L’inspecteur Michel, un nettoyeur professionnel !
François Médéline ne laisse pas son lecteur au repos.1 Il le saisit à la première ligne et ne le lâche qu’à la dernière, avec son histoire d’inspecteur, tueur en série… en réalité, un ancien nazi d’une cinquantaine d’années, parti à la recherche de Rachel, une petite Juive, dont il est tombé amoureux durant la guerre. Ce chef d’une maison de prostitution d’un camp de concentration élimine tous les individus qui croisent sa route ! Un seul but : retrouver son amour !
L’inspecteur Michel, manucuré avec soin !
C’est sous l’identité usurpée de l’inspecteur Michel de la Brigade criminelle de Lyon que notre ancien nazi officie. Il est censé retrouver le ou les auteurs du massacre de deux paysans, Henri et Louise Delhomme ainsi que Juliette, la fille du couple, qui s’est enfuie. Avec ses « ongles manucurés », l’inspecteur semble être un individu qui prend grand soin de sa personne.
Le lecteur n’est, toutefois, pas dupe longtemps. Un inspecteur qui tue ou tente de tuer les témoins d’un drame… ce n’est pas très courant !
L’inspecteur Michel, lavé à grande eau !
L’inspecteur voyage beaucoup (toujours à vélo), dort dans des hôtels. Il se lave « le visage et les aisselles au gant de toilette » et « frotte la cicatrice sur la face intérieure de son biceps gauche, sa brûlure au tison. » Cette « cicatrice qui ne s’effacera jamais » fait référence à un tatouage SS. Le groupe sanguin O !
Le savon mousse abondamment. Un sentiment de propreté en ressort !
Et parfois, l’inspecteur a besoin de douches réalisées « à l’eau glaciale », afin de venir à bout d’une certaine fébrilité. Il faut dire que l’inspecteur se drogue aux amphétamines, ce qui le transforme en une sorte de pile électrique, bouillante !
Et parfois aussi, l’inspecteur a besoin de « douches brûlantes », lorsque les frissons s’invitent dans son échine.
L’inspecteur Michel, brillantiné avec application !
L’inspecteur se coiffe en plaquant ses cheveux en arrière ; il les fixe grâce à un « pot de brillantine ». Sans doute pas le pot entier d’un coup tout de même !
L’inspecteur Michel, rasé de près
Et puis, tout à coup, l’inspecteur Michel est traqué… son portrait-robot est dans le journal. Il ne lui reste plus qu’à entrer très vite chez un coiffeur, afin de subir une métamorphose. Désormais, son crâne est « glabre » et sa lèvre supérieure ornée d’une fine « moustache » !
L’inspecteur Michel, un véritable nez !
En enquêtant du côté de chez les Delhomme, l’inspecteur fait connaissance avec les voisins de ces derniers, Marc et Natacha Escoffier. Natacha, très séduisante, plaît tout de suite à l’inspecteur qui, de loin, sans même tenter de l’approcher, lui suppose un parfum de « patchouli et de vanille », alors qu’en réalité, Natacha « pue la sueur et la lessive » !
Un nez… cet inspecteur qui, parce qu’il s’est fait une plaie au tibia, s’arrête dans une pharmacie pour se faire soigner. L’officine sent « la menthe, le talc et l’alcool »… La menthe, l’alcool… on voit bien de quelle odeur il s’agit ! Pour le talc, en revanche… c’est déjà autre chose ! Quelle sensibilité !
Un nez… cet inspecteur qui, parce qu’il veut à tout prix retrouver la petite Juive dont il est tombé amoureux durant la guerre, file à Pigalle, lieu de l’ancienne vie de la jeune femme. Pigalle sent la prostitution à plein nez ! Pigalle est sous la coupe d’une femme autoritaire et fardée, qui n’apprécie guère qu’un quidam vienne s’immiscer dans ses affaires. « Il sent les effluves de parfum et de fard à joues », qui forment un sillage tenace au passage de cette femme moulée dans « une robe en strass », largement décolletée.
L’inspecteur Michel, Rachel dans la peau
Au cou de l’inspecteur pend un médaillon avec la photo de Rachel. Ce médaillon « colle » à sa « peau » !
Marc Escoffier, lavé à grande eau
Tout comme l’inspecteur Michel, Marc Escoffier est un as de la propreté. La toilette se fait dans la cour de la ferme. « Il quitte son slip et se savonne avec un gant de toilette » !
Elsa Schwarz
La petite Juliette adoptée par le couple Delhomme se nomme, en réalité, Elsa Schwarz. Il s’agit de la fille de Rachel, la jeune prostituée séquestrée par les époux Delhomme.
Rachel Schwarz
Tout le roman tourne autour de cette femme mystérieuse qui, en voulant retrouver son enfant, une fois la guerre terminée, est tombée dans le piège tendu par le couple Delhomme. Pas question pour le couple de laisser partir celle qu’il considère comme leur fille ! Rachel sera donc séquestrée pendant 2 ans avant de pouvoir, enfin, un jour, s’échapper avec son enfant.
Rachel est un « produit de luxe » de maison close ayant débuté sa carrière à Pigalle, puis l’ayant continué dans la maison de prostitution d’Auschwitz. Une activité qui lui permet d’être nourrie, chauffée, de pouvoir conserver ses cheveux longs et de recevoir des cadeaux (« J’avais du maquillage et mes cheveux assez longs pour me coiffer. » ; « J’ai eu 3 fois du savon et une fois du parfum. »).
Et un pharmacien sadique
Dans la commune de Chabeuil, le pharmacien semble être d’une autre époque avec son « bouc taillé » et une « lavallière » ! Ce pharmacien sadique prend visiblement plaisir à désinfecter les plaies avec de l’alcool à 90°. Prétentieux, imbu de son pouvoir, son « sourire » témoigne du fait « qu’il aime suturer » ! Un pharmacien fier de la qualité de ses sutures et qui, grand seigneur, ne se fait pas payer pour cet acte anodin. « En tout bien tout honneur » !
Afin de calmer la douleur, l’inspecteur demande au pharmacien un peu d’aspirine… Contre-indiquée en cas de plaie, susurre le pharmacien, qui finit, toutefois, par vendre à son client de passage une aspirine du « Rhône » ! « On ne peut pas louper la réclame, elle occupe toute la face avant du carton. »
Et une maison close très bien tenue
C’est de la maison de prostitution d’Auschwitz dont il est question ici ! L’hygiène y règne en maître. « Les clients se rasaient et se lavaient avant d’entrer dans la chambre ».
Les larmes du Reich, en bref
Dans ce roman noir, on découvre la réalité de la prostitution dans certains camps de concentration. On découvre également un ancien nazi, prêt à tuer autant de personnes qu’il faudra afin de pouvoir retrouver son amour sans laisser de traces, avant de pouvoir s’expatrier en Amérique du sud, en toute tranquillité ! On retrouve les habitudes cosmétiques des années 1950 avec la toilette au gant (la célèbre toilette par morceaux) et le recours à la brillantine pour fixer les cheveux et les faire briller.
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Médéline F., Les larmes du Reich, 10/18, 2022, 190 pages

