Les objectifs du cosmétique, agir efficacement de manière objective et/ou subjective !

Beauté objective, attirance subjective ! Les cosmétiques à l’efficacité objectivée permettent d’obtenir une peau sans défaut, paraissant être plus jeune et en pleine santé,1 une peau subjectivement idéale.

L’efficacité (???) du maquillage, en particulier, fait souvent l’objet de tests subjectifs et cela suffit bien… le maquillage « léger » est alors considéré comme le top, bien mieux que l’absence de maquillage ou qu’un maquillage plus présent, qualifié « d’épais ».2

Entre subjectivité et objectivité, le cœur de l’industrie balance et penche bien souvent du côté qui lui est le plus favorable.

Entre subjectivité et objectivité, c’est le thème abordé objectivement, aujourd’hui !

Deux définitions pour commencer !

Le dictionnaire de l’Académie française nous renseigne sur le sujet.

Subjectif : « qui est propre à un individu, qui porte la marque d’une impression, d’une interprétation personnelle, par opposition à Objectif. »3

Objectif : « qui existe indépendamment de l’esprit, du sujet pensant, qui est donné dans l’expérience, par opposition à Subjectif. »4

Un produit de luxe plus efficace qu’un produit au prix « abordable » !

Dans le domaine cosmétique, l’effet est proportionnel à la dose de produit appliqué sur la peau, mais également au prix du produit.5 Un produit de luxe séduit par son emballage, par les mentions portées sur son emballage, tout autant que par le contenu du pot. Et forcément, plus on y a mis cher, plus le produit est efficace du point de vue subjectif. La méthode Coué fonctionne toujours aussi bien ! Eminemment subjectif tout cela !

Un ongle verni plus beau qu’un ongle nu ?

Certains aspects subjectifs sont liés à la mode. Ongle court, long, verni ou non… Faux-ongle, nail-art ? Autant de critères subjectifs… A quoi donc se raccrocher lorsque l’on souhaite arborer la main la plus jolie possible ? A un élément objectif. A une valeur chiffrée, puisque l’on considère que les ongles les plus agréables à regarder sont ceux qui respectent le ratio « magique », avec une longueur de l’ongle approximativement égale à sa largeur, notamment pour les pouces !6

Un cosmétique coloré plus excitant qu’un cosmétique incolore ?

En matière de couleur et d’odeur liés aux cosmétiques, on sait que ces deux éléments constituent des critères de choix pour un grand nombre de personnes. Un choix subjectif, qui varie donc selon les individus. Un choix qui a des conséquences objectives, puisque certains chercheurs démontrent le poids des couleurs et des odeurs sur notre cerveau et notre psychisme.7,8

Un cosmétique peau sensible pour une peau objectivement non sensible !

Il est très difficile de définir de manière rationnelle ce syndrome sensoriel pour lequel des stimuli habituellement bien tolérés entraînent, sans donner lieu à des lésions bien visibles, des sensations subjectives désagréables : brûlures, douleurs, prurit et/ou picotements.9 Comme il est difficile de définir la peau sensible – le test qui consiste à appliquer une solution d’acide lactique dosée de 5 à 10% au niveau du sillon nasogénien aboutissant à autant de faux-positifs que de faux-négatifs,10 il semble également difficile de mettre au point une crème spéciale « peau sensible », eu égard à la subjectivité des manifestations ressenties.11

Un cosmétique anti-âge subjectivement révolutionnaire

Dans le domaine de l’exploration de l’efficacité des produits cosmétiques anti-âge, il existe bien sûr des tests objectifs qui permettent de mesurer la « taille » des rides et donc leur réduction potentielle. Il existe également des tests subjectifs qui tiennent compte de l’appréciation du volontaire quant à l’effet anti-âge perçu.12

Un dentifrice subjectivement mieux toléré

Lorsque l’on compare les effets d’un dentifrice renfermant du laurylsulfate de sodium par rapport à un autre renfermant une bétaïne en matière d’acceptabilité de la pâte, sur un tout petit échantillon de volontaires (10 personnes), il n’est pas toujours facile d’obtenir des résultats objectifs probants. Les tests concernant l’état de la flore microbienne ou l’état de la muqueuse buccale peuvent ne pas montrer de différence entre les deux références testées. Dans ce cas, restent à exploiter les différences subjectives. Et là, la bétaïne prend toute sa valeur, puisqu’elle génère un « soulagement subjectif de la sécheresse buccale ». Ouf !

Un fond de teint objectivement supérieur

Si, dans un certain nombre de cas, l’on est obligé de brandir des tests subjectifs, afin de faire la différence entre un produit X et un produit Y, il y a parfois d’autres situations où l’on peut être tenté de réaliser des tests plus précis, afin de déceler des différences infimes, invisibles au « subjectif ». Prenons le cas de deux fonds de teint permettant de couvrir les imperfections du visage, afin d’obtenir le teint voulu et d’augmenter l’estime de soi ; il peut être compliqué de démontrer objectivement la supériorité d’un produit par rapport à un autre. On peut alors dégainer un dosage de cortisol et attendre le temps qu’il faut (6 jours dans le cas de la publication qui nous intéresse) pour constater que l’application de l’un des deux fonds de teint se traduit par une diminution du taux de cortisol salivaire par rapport à l’autre référence.14 De là à présenter ce fond de teint comme anti-stress… il n’y a qu’un pas ! Alors, du coup, si d’un point de vue subjectif, on n’y arrive pas… on passe à l’objectif !

Toujours confirmer les résultats

Lorsque l’on souhaite mettre en évidence l’effet éclaircissant d’un produit cosmétique, on peut utiliser un colorimètre ou l’œil humain. Les résultats obtenus doivent, bien sûr, être similaires pour démontrer une efficacité sans faille.15

Les objectifs du cosmétique, en bref

Ces objectifs sont clairs. Ils sont énoncés dans la définition réglementaire du cosmétique, qui doit nettoyer, protéger, modifier l’aspect, modifier les odeurs corporelles, parfumer en toute légitimité, transparence, efficacité. Une efficacité qui doit être prouvée de manière objective ou subjective et/ou objective et subjective. L’idéal, c’est bien sûr de cocher les deux cases, afin de permettre d’obtenir une peau objectivement propre, bien protégée, plus esthétique, fleurant bon… Oui, mais justement, qu’est-ce qu’être « plus esthétique »… qu’est-ce que « fleurer bon »… Là, on entre de plain-pied dans la subjectivité ! On vous laisse méditer tout cela à la manière qui vous conviendra !

Bibliographie

1 Dayan S. The Psychology of Beauty: Balancing Nature, Confidence, and Authenticity. J Drugs Dermatol. 2025 Aug 1;24(8):37831s5-37831s14

2 Tagai K, Shimakura H, Isobe H, Nittono H. The light-makeup advantage in facial processing: Evidence from event-related potentials. PLoS One. 2017 Feb 24;12(2):e0172489.

3 https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A8S1708

4 https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9O0024

5 Moriya H, Machida A, Munakata T, Herai T, Tagai K. Relationships between subjective experience, electroencephalogram, and heart rate variability during a series of cosmetic behavior. Front Psychol. 2024 May 14;15:1225737.

6 Baran R, Schoon D. Nail beauty. J Cosmet Dermatol. 2004 Jul;3(3):167-70

7 Barkat S, Thomas-Danguin T, Bensafi M, Rouby C, Sicard G. Odor and color of cosmetic products: correlations between subjective judgement and autonomous nervous system response. Int J Cosmet Sci. 2003 Dec;25(6):273-83

8 Wang F, Ma X, Cheng D, Gao L, Yao C, Lin W. Electroencephalography as an objective method for assessing subjective emotions during the application of cream. Skin Res Technol. 2024 Apr;30(4):e1369

9 https://www.regard-sur-les-cosmetiques.fr/nos-regards/la-peau-sensible-79-ans-de-discussions-scientifiques-fougueuses-au-sujet-de-cette-peau-irascible/

10 Rengot J, Meyer I, Chevrot N, Maire ML, Cherel M, Prestat-Marquis E, Stuhlmann D. From consistent subjective assessment of skin sensitivity severity to its accurate objective scoring. Skin Res Technol. 2024 Mar;30(3):e13635

11 Kim S, Joo KM, Oh M, An S, Han J, Park S, Kwak I, Lee DH, Cho JY. Improving Sensitive Skin Diagnosis by Integrating Diagnostic Questionnaires, Lactic Acid Sting Test, and Lipid Profiling. J Cosmet Dermatol. 2025 Mar;24(3):e70099

12 Radić B, Radić S, Mašek T, Šuran J. Anti-wrinkle efficacy of standardized phenolic acids polymer extract (PAPE) from propolis: Implications for antiaging and skin health. J Cosmet Dermatol. 2024 Oct;23(10):3372-3381

13 Söderling E, Le Bell A, Kirstilä V, Tenovuo J. Betaine-containing toothpaste relieves subjective symptoms of dry mouth. Acta Odontol Scand. 1998 Apr;56(2):65-9.

14 Cabannes M, Risselada C, Chaisemartin L, Pasquet J, Couval E, Berthon JY, Filaire E. Increase in subjective well-being and psychological health after application of C8-silk lipoamino acid functionalized pigments included in a foundation. Int J Cosmet Sci. 2019 Oct;41(5):489-495

15 Tian Y, Hoshino T, Chen CJ, E Y, Yabe S, Liu W. The evaluation of whitening efficacy of cosmetic products using a human skin pigmentation spot model. Skin Res Technol. 2009 May;15(2):218-23