L’élixir dentifrice, le remède aux maux buccaux !
On a vu précédemment que l’élixir consiste en un « alcoolé sucré », véhiculant des substances aromatiques diverses et variées. Premier accroc à cette définition… avec des élixirs dentifrices qui, très logiquement, ne contiennent pas une once de sucre !
Des formes anciennes, qui véhiculent une notion d’efficacité remarquable !
Un terme tombé dans l’histoire et qui est désormais remplacé par un autre.
On vous dit tout !
L’élixir dentifrice, une composition simple
François Dorvault nous propose quelques formules d’élixirs dentifrices. Pour faire son stock d’élixir, on pourra ainsi mélanger de l’essence de cannelle (1 g) avec des essences de badiane (2 g), de girofle (2 g), de menthe (8 g), en n’oubliant pas quelques teintures comme celle de benjoin (8 g), de cochenille (20 g), de gaïac (8 g), de pyrèthre (8 g) avec 1000 g d’alcool à 80°.
Selon ce dont on dispose dans sa réserve, on réalisera des formules plus ou moins complexes en multipliant (ou non) les références végétales associées.1 L’huile de wintergreen (autrement dit de gaulthérie) pourra ainsi faire quelques apparitions dans les formulaires du début du XXe siècle.2
L’élixir dentifrice, tout bêtement une eau dentifrice… alcoolisée
Si François Dorvault nous renseigne sur la composition des élixirs (alcooliques) dentifrices, il ne manque pas de nous envoyer voir à la monographie « Eau dentifrice » ! Et d’ailleurs, à cette monographie, on nous renvoie, logiquement, à la page consacrée aux « élixirs dentifrices ». Avant de nous mettre à tourner en rond, nous avons juste eu le temps d’apercevoir quelques formules.
L’eau dentifrice, qui nous est présentée comme très populaire alors, consiste en une solution alcoolique mentholée à base de « cannelle, girofle, anis », additionnée, si l’on veut, de teinture d’ambre ou de cochenille quand l’on souhaite mettre au point une préparation du plus beau rouge.1
L’élixir dentifrice de Bénédictins de Soulac, une formule transparente pour René Cerbelaud
Le pharmacien René Cerbelaud est un pharmacien pour qui les cosmétiques n’ont point de secret. C’est ainsi que l’aimable pharmacien n’hésite pas à déshabiller complètement la composition du célèbre élixir dentifrice des pères bénédictins de Soulac. Ceux-ci ont vendu la formule retrouvée au fond de leurs archives et en ont fait profiter la maison bordelaise Seguin, qui ne se prive pas de distribuer cet élixir dans toutes les bonnes adresses de la région. Une formule toute simple, composée d’essence de girofle, de cannelle de Ceylan, de menthe, de teintures de benjoin et de cochenille, le tout en solution dans de l’alcool à 90°.4 Délibérément antiseptique, à coup sûr !
L’élixir dentifrice, vieux concept ou forme innovante ?
Si l’on considère l’élixir dentifrice comme un simple bain de bouche, on ne trouve rien de bien innovant dans le concept… En revanche, si l’on concocte un produit susceptible de relancer les cellules souches du tissu dentaire… là on dit banco et on dégaine le terme « élixir »,5 qui sonne tout de même mieux que l’expression « bain de bouche » !
L’élixir dentifrice, vieux concept ou forme nouvelle pour médicament hyper-efficace
La littérature médicale ne nous offre pas une foule d’exemples à ce sujet. On trouve, toutefois, un exemple qui prouve à quel point le vocabulaire employé revêt de l’importance. Dans la publication en question, les chercheurs ont voulu comparer l’effet préventif sur la stomatite chimio-induite d’un élixir à la dexaméthasone, par rapport à un bain de bouche classique. L’élixir à la dexaméthasone donne, comme on peut l’imaginer, des résultats supérieurs par rapport à ceux obtenus avec le groupe témoin.6,7 Dans le combat élixir contre bain de bouche, l’élixir gagne haut la main !
En pratique
Le terme d’élixir dentifrice n’est plus guère employé par l’industrie cosmétique. On citera juste l’élixir odontologique de l’Officina Profumo-Framaceutica di Santa Maria Novella de Florence,8 un élixir qui fleure bon le passé.
L’élixir dentifrice, en bref
Cet élixir ressemble comme deux gouttes d’eau à notre bain de bouche ou à notre solution anti-plaque. Juste une question de terminologie !
Bibliographie
1 Dorvault F., L’Officine, Vigot, 23e édition, Paris, 1995, 2089 pages
2 Formulaire Astier, Vade-mecum de médecine pratique, 9e édition, Paris, 1942, 1306 pages
4 Cerbelaud R., Formulaire des principales spécialités de parfumerie et de pharmacie, Paris, 1912, 1177 pages
5 Iezzi I, Pagella P, Mattioli-Belmonte M, Mitsiadis TA. The effects of ageing on dental pulp stem cells, the tooth longevity elixir. Eur Cell Mater. 2019 Feb 26;37:175-185
6 Kuba S, Yamanouchi K, Matsumoto M, Maeda S, Hatachi T, Sakiko S, Kawashita Y, Morita M, Sakimura C, Inamasu E, Shibata K, Otsubo R, Yano H, Nose S, Miyamoto J, Sato S, Kanetaka K, Taniguchi H, Umeda M, Nagayasu T, Eguchi S. Study protocol for efficacy and safety of steroid-containing mouthwash to prevent chemotherapy-induced stomatitis in women with breast cancer: a multicentre, open-label, randomised phase 2 study. BMJ Open. 2020 Feb 13;10(2):e033446
7 https://dailymed.nlm.nih.gov/dailymed/fda/fdaDrugXsl.cfm?setid=4f6e8fd1-d3c5-46a3-b6ca-0748bfc59030
8 https://eu.smnovella.com/fr/pages/our-story

