L’emplâtre, un ennemi collant, adhésif !
Point de cosmétiques dans cet album de Tintin, Le crabe aux pinces d’or,1 paru en 1941. Une histoire d’opium caché dans des boites de conserve censées renfermer du crabe. L’occasion pour Tintin de faire la rencontre du capitaine Haddock, patron du Karaboudjan, tombé dans l’alcool et sous la coupe de son second, Allan, un maillon de la chaine de trafiquants. Une belle amitié va désormais lier les deux hommes.
Point de cosmétiques, mais, en revanche, un juron du capitaine Haddock se rapportant à une forme thérapeutique ancienne : l’emplâtre !
L’emplâtre !
L’emplâtre est utilisé en guise de juron par le capitaine Haddock à deux reprises dans cet album. Il y a donc nécessité d’enquêter sur ce type de médicament, afin de mieux comprendre ce que le capitaine Haddock souhaite nous dire.
L’emplâtre, qu’est-ce que c’est ?
Pour l’Académie française, l’emplâtre correspond à « un onguent étendu sur un morceau de linge, de cuir, ou autre chose pour l’appliquer sur la partie malade et affligée ».2
Pour François Dorvault, l’emplâtre est au corps humain ce que l’enduit est à la façade d’une maison, puisque ce mot vient tout droit du mot grec emplattω qui signifie enduire. Oui, j’enduis… mais j’enduis avec quoi ? Une « préparation adhésive destinée à l’usage externe ayant pour base un savon d’oxyde de plomb ou un mélange de corps gras et de résine ».3 Bon, c’est déjà plus clair… Quoique… en faisant un rapide tour de la littérature on se rend compte qu’il existe des centaines de formules différentes de la plus simple à la plus alambiquée !
L’emplâtre sans support
Si la définition de l’Académie évoque l’existence d’un support sur lequel l’on applique une préparation, on constate, dans la littérature, des cas où l’emplâtre est posé directement sur la peau. C’est le cas de l’emplâtre de savon salicylé. Celui-ci, composé de savon, de vaseline et d’acide salicylique, est toutefois peu adhésif, ce qui oblige à réaliser un bandage par-dessus afin de le faire tenir en place.4 Il y a donc bien une notion de support, mais celui-ci a juste pour but de constituer un bandage qui permet à la préparation topique de rester au contact de la peau sans tacher les vêtements ou être éliminé par les frottements.
Les supports utilisés, quand il y en a un !
Une préparation médicamenteuse va donc être tartinée sur un support comme la soie,5 la mousseline,6,7 la toile, le cuir ou le caoutchouc8 ou même du papier.3 Dans certains cas, on nous indique que le support est plongé dans la préparation médicamenteuse, ce qui implique que les 2 faces du support se retrouve enduites.
Cas particulier de l’emplâtre en plâtre
Lorsque l’on souhaite rectifier la courbure du dos il est possible, de réaliser un plâtre. On protège alors la peau par un tissu en laine. Puis, on applique dessus une toile sur laquelle on va venir appliquer des bandes de plâtre.9 Le plâtre constitue donc ici l’enduit qui est placé sur un support.
L’emplâtre, un drôle de juron !
Que veut dire le brave capitaine Haddock en traitant ses ennemis d’emplâtres ! Et bien que ce sont des gens collants, adhésifs (comme l’emplâtre médicamenteux) dont il n’arrive pas à se défaire. En 2026, le capitaine Haddock les appellerait sans doute plutôt patchs transdermiques, puisque cette forme galénique, qui permet de maintenir au contact de la peau une préparation renfermant des principes actifs, en est la digne héritière !
Bibliographie
1 Hergé, Le crabe aux pinces d’or, Casterman, 1966, 62 pages
2 https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A3E0461#:~:text=s.%20f.,Appliquer%20une%20empl%C3%A2tre
3 Dorvault F., L’Officine, Vigot, 23e édition, Paris, 1995, 2089 pages
4 On the Advantages of a Compound Salicylated Plaster. Buffalo Med Surg J. 1888 Feb;27(7):330-331
5 An Elegant Sticking Plaster. West J Med Surg. 1844 Jan;1(1):76-77
6 Adhesive Plaster. Halls J Health. 1875 Jun;22(6):167
7 Croton Oil Plaster. Ill Med Surg J. 1845 Mar;1(12):181
8 On the Use of India Rubber as Adhesive Plaster. Am J Dent Sci. 1855 Jul;5(3):468-469
9 A Plaster Bed in the Treatment of Pott’s Disease. Hospital (Lond 1886). 1894 Jan 20;15(382):261-262

