’a plus qu’à obtempérer. Jean Cocteau, pour expliciter sa pensée, a recours au vocabulaire propre au domaine de la galénique.

Pour réaliser un médicament ou un cosmétique, le formulateur a besoin d’ingrédients pour confectionner un excipient qui permettra l’administration des principes actifs (dans le cas du médicament) ou des actifs (dans le cas du cosmétique). Cet excipient sera dénommé « base » lorsque sa texture est épaisse ; il sera désigné sous le nom de « véhicule » lorsque sa consistance est fluide. Jean Cocteau enfile donc sa blouse de travail lorsqu’il se met à son bureau... C’est lui, le formulateur... c’est également lui, l’excipient. Il va, en effet, administrer des actifs à ses lecteurs. Pour être efficace, cet excipient doit être entretenu. « C’est ce véhicule qu’il devra soigner, nettoyer, huiler, surveiller, contrôler sans cesse, afin de le rendre apte au service étrange qu’on lui demande. » En ébauchant une définition du cosmétique, une vingtaine d’années avant Simone Veil, Jean Cocteau est, une fois de plus, avant-gardiste.

Au sujet du bain : Jean Cocteau laisse la parole à Picasso. « Je me rappelle que, chez Picasso, nous parlâmes de miracles. Picasso dit que tout était miracle, et que c’était un miracle de ne pas fondre dans le bain. » Heureusement qu’il n’en est pas de même pour les sels de bain !

Au sujet du tatouage : A partir de l’été 1950, Jean Cocteau commence à tatouer « la villa Santo Sospir comme une peau [...] » C’est par désœuvrement que Jean Cocteau se lance dans la décoration d’une belle villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est que tatouer est addictif. Il ne se contentera pas de réaliser un petit tatouage discret en quelque recoin secret de la maison, mais il passe en revue toutes les pièces, les corridors et laisse son empreinte prisonnière dans l’enduit déposé sur le mur.

Au sujet de la permanente : Dans un chapitre intitulé « La permanente », Jean Cocteau se défoule sur les dames permanentées. Lors de la réalisation de son film Orphée, il fréquente les salons de coiffure, afin de s’assurer que la teinte des cheveux de ses acteurs correspond exactement à ses désirs. Il les veut blond... plus de brun... des blonds ou des reflets blonds ! Chez le coiffeur, les dames sont installées en ligne. Aucune préoccupation métaphysique ne vient troubler leur sérénité. « Nos dames sont assises dans leur certitude d’être là. Le casque pharaonique du séchoir leur ajoute un air de puissance royale, de permanence que leur vaut la permanente. De sibylle de Delphes. Elles cuisent. Elles fument. Des oracles s’échappent de leur bouche. » En fait d’oracles, ces dames ne confient à leurs coiffeurs que de pauvres confidences, des critiques, des petites bassesses, des grandes maladresses. Et dire que ce sont ces mêmes dames que l’on retrouvera, ce soir, confortablement installées dans leur fauteuil d’orchestre. Elles fonceront ensuite « dans des boîtes de nuit » et jugeront ce qu’elles « viennent de ne pas voir. »

Au sujet du rasage : Jean Cocteau nous livre un conseil précieux en matière de rasage : « Le matin ne pas se raser les antennes. »

Au sujet des ondes : « Savoir que notre œuvre ne s’adresse qu’aux personnes émettant la même longueur d’ondes que nous. »

Oui vraiment, Jean Cocteau est un bon professeur de cosmétologie qui « remet en marche nos sens atrophiés », qui court « plus vite que la beauté » et ne s’assoit jamais lorsqu’il parle à ses étudiants (« On est juge ou accusé. Le juge est assis. L’accusé debout. Vivre debout ») !

Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, qui nous donne aujourd'hui à voir que, finalement, Jean Cocteau et Claude François c'est, d'une certaine manière, "même combat"...






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