Le voleur… c’est le marchand de produits de beauté… évidemment !
Sous l’identité du modeste détective privé Jim Barnett,1 Arsène Lupin se plaît, dans cet opus, à résoudre des énigmes à titre grâcieux (mis à part quand même un petit prélèvement en nature), avec l’aide de l’inspecteur Béchoux. Petit à petit, les rapports se tendent entre ces deux-là, au point que le deuxième devient l’ennemi juré du premier. Pour expliquer cela, il convient de préciser que l’incorrigible Arsène a fait les jolis cœurs une fois de plus… une fois de trop, puisque l’une de ses dernières conquêtes n’est autre qu’une belle actrice, ex-femme de l’inspecteur Béchoux…
Il y a l’inspecteur Jim Barnett
Un jeune détective, dont la peau est littéralement ravagée. « Une peau âpre, rugueuse, rouge, une peau de brique » !
Une peau qui, en réalité, est beaucoup plus saine qu’on ne le pense, une fois que la couche de cosmétiques qui la recouvre a été soigneusement ôtée. Jim maîtrise, visiblement l’art du maquillage, à merveille. Il connaît les fards qui altèrent le teint et lui donnent un aspect couperosé. En temps voulu, il se démaquille avec une bonne crème grasse. Cela… il le fait, sans pudeur, devant Valérie, après lui avoir expliqué quel plan machiavélique a été mis en place par son sinistre époux, afin de la mettre sur le paille, une fois son veuvage arrivé. « […] et il eut l’audace impertinente de revenir, le visage enduit de gras qu’il essuyait au fur et à mesure, ainsi qu’un acteur qui se démaquille. » Et ainsi naît, de ce démaquillage soigneux, « une peau fraîche et saine » !
Un jeune détective, qui barbote le collier de prix qu’il vient de retrouver (de toutes façons il était perdu) et restitue à Valérie un testament inique qui, s’il avait été découvert, l’aurait dépouillée de la coquette somme de 10 millions !
Il y a la belle Valérie !
« Valérie – la belle Valérie, comme on l’appelait depuis plus de 30 ans, hélas ! – était une personne épaisse et mûre, richement habillée, minutieusement fardée […] ».
Valérie est une femme, à la main « parfumée », dégageant une « odeur fine et délicate ».
Une femme mariée à un homme fort riche, un baron, le baron Asserman. Une riche en puissance !
Il y a le baron Asserman
Un homme jaloux, qui trépigne, en constatant que la mort qui le guette va laisser le champ libre aux amants de son épouse. Afin de se venger, par avance, il décide donc de placer un bijou de prix dans le « tuyau de vidange » du lavabo, afin que Valérie, lorsqu’elle lui servira un dernier verre d’eau, envoie, à la Seine, une partie de son héritage.
Heureusement, le brave Jim (qui n’est autre qu’Arsène, on l’aura compris !) est un plombier de génie, qui ne laissera pas les choses se passer ainsi.
Il y a Olga Vaubant
Cette jolie personne, qui n’est autre que l’ex-femme de l’inspecteur Béchoux, est une actrice de music-hall, qui s’est fait voler tous les meubles de sa chambre à coucher, en une nuit ! Une belle femme, qui a recours aux soins d’un certain Del Prego, qui assure à ses côtés les fonctions variées de « professeur de gymnastique, masseur, maquilleur, marchand de pommades et produits de beauté. » Un homme précieux, qui veille sur la jeunesse de l’épiderme d’Olga et lui propose des traitements rajeunissants, véritablement révolutionnaires. L’association d’une gymnastique faciale, selon une « méthode de dislocation progressive » et de crèmes cosmétiques, constitue la base des traitements en question.
Et bien évidemment, ce marchand de rêves cosmétiques n’est pas de la plus grande moralité ; c’est, bien sûr, lui qui a dérobé les meubles « pur Louis XV » de la chambre d’Olga, avec en particulier le lit « où coucha la Pompadour » !
L’agence Barnett et Cie, en bref
Il y a dans cet ouvrage tous les ingrédients pour une lecture réussie. De jolies femmes, savamment parfumées, des beaux cosmétiques, qui permettent de conserver un brin de jeunesse, de coquettes sommes, qui promettent un bel avenir. A la lecture de ce roman, la gymnastique faciale qui mène au sourire nous fait une peau de bébé. Rien de tel que de se plonger dans ces lectures d’adolescence pour gommer les rides et effacer les taches !
Un grand merci à Jean-Claude A. Coiffard, poète et plasticien, pour son illustration du jour.
Bibliographie
1 Leblanc M., L’agence Barnett et Cie, le livre de poche, 1971, 187 pages

