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Les vacances à la montagne, jamais sans mon produit solaire !

> 01 février 2019

Les vacances à la montagne, jamais sans mon produit solaire !

Du 9 février au 11 mars 2019, les vacanciers des zones A, B et C1 vont se croiser sur les routes, s’entrecroiser les bâtons de ski sur les pistes bondées, faire la queue docilement aux remonte-pentes, siroter du vin chaud lorsque la météo ne sera pas favorable et s’enduire de crème solaire lorsque la météo sera très favorable. Afin de mettre toutes les chances de son côté pour des vacances d’hiver réussies, un petit tour s’impose aux rayons « solaires » des GMS, des parfumeries et des pharmacies. Ceux-ci sont parfois en berne et beaucoup moins bien approvisionnés qu’au moment de l’été. La vente en ligne est également bien pratique pour qui veut s’économiser avant de pratiquer un exercice physique intense dans la poudreuse. Les produits de protection solaire affichant les mentions « alpin », « ski », « altitude », les « combisticks » associant crème solaire visage et stick labial ne sont pas très nombreux sur le marché. Qu’impliquent des vacances à la montagne ? Les produits solaires utilisés à la montagne doivent-ils être différents de ceux emportés l’été, à la mer ? Pour répondre à ces questions, prenons un peu d’altitude !

Plus on s’élève en altitude, plus l’incidence du cancer du poumon est faible

Si l’on en croit la théorie qui nous vient des Etats-Unis, mieux vaut vivre en altitude, dans un air pur et raréfié en oxygène (et en polluants divers) plutôt qu’en plaine dans une atmosphère saturée en oxygène et en polluants, si l’on souhaite se placer dans les meilleures conditions pour limiter le risque de survenue du cancer du poumon. Version médicale de la célèbre maxime : « Mieux vaut être riche et bien portant que fauché et mal foutu », cette théorie qui met en avant le pouvoir nuisible de l’oxygène, cette molécule capable d’engendrer dans l’organisme des espèces réactives à l’oxygène délétères reste à prouver.2

Plus on s’élève en altitude, plus l’exposition solaire est dangereuse

Le rayonnement ultra-violet augmente avec l’altitude et ce, en particulier, dans le domaine UVB. On a l’habitude de dire que la quantité de radiations nocives augmente de 4 % tous les 300 m, sans donner plus de précision. En réalité, cette valeur est loin d’être une constante. En fonction de la localisation et du climat, les valeurs seront différentes. Dans les Andes, par exemple, par temps sec, l’augmentation est de 15 % par mille d’altitude. Dans les Alpes, lorsque le temps est au brouillard, l’augmentation est de 24 %.3 Un guide de montagne selon le lieu où il exerce son activité (Alpes Suisse, Alaska, Bolivie, Tibet) recevra quotidiennement des doses d’UV variant de 11,0 à 42,5 SED (Standard Erythemal Dose).4 Le phénomène de réflexion de la lumière sur la neige qui est blanche est évidemment à prendre en compte.5 On sait que les UVB sont responsables du coup de soleil et de cancers cutanés  (carcinomes pouvant siéger au niveau des zones de peau découvertes et au niveau des lèvres et tout spécialement au niveau de la lèvre inférieure plus exposée aux radiations UV).6 Ils sont également à l’origine d’une toxicité oculaire reconnue. Une étude réalisée entre avril 2013 et août 2014 dans 126 refuges français (59 000 individus concernés) montre que dans 0,85 % des cas des problèmes médicaux non liés à un traumatisme peuvent survenir lors d’une excursion en montagne. Après les maux de tête (16 % des cas) et l’épuisement (13 % des cas), les troubles oculaires occupent la troisième place (7 % des cas) largement devant l’insolation (1 %) et les coups de soleil (1 %).7 Chez les guides de haute montagne, on constate que le vieillissement oculaire est plus important que pour le reste de la population avec, en particulier, un risque accru de cataracte corticale antérieure pour ceux qui travaillent à plus de 3000 mètres d’altitude.8 Le skieur peut souffrir, quant à lui, d’ophtalmie des neiges, également appelée photokératite, qui se traduit par des brûlures oculaires associées à la sensation de grains de sable. La réalisation de pansements oculaires permettant la mise au repos de l’œil associée à des collyres cicatrisants permet le retour à la normale.9, 10 Pour éviter ce type de désagrément, le port de lunettes à verres protecteurs efficaces dans ce type de situations s’impose. Inutile de dire que ce sont les lunettes les mieux ajustées qui protègent le plus.11 Des protections latérales s’imposent lorsque l’on sait que certains cas de kératites surviennent chez des sujets porteurs de lunettes qui n’en étaient pas équipées.12

Plus on s’élève en altitude, plus le mal aigu des montagnes est aigu

Dans les stations de ski de haute altitude (à partir de 2000 – 3000 m), la diminution de la teneur en oxygène dans l’air peut engendrer un certain nombre de symptômes tels que des céphalées, des signes digestifs (anorexie, nausées, vomissements), des insomnies, des vertiges et ce d’autant plus que l’on ne cherche pas à s’acclimater progressivement et que l’on réalise un exercice physique intense à peine le pied posé dans la station.13 Les armées d’Alexandre le Grand, d’Hannibal, ou, plus récemment, les soldats de la Première Guerre mondiale cantonnés dans les Alpes sur le front italien, ont payé un lourd tribu à la montagne du fait des conditions de vie rudes qui y régnent en maître.14

Plus on s’élève en altitude, plus la protection solaire est nécessaire

Une paire de lunettes ou, selon l’activité réalisée, un masque de ski s’impose. L’application d’une couche généreuse de produit de protection solaire sur l’ensemble du visage est indispensable. Une étude menée par des Anglais et publiée en 2017 montrait que la zone d’application fréquemment négligée par les personnes utilisant de la crème solaire était la zone péri-oculaire.15 Si ceci peut être gênant lorsque l’on ne porte pas de lunettes de soleil, le recours à un masque permet d’annuler l’impact de cette négligence. Ailes du nez, menton et sommet des oreilles devront être tartinés aussi copieusement que les joues ou le front ! En ce qui concerne les lunettes ou masques de ski, on distingue différentes catégories de niveaux de protection allant de 0 à 4. Les pourcentages de transmission de la lumière visible sont compris entre 80 et 100 % pour le niveau 0, entre 43 et 80 % pour le niveau 1, entre 18 et 43 % pour le niveau 2, entre 8 et 18 % pour le niveau 3 et entre 3 et 8 % pour le niveau 4.16 Les verres 3 et 4 sont adaptés à la pratique d’une activité en montagne. Toutefois, il ne faudra pas perdre de vue que la catégorie 4 ne permet pas la conduite de véhicule. Les lèvres doivent également être bien protégées ; si la DEM (Dose Erythématogène Minimale) est en général 25 % plus élevée que celle mesurée au niveau du dos -ce qui témoigne d’une plus grande résistance vis-à-vis des UV,17 il convient d’être prudent et de diminuer au maximum le risque de cancérogenèse. Ajoutons également que les personnes souffrant d’herpès labial penseront tout particulièrement à se protéger dans la mesure où l’exposition solaire constitue un facteur déclenchant.18 On se protégera la tête avec un bonnet ou un casque selon l’activité pratiquée.

Plus on s’élève en altitude, plus l’indice UV augmente, plus le SPF doit être élevé

En montagne, on ne prend pas de risque. Quel que soit son phototype, quelle que soit la météo (et donc l’indice UV), on choisit un produit de protection solaire à indice élevé. Les gelées, les huiles, les brumes n’ont pas leur place sur les sommets. Les crèmes, de consistance épaisse, de SPF 50+ seront privilégiées. En 2017, des dermatologues allemands chantaient les louanges de la crème Actinica lotion 50+. Celle-ci aurait permis de réconcilier les guides de haute montagne avec la protection solaire. Au début de l’étude un état des lieux avait permis de se rendre compte du manque d’informations de cette catégorie de professionnels : 38,6 % d’entre eux avouaient ne jamais utiliser de produit solaire ou alors très rarement ; parmi les 61,3 % qui en utilisaient, seulement 18,6 % faisaient le choix d’un produit SPF 50+. A la fin de l’étude, on pouvait noter un taux de satisfaction de 80 %. Les utilisateurs avaient eu clairement le sentiment d’être bien protégés.19 Une autre étude de 2017 n’a pas manqué de nous amuser. Elle enfonce, en effet, une porte ouverte en indiquant que des skieurs protégés avec un produit d’indice 100+ le sont mieux qu’avec un produit d’indice 50+.20,21 Un point réglementaire s’impose ici pour préciser qu’en Europe, le SPF des produits de protection solaire est plafonné à 50+ (ce qui doit correspondre à une valeur déterminée expérimentalement supérieure ou égale à 60).

Plus on s’élève en altitude, plus on est prudent en matière de traitement médicamenteux

En se limitant aux effets du soleil sur la peau, on se souviendra qu’un certain nombre de médicaments sont photo-sensibilisants et nécessitent soit l’éviction solaire, soit une protection solaire très efficace.

Plus on s’élève en altitude, plus le choix d’un bon produit solaire s’impose

Avant d’attaquer les sommets, il convient de faire le plein de « bons » produits de protection solaire. Un « bon solaire » se présente sous forme de crème (pour le visage) ou de stick (pour les lèvres et les petites surfaces). Dans sa formule, on ne trouve ni alcool, ni extraits végétaux photo-sensibilisants ou anti-inflammatoires. On se tournera préférentiellement vers des produits de « protection très haute » affichant un SPF de 50+. L’effet protecteur sera obtenu grâce à une association de filtres UV (organiques combinés éventuellement avec des inorganiques). Les produits dits « alpin » ou « ski », se présentant ou non sous forme « combi » (associant une crème et un stick), ne sont, ni plus ni moins, que des bons produits solaires destinés aux vacances d’été. La résistance à l’eau n’est évidemment pas aussi utile qu’en bord de mer. La photostabilité, en revanche, est un élément important qui permettra de faire le choix entre deux produits d’efficacité similaire. Il ne reste plus qu’à passer au laboratoire, à tester les produits achetés dans le commerce ou en ligne et à dresser notre palmarès !

Bibliographie

1 http://www.education.gouv.fr/pid25058/le-calendrier-scolaire.html

2 Y. -M. D, Moins de cancers du poumon en montagne ?, Option/Bio, 26, 521, 2015, Page 10

3 Andersen PA, Buller DB, Walkosz BJ, Scott MD, Maloy JA, Cutter GR, Dignan MD, Environmental cues to UV radiation and personal sun protection in outdoor winter recreation, Arch Dermatol., 2010, 146, 11, Pages

4 Moehrle M, Dennenmoser B, Garbe C., Continuous long-term monitoring of UV radiation in professional mountain guides reveals extremely high exposure, Int J Cancer., 2003, 1, 103, 6, Pages 775-778

5 D. Jean, L’enfant en montagne : dangers de l’altitude, du froid et du soleil, Journal de Pédiatrie et de Puériculture, 21, 8, 2008, Pages 349-352

6 Dediol E, Luksić I, Virag M., Treatment of squamous cell carcinoma of the lip., Coll Antropol., 2008, 32 Suppl 2, Pages 199-202

7 Marc Blancher, Jérôme Colonna d’Istria, Amandine Coste, Philippine Saint Guilhem, Pierre Bouzat, Medical Pathologies and Hut Guardians’ Ability to Provide First Aid in Mountain Huts: A Prospective Observational Study, Wilderness & Environmental Medicine, 27, 4, 2016, Pages 468-475

8 H. El Chehab, J. -P. Blein, J. -P. Herry, N. Chave, C. Dot, Phototoxicité oculaire et altitude chez des guides de haute montagne, Journal Français d'Ophtalmologie, 35, 10, 2012, Pages 809-815

9 J. P. Herry, J. P. Richalet, C. Rathat, J. Foray, Aspects matériels et techniques de la médecine de haute altitude, Science & Sports, 3, 2, 1988, Pages 147-156

10 Stéphane Berthélémy, Pathologies oculaires bénignes, Actualités Pharmaceutiques, 48, 482, 2009, Pages 12-16

11 Backes C, Religi A, Moccozet L, Behar-Cohen F, Vuilleumier L, Bulliard JL, Vernez D., Sun exposure to the eyes: predicted UV protection effectiveness of various sunglasses., J Expo Sci Environ Epidemiol. 2018

12 McIntosh SE, Guercio B, Tabin GC, Leemon D, Schimelpfenig T., Ultraviolet keratitis among mountaineers and outdoor recreationalists., Wilderness Environ Med., 2011, 22, 2, Pages 144-147

13 D. Jean, L’enfant en montagne : dangers de l’altitude, du froid et du soleil, Journal de Pédiatrie et de Puériculture, 21, 8, 2008, Pages 349-352

14 Raimund Lechner, Thomas Küpper, Markus Tannheimer, Challenges of Military Health Service Support in Mountain Warfare, Wilderness & Environmental Medicine, 29, 2, 2018, Pages 266-274

15 Pratt H, Hassanin K, Troughton LD, Czanner G, Zheng Y, McCormick AG, Hamill KJ, UV imaging reveals facial areas that are prone to skin cancer are disproportionately missed during sunscreen application., PLoS One. 2017, 2, 12, 10

16 Mello MM, Lincoln VA, Ventura L, Biomed Eng Online., Self-service kiosk for testing sunglasses, 2014, 25, 13, Pages 45

17 Gabard B, Ademola J., Lip sun protection factor of a lipstick sunscreen., Dermatology., 2001, 203, 3, Pages 244-7

18 Sayre RM, Dowdy JC, Harris KA, Berg JE, Trimble MW, A practical UV source to induce Herpes simplex labialis lesions in the clinic., Photodermatol Photoimmunol Photomed., 2007, 23, 1, Pages 20-23

19 Tizek L, Krause J, Biedermann T, Zink A, Satisfaction of mountain guides with high sun protection as a tool to prevent non-melanoma skin cancer., J Eur Acad Dermatol Venereol., 2017,31, 11, Pages 1825-1827

20 Williams JD, Maitra P, Atillasoy E, Wu MM, Farberg AS, Rigel DS., SPF 100+ sunscreen is more protective against sunburn than SPF 50+ in actual-use: Results of a randomized, double-blind, split-face, natural sunlight exposure, clinical trial., J Am Acad Dermatol. 2017, 190 – 9622 (17) 32908-0

21 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/annee-2018-une-annee-ultra-violette-non-merci-pas-pour-nous-465/

 

 






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