Les nitrosamines, il faudrait en parler à nouveau !

Les nitrosamines sont des molécules cancérigènes, susceptibles de se former dans certaines conditions, dans des produits de consommation comme les aliments et les cosmétiques, mais aussi dans les médicaments,1 le tabac, l’eau de boisson2,3 tout comme les eaux de baignade (piscine).4 Les cosmétiques, comme les médicaments, étaient considérés, dans les années 1990, comme des sources mineures de nitrosamines, à la différence des produits alimentaires qui venaient en tête de liste, suivis par l’exposition professionnelle et le tabagisme.5

Il existe assez peu de littérature récente les concernant. Très étudiées dans les années 1980-1990, ces nitrosamines sont un peu laissées pour compte actuellement. Dommage !

Le polyquaternium-6, sûr d’emploi dans certaines conditions

Ce tensioactif cationique, non réglementé, exerçant le rôle d’agent filmogène et d’antistatique, est considéré comme sûr d’emploi dans les conditions actuelles d’utilisation,6 à la condition d’être formulé de façon à éviter la formation des nitrosamines.7 Voilà tout est dit !

La lécithine et la lécithine hydrogénée

Ces ingrédients émollients qui ne font pas l’objet d’une réglementation particulière,8 utilisés à des pourcentages allant de 0,1 à 50 % (!!!), sont jugés sûrs d’emploi, même si l’on signale les concernant, dans la littérature, un risque de formation de nitrosamines.9

Le Padimate O

Ce filtre UV dont le nom INCI est ethylhexyl dimethyl PABA est connu depuis longtemps pour sa capacité à donner naissance à des nitrosamines dans les produits solaires en contenant.10,11 Il n’existe pourtant pas de mention particulière de cette formation potentielle en matière de réglementation.

Les alcanolamines

On connait le risque de la formation de nitrosamines dans les cosmétiques renfermant des bases comme la triéthanolamine.12 Un risque connu qui doit être maitrisé13 et qui est pris en compte par la réglementation qui impose des teneurs maximales en nitrosamines dans le produit fini.

Les conditions de formation des nitrosamines

Alors forcément la question que l’on se pose c’est : quelles sont les conditions favorables au développement des nitrosamines ? Un pH acide (inférieur à 4), des nitrites, des amines, des catalyseurs comme le formol… voilà les conditions idéales. Mais elles ne sont pas les seules, un pH plus élevé (57), une température de 25°C, toujours des nitrites (des agents nitrosants) et des amines… et oui, la formation de nitrosamines est également possible.14 Par ailleurs, on note que plus la température de stockage augmente plus le risque de formation des nitrosamines est importante. L’exposition aux UV est également un facteur à prendre en compte.15

Et certains chercheurs n’hésitent pas à développer des méthodes de criblage des données afin de prévoir le risque de formation de nitrosamines à partir de principes actifs médicamenteux ou à partir d’intermédiaires de synthèse ou d’impuretés.16 Pendant que d’autres se penchent sur la qualité des eaux potables, en pointant du doigt la formation de nitrosamines possible, par réaction entre des résidus de médicaments et/ou de cosmétiques et les agents de chloration utilisés pour la désinfection de l’eau.17

Par le passé, on a eu des idées un peu plus biscornues, en faisant appel à des volontaires, soumis à des régimes susceptibles de générer des nitrosamines. D’un côté des légumes riches en nitrates, comme la laitue ou les épinards, en association avec des produits de la mer riches en amines comme précurseurs nitrosables. Constat : effectivement, ce genre de régime se traduit par une augmentation des teneurs en nitrosamines dans la salive et les urines.18

Les conditions de dosage

Dans les années 1990, on se soucie de la présence de ces nitrosamines, qui ne sont pas incorporées intentionnellement, mais se forment inopinément dans les cosmétiques19 et on met au point des méthodes de dosage, afin d’en vérifier l’absence (ou la présence car cela arrive) dans les produits considérés.20

A l’heure actuelle, on continue à peaufiner les techniques de détection, afin de pouvoir arriver à déceler la présence de ce genre d’impuretés dans les cosmétiques.21

Les nitrosamines, en bref

On est toujours un peu frustré avec ce type de sujets. On aimerait que tout soit carré, que tout soit envisagé, planifié, et, en réalité, on constate qu’il y a peu d’éléments connus concernant ces impuretés peu sympathiques. A creuser… c’est certain !

Bibliographie

1 Li Y, Hecht SS. Metabolic Activation and DNA Interactions of Carcinogenic N-Nitrosamines to Which Humans Are Commonly Exposed. Int J Mol Sci. 2022 Apr 20;23(9):4559

2 Yu S, McWilliams JC, Dirat O, Dobo KL, Kalgutkar AS, Kenyon MO, Martin MT, Watt ED, Schuler M. A Kinetic Model for Assessing Potential Nitrosamine Carcinogenicity. Chem Res Toxicol. 2024 Aug 19;37(8):1382-1393

3 Fahrer J, Christmann M. DNA Alkylation Damage by Nitrosamines and Relevant DNA Repair Pathways. Int J Mol Sci. 2023 Feb 28;24(5):4684

4 Teo TL, Coleman HM, Khan SJ. Chemical contaminants in swimming pools: Occurrence, implications and control. Environ Int. 2015 Mar;76:16-31

5 Tricker AR. N-nitroso compounds and man: sources of exposure, endogenous formation and occurrence in body fluids. Eur J Cancer Prev. 1997 Jun;6(3):226-68

6 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/36881

7 Johnson W Jr, Bergfeld WF, Belsito DV, Cohen DE, Klaassen CD, Liebler DC, Peterson LA, Shank RC, Slaga TJ, Snyder PW, Fiume MM, Heldreth B. Safety Assessment of Polyquaternium-6 as Used in Cosmetics. Int J Toxicol. 2025 Oct;44(3_suppl):80S-90S

8 https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/details/34995

9 Fiume Z. Final report on the safety assessment of Lecithin and Hydrogenated Lecithin. Int J Toxicol. 2001;20 Suppl 1:21-45

10 Chou HJ, Yates RL, Havery DC, Wenninger JA. Determination of 2-ethylhexyl 4-(N-methyl-N-nitrosamino) benzoate in commercial sunscreens and cosmetic products. J AOAC Int. 1995 Nov-Dec;78(6):1378-83

11 Meyer TA, Powell JB. Quantitation of the nitrosamine 2-ethylhexyl-4-(N-methyl-N-nitrosoamino) benzoate (NPABAO) in sunscreen products. J Assoc Off Anal Chem. 1991 Sep-Oct;74(5):766-71

12 Lijinsky W, Reuber MD, Manning WB. Potent carcinogenicity of nitrosodiethanolamine in rats. Nature. 1980 Dec 11;288(5791):589-90

13 Lim DS, Roh TH, Kim MK, Kwon YC, Choi SM, Kwack SJ, Kim KB, Yoon S, Kim HS, Lee BM. Risk assessment of N-nitrosodiethylamine (NDEA) and N-nitrosodiethanolamine (NDELA) in cosmetics. J Toxicol Environ Health A. 2018;81(12):465-480

14 Challis BC, Trew DF, Guthrie WG, Roper DV. Reduction of nitrosamines in cosmetic products. Int J Cosmet Sci. 1995 Jun;17(3):119-31

15 Lim DS, Lim SK, Kim MK, Kwon YC, Roh TH, Choi SM, Yoon S, Kim HS, Lee BM. Formation and inhibition of N-nitrosodiethanolamine in cosmetics under pH, temperature, and fluorescent, ultraviolet, and visual light. J Toxicol Environ Health A. 2018;81(9):241-253

16 Kao YT, Wang SF, Wu MH, Her SH, Yang YH, Lee CH, Lee HF, Lee AR, Chang LC, Pao LH. A substructure-based screening approach to uncover N-nitrosamines in drug substances. J Food Drug Anal. 2022 Mar 15;30(1):150-162

17 Shen R, Andrews SA. Demonstration of 20 pharmaceuticals and personal care products (PPCPs) as nitrosamine precursors during chloramine disinfection. Water Res. 2011 Jan;45(2):944-52

18 van Maanen JM, Pachen DM, Dallinga JW, Kleinjans JC. Formation of nitrosamines during consumption of nitrate- and amine-rich foods, and the influence of the use of mouthwashes. Cancer Detect Prev. 1998;22(3):204-12

19 Schettino L, Benedé JL, Chisvert A. Determination of nine prohibited N-nitrosamines in cosmetic products by vortex-assisted dispersive liquid-liquid microextraction prior to gas chromatography-mass spectrometry. RSC Adv. 2023 Jan 19;13(5):2963-2971

20 Eisenbrand G, Blankart M, Sommer H, Weber B. N-nitrosoalkanolamines in cosmetics. IARC Sci Publ. 1991;(105):238-41

21 Tada A, Rodrigues-Silva C, Rath S. On-line solid phase extraction-ultra-high performance liquid chromatography coupled to tandem mass spectrometry for the determination of N-nitrosodiethanolamine in baby shampoo. J Pharm Biomed Anal. 2021 Aug 5;202:114132