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Les mascaras, des contraintes en matière de formulation !

> 18 décembre 2017

Les mascaras, des contraintes en matière de formulation !

Les produits cosmétiques tels que les mascaras, les ombres à paupières et les eyeliners, ces produits de maquillage destinés à être appliqué sur le bord externe de la paupière au ras des cils, du fait de leur zone d’application, sont susceptibles de migrer au niveau de la zone oculaire et d’engendrer un certain nombre de réactions, telles que des phénomènes d’irritation, d’inflammation de la cornée (kératite) ou des paupières (blépharite), de sécheresse oculaire… Des phénomènes allergiques peuvent également survenir. Clignements de paupières, battements de cils, larmoiements… sont autant d’évènements qui favorisent le phénomène de pénétration des ingrédients cosmétiques au niveau de la zone oculaire.

Il convient de rappeler que l’épithélium cornéen est recouvert par le film lacrymal qui est composé de trois couches qui sont, de l’intérieur vers l’extérieur la mucine, la phase aqueuse et la phase lipophile ou meibum. On considère, actuellement, que mucine et phase aqueuse forment une seule et même couche qui correspond à une phase gélifiée. Les mucines sont des glycoprotéines de hauts poids moléculaires chargées négativement. Elles exercent un effet mouillant et facilitent ainsi la diffusion du film aqueux à la surface de la cornée. On leur attribue également un rôle protecteur vis-à-vis des éléments étrangers. La phase aqueuse, autrement dit les larmes, est composée d’eau, d’électrolytes chargés positivement (sodium, potassium, magnésium et calcium) et négativement (chlorures, bicarbonates et phosphates), de protéines (lysozyme, lactoferrine, bêta-lysine, défensines), de facteurs de croissance, d’immunoglobulines, de cytokines, de vitamines… Cette phase aqueuse constitue un milieu de transport pour les nutriments et pour l’oxygène. Sécrétée par les glandes lacrymales, elle joue un rôle de lavage des saletés qui se retrouvent quotidiennement à la surface de l’œil. Le meibum, quant à lui est produit par les glandes de Meibomius ; il s’agit d’un mélange complexe de lipides. Phospholipides, sphingolipides, triglycérides, esters de cires, esters de cholestérol, acides gras libres forment un film qui protège les larmes et évite leur évaporation. Le meibum joue également un rôle au niveau de la réfraction de la lumière, permettant ainsi la formation d’une image nette sur la rétine. En cas de dysfonctionnement des glandes lacrymales et/ou des glandes de Meibomius, la barrière présente à la surface de l’œil est altérée ; le phénomène de pénétration des ingrédients cosmétiques est alors rendu possible. S’ensuivent les effets indésirables précédemment cités. Il est également important de signaler que certains ingrédients cosmétiques engendrent une altération du film protecteur, ce qui aboutit à la pénétration des ingrédients au niveau de l’épithélium cornéen… En 2012, deux ophtalmologistes du Queen’s Hospital de Romford ont réalisé un travail de synthèse afin de répertorier l’ensemble des facteurs à prendre en compte lors de la formulation des produits de maquillage destinés à la zone péri-oculaire. Le chlorure de benzalkonium présenté comme un conservateur antimicrobien fréquemment retrouvé dans ce type de produit (cela n’est, bien évidemment, plus le cas à l’heure actuelle, réglementation oblige) est à bannir du fait de sa toxicité oculaire. Par parenthèse, le chlorure de benzalkonium est retrouvé dans deux annexes (III et V), avec la mention particulière « Eviter tout contact avec les yeux ». Un certain nombre de tensioactifs irritants doivent également être évités. Des acides gras tels que les acides oléique et linoléique entraînent une réduction de la production de meibum, ce qui déclenche une sécheresse oculaire et éventuellement d’autres effets indésirables liés à la détérioration de la barrière naturelle présente au niveau oculaire (Adeela M., Claoué C., Transport and interaction of cosmetic product material within the ocular surface: Beauty and the beastly symptoms of toxic tears, Contact Lens and Anterior Eye, 35, 6, 2012, 247-259). La formulation des produits de maquillage destinés à la zone oculaire nécessite la prise en compte de tous ces éléments. Le choix des ingrédients ne se fera pas à la légère.

Les conservateurs étant des ingrédients fréquemment impliqués dans des phénomènes allergiques, un certain nombre de sociétés cosmétiques font désormais le choix de s’abstenir de tels ingrédients. Dans le cas des mascaras, ce n’est pas forcément une bonne chose. En effet, le mascara peut être facilement souillé par les micro-organismes présents au niveau des paupières. Une équipe américaine a ainsi mis en évidence la présence de Staphylococcus epidermidis (germe de la flore cutanée résidente) dans un tiers des mascaras utilisés quotidiennement sur une période de 3 mois par un échantillon de 40 femmes âgées de 18 à 39 ans. Afin d’éviter tout souci, il sera important de faire figurer une PAO (Période Après Ouverture) la plus courte possible (maximum 3 mois) (Latricia D. Pack, M. Gary Wickham, Rebecca A. Enloe, Denise N. Hill, Microbial contamination associated with mascara use, Optometry - Journal of the American Optometric Association, 79, 10, 2008, 587-593). La consommatrice, quant à elle, devra être suffisamment organisée et ne pas laisser de « vieux » tubes de mascara traîner dans ses tiroirs pendant des temps immémoriaux ! Lors de périodes d’infections oculaires, le bon sens voudra que l’on cesse de se maquiller ; si l’on ne prend pas cette précaution, on risquera d’entretenir le phénomène infectieux.

En ce qui concerne l’ajout des conservateurs antimicrobiens, il est important de se souvenir que dans les années 1990, les parabens étaient des conservateurs antimicrobiens très largement utilisés dans une grande variété de produits cosmétiques. La polémique les concernant est passée par là et a réduit considérablement leur utilisation ce que nous regrettons vivement. Si des cas de sensibilisation ont pu être répertoriés les concernant, introduits dans les mascaras ils sont parfaitement bien tolérés par des sujets qui, pourtant, ne les tolèrent pas pour un usage cutané. L’expression de « paraben paradox » a pu être employée pour désigner une telle « curiosité » ! (Leonard Bielory, Contact dermatitis of eye, Immunology and Allergy Clinics of North America, 17, 1, 1997, 131-138).

Les personnes présentant un œil délicat qui supportent difficilement les mascaras et leur reprochent des désagréments à type de picotements devront se pencher (avec une loupe !) sur les listes d’ingrédients figurant sur les emballages des mascaras afin de faire le choix du produit le plus adapté.






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