L’élixir, le remède-miracle à tous les maux !

L’industrie cosmétique met actuellement sur le marché des élixirs. La plupart ciblent la femme âgée, « victime » du phénomène de vieillissement.1

L’emploi de ce terme « élixir » est-il une bonne ou une mauvaise idée ?

L’élixir est un type de médicament tombé en désuétude de nos jours. Son nom, associé à un certain nombre de préparations utilisables par voie orale relevant de la charlatanerie, en a fait une référence en matière de tromperie. C’est ainsi que l’on trouve des articles sur le sujet des probiotiques en tant qu’ingrédients de compléments alimentaires qui posent cette question : Probiotiques, élixirs ou promesses en l’air ?2 On évoque aussi dans la littérature médicale certains principes actifs trop beaux pour être vrais et pour lesquels l’on se demande s’ils constituent un élixir parfaitement sûr et sain ou bien, au contraire, si cette solution présentée comme miraculeuse n’est pas simplement un magnifique leurre.3

Mais, il ne faudrait pas généraliser, car pour certains auteurs le terme « élixir » est employé non avec ironie, mais de manière réfléchie lorsqu’il s’agit de prouver l’intérêt de telle ou telle pratique en matière de santé. Par exemple, on pourra parler de l’élixir du sport en matière de santé cardiovasculaire,4 de l’élixir que constitue les antioxydants présents dans le café en matière de lutte anti-âge5

Bref, ce terme élixir est à observer à la loupe, sous toutes ses facettes, avant de s’emballer et de l’employer pour un usage cosmétique !

L’élixir, capable de transformer le plomb en or ou d’envoyer dans un cercueil en or ou en plomb !

D’un point de vue étymologique le terme élixir vient de l’arabe « el eksir » et se rapporte à la pierre philosophale. On voit donc tout de suite que ce type de médicament va nous emmener loin, très loin même sur les chemins de la guérison ! Le Codex 1965 définit l’élixir comme une préparation dont l’excipient est à base de sirop et d’alcool (on peut les désigner de ce fait par le nom « d’alcoolés sucrés ») auquel on ajoute des principes actifs médicamenteux « et aromatiques ». Le titre en alcool est au minimum de 20°; le sirop est, quant à lui, composé au minimum de 20 % de sucre officinal.

Ces préparations ont, bien souvent, bonne presse auprès du public qui, étant donné la composition, ne rechigne pas à s’en servir par pleines cuillérées à soupe.6 Les fabricants de ce genre de médicament, quant à eux, ne lésinent pas sur les termes employés pour vanter leur marchandise, certains mettant en avant le caractère « universel » de leur trouvaille,7 pendant que d’autres nous promettent, déjà, de bien vieillir, à l’aide d’élixirs de longue vie, savamment dosés en ingrédients divers et variés.8

Elixir de longue de vie d’accord… si le sujet possède une solide constitution et s’il n’est pas le siège de pathologies particulières.

Elixir pour raccourcir la vie… d’accord aussi à partir du constat fait en 1937 aux Etats-Unis avec un élixir de sulfanilide contenant du diéthylène glycol qui, de ce fait, s’est révélé meurtrier.9

L’élixir, il soigne tout !

L’élixir Guarano permet de traiter les migraines rebelles (le précieux flacon en contenant doit toujours rester à portée de main du sujet migraineux).10 On ne nous en donne, toutefois, pas sa composition !

L’élixir de Nichols à base de quinquina et de fer, est, quant à lui, bien défini chimiquement en matière d’ingrédients actifs et d’excipient (de l’alcool, du sirop simple).11 Ce tonique amer, auquel on donne le nom de « cordial », qui peut être prescrit aux personnes anémiques et de constitution fragile est, par ailleurs, une préparation savoureuse. Cet élixir est, à la fois, agréable et efficace.12 Franchement, que demander de plus ?

L’élixir de Récamier, à base d’aloès, de myrrhe, de quinine et de laudanum a du rhum comme excipient ; en conséquence, il est également du meilleur goût pour traiter les fièvres récalcitrantes.13

Bref, on l’aura compris cet élixir, qui ressemble à s’y méprendre à un apéritif ou à un digestif, a du succès et ce à plus d’un titre !

L’élixir, il promet tout sur tout et surtout !

C’est le triste constat effectué par le Dr Crawford, en 1875. Ce médecin décide donc par voie de presse de mettre son grain de sel dans la marmite concernant la mode des élixirs médicamenteux de toutes sortes. Et grâce à un article bien senti, cette catégorie de produits-miracles est en effet fort bien assaisonnée. Le problème réside, selon le bon docteur, dans une trop grande crédulité des revues médicales qui ouvrent leurs colonnes à des articles qui ressemblent plus à des publicités qu’à de véritables publications sourcées et référencées. Et le Dr Crawford n’hésite pas à user de métaphore pour faire prendre conscience de l’intensité de son dépit. Lui… le Dr Crawford lorsqu’il lit une revue médicale, il est comme une brave dame « pieuse et naïve » devant le bulletin paroissial… Autrement dit, ce médecin est dans les bonnes conditions pour croire tout ce qui est écrit noir sur blanc au même titre que notre brave paroissienne qui estime que le rédacteur du bulletin est aussi inspiré que Saint Paul ou Saint Pierre. Voilà, notre métaphore bien trempée produit son petit effet ! Le bulletin paroissial pour la brave dame prise comme référence est aussi fiable que la Bible… Bon, dans ces conditions, la revue médicale du Dr Crawford doit elle aussi faire office de bible… médicale et ne diffuser que des informations fiables et validées. Dans une introduction mémorable, l’auteur, qui veut marquer l’esprit des éditeurs en chef, ses collègues, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il y va plutôt à la louche, afin de tenter d’écumer les articles et de retirer tout ce qui tient du mensonge, de la charlatanerie, de l’abus de confiance… Il nous démontre, exemple à l’appui, que ces élixirs ne devraient pas être prescrits par les médecins sérieux… au risque de perdre tout crédit et toute patientèle. Oui, vraiment un article savoureux que celui de ce médecin au bord de la crise de nerfs, qui ne supporte plus tous ces articles dithyrambiques concernant des produits à la composition douteuse. Un médecin qui tire sa révérence en nous disant que c’était mieux avant… c’est-à-dire au temps où les médecins concoctaient leurs propres préparations, adaptées au plus juste à chaque patient. Et pour clore son article en beauté, le cabotin se retourne une dernière fois vers son public avant de préciser qu’il nous quitte car c’est l’heure de son bain « potentialisé à l’extrait de lune » !14

Finalement, les temps changent, mais les préoccupations restent les mêmes. On peut mettre en écho de cette publication du Dr Crawford, parue en 1875, celle de Singhal et al., parue en 2025. Pour ces auteurs, l’éthique constitue l’élixir qui devrait être utilisé, sans limite de doses, par les auteurs de publications scientifiques,15 afin d’être le plus juste possible, le plus impartial, le plus proche de la vérité.

L’élixir, il y a des formules originales et il y a des copies meilleures que l’originale !

Certains curieux, en fouillant dans des archives de chimiste décédé, finissent par tomber sur la recette de certain précieux élixir, tel celui du Dr McMunn, un élixir opiacé très à la mode à la fin du XIXe siècle.16 C’est une aubaine dans la mesure où l’on va découvrir enfin quel mode opératoire était utilisé pour mettre au point cet élixir à la composition jusque-là restée secrète. Par le passé, soucieux de transparence, certains pharmaciens avaient proposé des formules de substitution à la composition clairement indiquée (opium, eau, alcool) afin de rassurer les prescripteurs les plus scrupuleux.17

Donc d’un côté, un remède secret douteux et de l’autres des formules standardisées.18 On voit le genre !

Et les cosmétiques dans tout ça ?

Le lien existe, puisque nombre d’élixirs nous promettent de gommer les rides, comme par magie. On est donc bien dans le registre de l’élixir qui fait tout et qui fait tout bien transformant une vieille peau toute ridée en une belle peau élastique et repulpée.

Il n’y a plus de recettes secrètes depuis longtemps. Les compositions intégrales figurent, en effet, sur les emballages cosmétiques !

Enfin, la voie d’administration (voie topique) se distingue de la voie d’administration de l’élixir médicamenteux (voie orale). Avec, en outre, une composition qui n’a plus rien à voir avec l’alcoolé sucré de nos ancêtres !

L’élixir, en bref

Ce médicament correspondant à une forme liquide, administrée par voie orale, à des fins diverses et variées, est bien différent de l’élixir cosmétique utilisé pour traiter la peau, les ongles ou les cheveux. Bien différent, mais décidé à surfer sur sa notoriété ! Selon la connaissance que nous avons de cette forme pharmaceutique tombée en désuétude, nous applaudirons des deux mains (dans ce cas, c’est que l’on n’a pas vraiment potassé le sujet) ou bien hausserons les épaules (c’est pour cette seconde option que nous opterons).

Bibliographie

1 Smirnova MH. A will to youth: the woman’s anti-aging elixir. Soc Sci Med. 2012 Oct;75(7):1236-43

2 The Lancet Gastroenterology Hepatology. Probiotics: elixir or empty promise? Lancet Gastroenterol Hepatol. 2019 Feb;4(2):81

3 Ingelfinger JR, Rosen CJ. Lorcaserin – Elixir or Liability? N Engl J Med. 2018 Sep 20;379(12):1174-1175

4 Feng Z, Xing Y, Yi W, Gao F, Sun Y, Zhang X. Exercise as elixir to combat cardiovascular ageing. Ageing Res Rev. 2025 Sep;111:102848

5 Kobylińska Z, Biesiadecki M, Kuna E, Galiniak S, Mołoń M. Coffee as a Source of Antioxidants and an Elixir of Youth. Antioxidants (Basel). 2025 Feb 27;14(3):285

6 Dorvault F., L’Officine, Vigot, 23e édition, Paris, 1995, 2089 pages

7 Bonnemain B. L’Élixir universel de Thomas-Nicolas Larcheret (1819), et sa doctrine élixirienne et normale. Rev Hist Pharm. 2014, 382, 215-236

8 Lefebvre T. À la recherche de l’élixir de longue vie. Rev Hist Pharm. 2003, 337, 137-138

9 Aronson JK. When I use a word. Medicines regulation-diethylene glycol. BMJ. 2024 Feb 9;384:q356

10 Elixir Guarano. South Med Rec. 1878 Feb 20;8(2):62

11 Elixir of Bark and Iron. Buffalo Med Surg J. 1862 Jun;1(11):349-350

12 Nichol’s Elixir. Atlanta Med Surg J. 1879 Nov;17(8):512

13 M. Recamier’s Aloetico-Febrifugic Elixir. Med Exam (Phila). 1850 Mar;6(63):185-186

14 Crawford SP. Elixir Iodo-Bromide Calcium Compound. Atlanta Med Surg J. 1875 Aug;13(5):287-290

15 Singhal M, Basu S, Sharma A, Singh P. Ethics: The Elixir of Publications. Indian J Radiol Imaging. 2025 Jan 9;35(Suppl 1):S30-S35

16 Percy SR. McMunn’s Elixir of Opium: Does It Possess Any Superiority over Other Preparations of Opium? Buffalo Med Surg J. 1864 Apr;3(9):338-343

17 Dupuy E. On a Substitute for McMunn’s Elixir of Opium. Med Exam (Phila). 1851 Sep;7(81):618-620

18 Standard Elixirs, with Numerous Formulæ. Atlanta Med Surg J. 1874 Jul;12(4):236-241

19 https://www.mariefrance.fr/beaute/adieu-rides-elixir-anti-age-100-naturel-meilleur-lifter-peau-pharmacienne-1141050.html